Le Parlement européen demande l'interdiction de la pêche électrique

Le Parlement européen s'est prononcé ce mardi midi sur la question très sensible de la pêche électrique, les eurodéputés ont voté pour l'interdiction de cette pratique, qui compte de fervents partisans et de farouches opposants. Cette réforme devra encore franchir une étape : le Parlement européen, la Commission et les États membres devront encore s'accorder sur un texte commun. Les groupes politiques qui ont voté cette interdiction comme les socialistes et les écologistes parlent d’une victoire pour l’environnement et la pêche durable.

Les amendements votés lundi lors de la séance plénière du Parlement font sauter toute dérogation, une victoire notamment pour les élus français de tous bords, qui avaient pris la tête de la protestation. Ces amendements ont été votés à une large majorité (402 pour, 232 contre et 40 abstentions).

"C'est une très belle victoire contre une pêche terriblement néfaste, une véritable arme de prédation massive", s'est immédiatement réjoui dans un communiqué Yannick Jadot (Verts français), qui fait partie des eurodéputés à la pointe de la contestation contre la pêche électrique.

Une technique largement employée aux Pays-Bas

La pêche électrique est une technique assez récente, dite innovante. Elle est employée pour pêcher des poissons plats comme la sole. Depuis 2007, elle est autorisée dans une partie de la mer du Nord, à titre expérimental. Le nombre de bateaux équipés en électrodes est limité.

Les Pays-Bas, et leur puissante industrie de pêche, sont les plus grands adeptes de la pêche électrique, et font pression pour son autorisation. Les défenseurs de cette technique pointent deux avantages : elle nécessite moins de carburant, le matériel étant plus léger, et elle abîmerait moins les fonds marins. Les pêcheurs adeptes de la technique assurent que le chalut, qui envoie les pulsions électriques, ne touchent pas le fond, ce que certains mettent en doute.

Une pêche qui avait été interdite

En face, dans le camp des opposants, on retrouve les associations de protection de la vie marine. Elles affirment que la pêche électrique transforme "l’océan en désert", de par sa très grande efficacité, et surtout, sa non-sélectivité. Les associations craignent également l’effondrement du secteur économique. Les scientifiques mettent également en garde contre cette pratique d'une autre époque : répandue dans les années 80 et 90, elle a été ensuite interdite dans de nombreux pays (notamment en Europe en 1998) suite aux dégâts observés, notamment sur la physiologie des poissons, certaines espèces étant très sensibles aux courants électriques. En 2006, des experts ont par ailleurs remis un rapport à la Commission européenne, critique envers cette technique de pêche.

Pour l'instant, il existe très peu d'études scientifiques sur l'effet de cette pêche à large échelle, et à long terme, sur l'écosystème marin. Mais plusieurs tests en eau douce font état de blessures, de mortalités prématurées, et d'effets sur les juvéniles, les embryons et la fertilité des poissons. L'association Bloom rapporte qu'une étude de l'institut public néerlandais de recherche marine a montré que 50 à 70% des cabillauds de grande taille capturés par les chalutiers électriques ont la colonne vertébrale fracturée.

 

Une forte opposition au Parlement européen

Au sein de l'hémicycle, certains n'ont pas caché leur opposition à la pêche électrique. "Il faut l'interdire. Toute autre décision pourrait provoquer une désertification des fonds marins", estime notamment Marc Tarabella (PS/S&D).

"Sauvons les pêcheurs artisans, sauvons nos dernières ressources halieutiques et arrêtons ces pratiques absolument destructrices et perverses", martèlait quant à lui l'eurodéputé français Yannick Jadot (Les Verts).

Tom Vandenkendelaere (CD&V/PPE) n'était pour sa part pas en faveur d'une pêche électrique à grande échelle. Le chrétien démocrate flamand a défendu un maintien de la limite de 5%, en l'attente d'études scientifiques permettant de prendre une décision finale éclairée.

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