L'Europe veut faciliter l'usage de la pêche électrique

Un premier feu vert a donc été donné cette semaine mais tout n’est pas joué pour autant. Le dossier sera examiné en séance plénière en février prochain.
Un premier feu vert a donc été donné cette semaine mais tout n’est pas joué pour autant. Le dossier sera examiné en séance plénière en février prochain. - © Tous droits réservés

Cette semaine la commission de la pêche du Parlement européen s’est prononcée, en faveur d’un possible développement de la pêche électrique. Le règlement actuel autorise chaque Etat membre à équiper 5% de ses chaluts à perche de filets électriques. Le nouveau texte lève cette limite qui est étendue pour chaque technique

"Taser des mers"

La pêche électrique est surtout utilisée pour capturer des poissons benthiques qui vivent au fond de la mer. C’est le cas, par exemple, des Soles. La technique est très simple: les filets de pêche  fixés à une armature rigide sont chargés d’électrodes, en raclant le fond ils paralysent les poissons qu’ils touchent. La sole sort alors de son fond sablonneux et les filets n’ont plus qu’à la ramasser.

L’association Robin des Bois qualifie cette technique de pêche de "Taser pour les soles ". Le procédé n’est pourtant pas neuf. Le premier hameçon électrique avait été mis à l’honneur à Berlin en 1880.

L’union européenne a autorisé son utilisation jusqu’en 1998. Aujourd’hui, le règlement autorise chaque Etat membre à équiper 5% de ses chaluts à perche de filets électriques. Mais mardi dernier, en commission Pêche, les députés ont levé cette limite de 5% et l’ont étendue à d’autres zones que la mer du Nord .

Cette technique vide les océans

Selon les associations environnementales les pêcheurs néerlandais ne respectent pas cette limite de 5%. Selon Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association BLOOM, " la flotte néerlandaise a équipé 28 % de ses chalutiers ", soit 84 navires dotés de filets électriques sur une flotte de 304 bateaux.
Bloom a porté plainte contre les Pays-Bas auprès de la Commission, mais aux yeux des pêcheurs néerlandais cette pêche  est durable. Car elle consomme moins de carburant, permet de pêcher davantage et plus rapidement. La pêche électrique consommerait de 20 à 40% de carburant de moins qu'un chalutier traditionnel.

Les associations environnementales estiment que cet argument du carburant n’est pas recevable: "La pêche électrique leur permet  d’augmenter leur efficacité , ils peuvent prendre des Week-end plus longs vu qu’ils pêchent beaucoup en peu de temps "

Des poissons brûlés

Frédéric Le Manach évoque surtout les conséquence de cette pêche: "Dans une zone où se pratique la pêche électrique, il n’y a plus rien , la zone est déserte , il n’y a même plus de vers dans les sédiments , cette technique désertifie les océans. ". Une autre critique avancée par BLOOM est que l’on retrouve, dans les filets, des poissons abîmés.

" Dans 50 à 70% des cas, les gros cabillaud pêchés avec cette méthode ont la colonne vertébrale fracturée, ça montre l’impact sur la ressource mais on ne connait pas les effets sur la reproduction, sur les œufs sur la qualité de l’eau."

De son côté l'inventeur néerlandais de la méthode l'assure: la pêche électrique n'est dangereuse ni pour les poissons visés, ni pour tous les autres organismes vivants.

On va se fédérer pour contrer cette pêche

Cette méthode est interdite en Chine depuis les années 2000 et ne se pratique plus aux Etats-Unis. Alors pourquoi l’Europe continue-t-elle sur cette voie, s’étonne Frédéric Le Manach : "On ne peut pas parler de technique innovante, ça fait des dizaines d’années qu’elle existe. Il est incompréhensible que l’Europe soit dans ce débat de pêche innovante ".

L’association Bloom dénonce l’influence des lobbys néerlandais dans ce dossier: "Leur travail a été efficace pour obtenir les premières dérogations en omettant les observations des autres pêcheurs en Europe, mais aujourd’hui la gronde est bien réelle et présente, on va se fédérer pour contrer cette pêche. "

Un premier feu vert a donc été donné cette semaine mais tout n’est pas joué pour autant. Le dossier doit être examiné en séance plénière en février prochain. D’ici  là,  les deux camps vont monter au créneau.

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