Facebook: Mark Zuckerberg fait les yeux doux à la nouvelle Commission européenne

Il était déjà présent à la conférence sur la sécurité à Munich samedi dernier... Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, était reçu par la Commission européenne ce lundi, deux jours avant la présentation par l’exécutif européen de sa stratégie sur l’intelligence artificielle, ainsi que le "Digital service act", la législation sur les services numériques.

La visite à Bruxelles du fondateur du plus grand réseau social, qui détient également Instagram et Whatsapp, survient quatre semaines après celle du patron d’Alphabet, maison mère de Google, Sundar Pichai, qui avait appelé l’UE à une "approche proportionnée" pour réglementer l’intelligence artificielle, alors que le tribunal de l’Union européenne accueille pendant trois jours les plaidoiries de la première des trois batailles qui opposent le géant de l’internet à la Commission.

Mark Zuckerberg a rencontré la vice-présidente de la Commission européenne en charge du numérique, Margrethe Vestager, le Commissaire à l’Industrie, Thierry Breton et la commissaire européenne à la Justice Vera Jourova.

La Commission européenne a entamé une "enquête préliminaire" à l’encontre de Google et de Facebook, afin de savoir comment ils collectent les données personnelles de leurs utilisateurs et à quelles fins.

Protection des données : Facebook Dating reporté

La discussion est toujours d’actualité pour le géant américain : Facebook a en effet dû postposer vendredi dernier le lancement de son application de rencontres en ligne, Facebook Dating. Le siège européen du réseau social se situant en Irlande, ses bureaux ont en effet été inspectés par la DPC (Commission de protection des données) irlandaise. La DPC s’est dite très préoccupée par le lancement de la nouvelle application, car c’est désormais à elle qu’incombe le contrôle de l’application par Facebook de la réglementation européenne dur la protection des données (RGPD).

Le chef d’entreprise tente de montrer sa bonne volonté depuis quelques jours. Dans une tribune, parue lundi dans le quotidien des affaires britannique Financial Times, Mark Zuckerberg soulignait que "les géants de la tech ont besoin de plus de régulation […] Je ne pense pas que les entreprises privées devraient prendre seules autant de décisions lorsqu’elles touchent aux valeurs démocratiques fondamentales", écrit-il. Et de rappeler que l’année dernière, il avait "appelé à une réglementation dans quatre domaines : les élections, les contenus préjudiciables, la vie privée et la portabilité des données".

Devant les chefs d’Etat réunis samedi à Munich, Mark Zuckerberg avait aussi abordé la question de la régulation : pour lui, Facebook devrait répondre à des réglementations spécifiques, situées entre d’une part celles en vigueur pour les médias, et d’autre part, celles appliquées pour les télécoms. Mark Zuckerberg ne visait pas là le traitement des données, mais la gestion des contenus "nuisibles".

Les grandes plateformes ne peuvent pas continuer à vivre en disant "nous sommes un simple réseau de télécommunications". Ce monde-là a vécu.

"Il existe en ce moment deux cadres réglementaires – celui des journaux et médias, et celui des opérateurs de télécoms. Pour ce dernier, il est considéré que 'les données ne font qu’être retransmises par vous'. Mais vous n’allez pas rendre un opérateur de télécoms responsable si jamais quelqu’un tient des propos préjudiciables à travers une ligne de téléphone, a-t-il affirmé. Je pense qu’il devrait y avoir quelque chose entre les deux".

De son côté, le commissaire à l’Industrie, Thierry Breton, a affirmé, dans un entretien au quotidien français les Echos de lundi que "les grandes plateformes ne peuvent pas continuer à vivre en disant 'nous sommes un simple réseau de télécommunications'. Ce monde-là a vécu." Il ajoutait que, vu les dérives de plus en plus visibles de certains comportements en ligne, et vu "les risques pour la démocratie", une approche contraignante est nécessaire.

Vera Jourova, la Commissaire à la Justice, elle, est très critique envers Facebook depuis le scandale des données de Cambridge Analytica en 2018.

Elle entendait lors de la rencontre "soulever les questions liées à la protection de la démocratie et des droits fondamentaux, aux élections libres et équitables, à la lutte contre la désinformation, y compris la transparence de la publicité politique", selon un porte-parole de la Commission.

Taxer Facebook: point de discorde ou accord en vue?

Dans un document remis aux journalistes avant la réunion, Facebook a souligné l'importance de mieux contrôler les discours haineux et la désinformation sur les plateformes, sans pour autant porter atteinte à la liberté d'expression.

Pour Facebook la meilleure façon pour cela est de s'assurer que les plateformes mettent en place des systèmes pour combattre ce type de discours et ne pas les tenir pour responsables du discours lui-même.

"Les lois sur la responsabilité des éditeurs qui punissent la publication de discours contraires à la loi ne sont pas adaptées à internet", est-il expliqué dans le document.

Les Etats membres de l'Union européenne n'étaient par ailleurs pas parvenus à s'accorder sur une taxe commune pour les géants du numérique: faut-il les taxer là où ils ont des usagers, ou bien là où ils ont leur siège social?

Les pays de l'OCDE, cette fois, réfléchissent à un mécanisme, et Mark Zuckerberg se dit favorable à des réglementations plus strictes, même si son groupe doit payer plus d'impôts.


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