L'Europe met en garde contre un rétablissement de la peine de mort en Turquie

L'Europe met en garde contre un rétablissement de la peine de mort en Turquie
L'Europe met en garde contre un rétablissement de la peine de mort en Turquie - © THIERRY CHARLIER - AFP

"Le rétablissement de la peine de mort marquerait la fin de toute perspective européenne pour la Turquie", avertit lundi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, au lendemain du référendum qui a vu le 'oui' au renforcement des pouvoirs présidentiels l'emporter en Turquie. La France a estimé elle qu'un référendum sur le rétablissement de la peine de mort en Turquie, auquel le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est dit prêt, serait une "rupture" avec "les valeurs" européennes.

"Fidèle aux règles édictées par l'Europe"

"Je prends acte du résultat du référendum. Celui-ci est serré mais semble conforme à la Constitution. Nous en aurons la confirmation dans la journée via l'évaluation de la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)", affirme Didier Reynders. "Au-delà du résultat, j'attends à présent du président aux pouvoirs renforcés qu'il reste fidèle aux principes et aux règles édictées par le conseil de l'Europe dont la Turquie est membre. Et je m'inquiète quand j'entends, depuis la tentative de coup d'État manqué l'été dernier, l'évocation d'un retour de la peine de mort. Tant pour la Belgique que pour l'Union européenne, c'est une ligne rouge", avertit le ministre.

"Les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne sont gelées de fait", constate également le ministre. "Le rétablissement de la peine de mort empêcherait toute reprise du processus d'adhésion." Selon Didier Reynders, "nous devons toutefois pouvoir continuer à dialoguer avec la Turquie, qui reste un partenaire important dans plusieurs dossiers, dont le terrorisme, l'Otan et le dossier migratoire." A propos du vote massif des Turcs de Belgique en faveur du 'oui', Didier Reynders ne se dit "pas surpris". "On sait bien qu'il existe une majorité favorable au président Erdogan et à son parti l'AKP. Il ne faut pas considérer cela comme neuf."

Concernant le débat sur la double nationalité rouvert lundi matin par le député CD&V Hendrik Bogaert, Didier Reynders appelle à la prudence. "Ce débat est bien plus large et ne doit pas être ouvert à la suite d'une décision prise par une communauté bien précise. Nous devons prendre le temps de la réflexion, dans le calme. De nombreux Belges possèdent une seconde nationalité, dont la Française par exemple. On ne pense pourtant pas rouvrir le débat sur la double nationalité en fonction des résultats des élections présidentielles."

DéFI ne voit plus l'intérêt de poursuivre le processus d'adhésion à l'UE

"Il n'y a plus aucune raison de poursuivre à présent le processus d'adhésion de ce pays à l'Union européenne", estime lundi le parti DéFI, en réaction au référendum qui a vu le 'oui' au renforcement des pouvoirs présidentiels l'emporter dimanche en Turquie.

"Le résultat du référendum en Turquie va faire passer ce pays d'une république parlementaire laïque à un régime autoritaire, sous la houlette du président Erdogan, qui pourra rester en fonctions jusqu'en... 2029. Dans la foulée, la peine de mort risque d'être rétablie, selon les voeux du président, qui incarne un conservatisme religieux à mille lieues de la laïcité prônée par Atatürk", estime le parti dans un communiqué.

"La Turquie, et son président en particulier, ont donc décidé de leur plein gré de s'éloigner de l'Europe et de ses valeurs. Il n'y a plus aucune raison de poursuivre à présent le processus d'adhésion de ce pays à l'Union européenne. DéFI souhaite en outre que la participation de la Turquie à l'OTAN soit réévaluée et que, si la peine de mort venait à être rétablie, son exclusion du Conseil de l'Europe soit prononcée", ajoute DéFI.

Une rupture avec les valeurs européennes

La présidence française estime dans un communiqué que "l’organisation d’un référendum sur la peine de mort constituerait évidemment une rupture avec (les) valeurs et (les) engagements" pris par la Turquie "dans le cadre du Conseil de l’Europe".

Paris "prend acte des chiffres annoncés" après le referendum de dimanche -- et "des contestations émises" -- tout en relevant que ces chiffres "montrent qu’en tout état de cause la société turque est divisée sur les profondes réformes envisagées".

"Les valeurs et les engagements pris dans le cadre du Conseil de l’Europe devraient conduire les autorités turques à conduire un dialogue libre et sincère avec toutes les composantes de la vie politique et sociale", indique la présidence française.

Le président turc a remporté une victoire contestée par l'opposition dimanche sur une réforme constitutionnelle, à une courte majorité de 51,4%.

Dans la soirée, il a évoqué la possibilité d'organiser un nouveau référendum, celui-ci sur le rétablissement de la peine de mort, une ligne rouge pour Bruxelles.

Si l'opposition soutient le rétablissement de la peine capitale, "alors j'approuverai" cette mesure, a-t-il affirmé, si elle ne le soutient pas, "alors nous organiserons un nouveau référendum".

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