"L'Europe à deux vitesses permet de contourner l'obstacle britannique"

Pierre Defraigne
Pierre Defraigne - © RTBF

Pour le directeur de la Fondation Madariaga-Collège d'Europe Pierre Defraigne, il faudrait un référendum de tous les peuples de l'Europe sur l'avenir de l'Union européenne. Le Royaume-Uni est un poids pour l'Europe mais ce n'est pas ce pays qui a le plus à perdre dans l'hypothèse d'une sortie de l'Union.

Le Premier ministre britannique David Cameron promet à ses concitoyens un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne d’ici à 2017. Le directeur de la Fondation Madariaga-Collège d'Europe Pierre Defraigne remet cette promesse dans le contexte d’une guerre interne au sein du camp conservateur britannique : "Il faut donner des gages aux eurosceptiques qui exigent un référendum et David Cameron s’y est résolu à contrecœur".

L’euroscepticisme est présent dans d’autres pays de l’Union, souligne Pierre Defraigne: "Les gens attendent beaucoup de l’Europe, mais se méfient de cette Europe-ci. Si on leur demande de se prononcer sur l’Union européenne telle qu’elle est, l’euroscepticisme gagne du terrain. Si, à partir des progrès qui commencent à être faits sur l’Eurogroupe, on leur propose un projet qui a du contenu et qui se prête à un débat démocratique, peut-être pourra-t-on relancer l’intérêt pour l’Europe. Et permettre au citoyen de se réapproprier quelque chose qui est depuis longtemps dans les mains des élites et des technocrates", analyse-t-il au micro de Bertrand Henne.

Pour Pierre Defraigne, "il faudrait un vrai référendum européen: l’Europe est au bout de ce qu’elle peut faire avec les traités. Elle doit les rénover en profondeur, et cette question doit être soumise au peuple. Ce serait un vrai référendum utile, celui de tous les peuples d’Europe qui se prononcent ensemble sur l’avenir" de l’Union.

"L'Europe y perdrait"

Si l’on considère l’hypothèse que le Royaume-Uni sort de l’Union, "l’Europe y perdrait sûrement" estime Pierre Defraigne : "On ne voit pas un grand pays comme la Grande-Bretagne quitter sans qu’il en coûte quelque chose aux autres. La formule actuelle de l’Europe à deux vitesses permet en réalité de contourner l’obstacle britannique. Ce qui bouge en Europe aujourd’hui, c’est l’Eurogroupe, qui a vocation à se renforcer et à devenir un noyau de quelque chose de plus politique ; si la Grande-Bretagne, avec ceux qui ne sont pas encore prêts, veut rester à l’écart, pourquoi pas?"

Pour Pierre Defraigne, jusqu’à aujourd’hui la Grande-Bretagne a été un poids pour l’Europe: "On ne peut pas citer un exemple d’initiative britannique qui ait servi à faire avancer l’Europe, même dans le domaine de la défense, ou la Grande-Bretagne est très forte". En cas de référendum, le monde financier doit craindre que la City (première place financière du monde) soit déconnectée de l’Eurogroupe et perde de son influence au profit de Paris ou de Francfort.

A.L. avec B. Henne

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