L’Europe a emprunté pour la première fois de l’argent en son nom propre et sur son propre budget

L’Europe a emprunté pour la première fois de l’argent en son nom propre et sur son propre budget. La Commission européenne contracte ainsi sa première dette commune. Et ça, c’est historique.

Cela semblait encore complètement impossible il y a un peu plus d’un an, avant la pandémie, tellement il y avait des réticences à communautariser cette dette. Mais le Covid est passé par là et a tout changé. Le principe de cette dette commune avait déjà été décidé politiquement l’été dernier et il est devenu réalité ce mardi. Effectivement, la Commission a émis ses premières obligations qu’elle redistribuera aux États membres en fonction des besoins. La Commission a emprunté hier 20 milliards d’euros, c’est donc la première dette commune européenne.

Une dette commune, késako ? 

Concrètement, cela signifie que l’Europe, la Commission européenne, emprunte en son nom propre. Avant, quand on disait " l’Europe emprunte ", c’était un peu un raccourci. En réalité, c’est les États membres qui empruntent chacun de leur côté, en leur nom à eux, et qui mettent en commun dans les caisses européennes pour les alimenter. Et entre les deux formules, il y a évidemment une grosse nuance, c’est la question de la responsabilité. Qui met son nom sur le papier de la dette, et donc qui paye en cas de problème ? Et ça, ça change tout pour Philippe Ledent, économiste pour la banque ING:

"Ça voudrait dire, par exemple, que si un pays ne répond pas à ses engagements et ne paye pas sa part du remboursement de la dette, à ce moment-là, ce sont les autres qui doivent compenser. Et ça, ça a toujours été un frein, quelle que soit la matière. C’est exactement la même chose qui s’est passée après la crise financière. Lorsqu’il a fallu aider la Grèce, le Portugal et l’Irlande, c’est la question de la solidarité qui a posé problème. Et évidemment, comme vous avez des pays qui sont plus forts et des pays qui sont plus faibles en Europe, les pays forts ont forcément peur qu’au final, tout le poids soit sur eux. Et c’est ça qui a toujours été un frein."

L'Allemagne contre

Ces dernières années, la chancelière Angela Merkel a longtemps été fermement opposée à cette idée de coresponsabilité. Mais au vu de l'ampleur de la pandémie Covid-19, l'ampleur du défi de la relance, globale, et qui n'épargne donc personne, a mis tout le monde dans le même bateau. Une situation qui force les dirigeants européens à jouer la carte de la solidarité, parce que tout le monde serait perdant si l’économie européenne ne reprenait pas ou reprenait mal. C’est en ça que cette dette commune est aujourd’hui historique pour l’intégration européenne. "C’est vraiment comme dans un couple, c’est un pas important que de s’engager communément dans une dette pour acheter une maison, par exemple, comme ici c’est un pas important vers davantage d’intégration européenne, parce que créer une certaine coresponsabilité d’une dette communément émise par l’Europe n’avait jamais été réalisé par le passé", précise Philippe Ledent. 

Financer le plan de relance européen donc, aider cette économie à redémarrer après la crise Covid. Évidemment, pour ça, il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, d’où cet emprunt. En tout, l’Europe va emprunter 800 milliards d’euros dans les cinq prochaines années. Les 20 milliards dont on parle et qui ont été empruntés hier, c’était donc une première petite tranche. La Belgique, elle, de son côté, recevra six milliards de ce pactole dans le cadre de ce plan de relance européen.

Emprunter oui, mais rembourser

L’étape suivante est de rembourser cette dette. Pour ça, il faut évidemment ses propres recettes fiscales européennes, et plus les recettes fiscales de chacun des États membres. Et donc, on a là potentiellement un embryon de budget européen commun, de fiscalité commune. C’est le rêve de beaucoup d’Européens convaincus, mais pas trop vite, parce qu’il y a évidemment là aussi beaucoup de freins dans cette étape supplémentaire vers l’intégration. L’étape qui a été franchie aujourd’hui avec cette dette commune, c’est déjà un premier pas important.

Accord sur le plan de relance européen: JT 21/07/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK