L'ETA décrète un "cessez-le-feu" que Madrid juge insuffisant

RTBF
RTBF - © RTBF

Le groupe basque armé ETA qui n'a pas commis d'attentat depuis 17 mois, a annoncé lundi un cessez-le-feu "permanent" et "vérifiable", mais cette déclaration a été déclaré "insuffisante" et pas assez convaincante par le gouvernement espagnol.

"L'ETA a décidé de déclarer un cessez-le-feu permanent et de caractère général qui puisse être vérifié par la communauté internationale", a indiqué l'organisation clandestine dans un communiqué publié sur le site internet du journal indépendantiste basque Gara.

L'annonce --accompagnée d'une vidéo montrant trois personnes encagoulées, derrière l'emblème traditionnel de l'organisation avec un serpent et une hache-- représente un "engagement ferme de l'ETA en faveur d'un processus de solution définitive et de la fin de la confrontation armée", selon ce communiqué.

L'ETA doit prendre des mesures "beaucoup plus convaincantes et définitives", a déclaré le chef du gouvernement espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, en avertissant qu'il n'acceptera "aucune tromperie".

Le numéro deux du gouvernement, Alfredo Perez Rubalcaba avait auparavant rejeté comme insuffisante la déclaration de l'organisation séparatiste, jugeant qu'elle n'était "clairement pas" ce que "la société espagnole espérait".

"Cela n'est pas une mauvaise nouvelle mais ce n'est pas La nouvelle", a-t-il estimé. "Nous avons insisté à de nombreuses reprises sur le fait que le seul communiqué que nous voulions lire est celui dans lequel l'ETA annonce la fin (de la lutte armée), de manière irréversible et définitive", a martelé M. Perez Rubalcaba, maître d'oeuvre d'une politique de lutte sans concession contre le groupe armé.

Il a aussi rejeté l'idée d'une "vérification internationale" du cessez-le-feu. "Dans un Etat de droit, ce sont les forces de sécurité qui vérifient" un cessez-le-feu, a-t-il expliqué.

Responsable de la mort de 829 personnes en plus de quarante ans d'attentats pour l'indépendance basque, l'ETA était depuis plusieurs mois sous la pression de son bras politique interdit Batasuna pour annoncer un "cessez-le-feu".

Cherchant à revenir dans le jeu politique légal, Batasuna avait annoncé fin novembre la création à venir d'un nouveau parti rejetant "l'usage de la violence" dans l'espoir d'être autorisé à concourir pour les élections locales de mai 2011.

Lundi, des responsables de ce mouvement, interdit depuis 2003 par la justice espagnole, ont estimé que l'ETA avait "répondu de manière satisfaisante" à leur demande.

Ce cessez-le-feu représente une "décision unilatérale (...) d'une portée historique et déterminante pour lancer une nouvelle phase politique" ont souligné Txelui Moreno et Marian Beitialarrangoitia, militants historiques de Batasuna.

L'ETA, dont le dernier attentat sur le sol espagnol remonte au 9 août 2009, avait déjà fait une série d'annonces en septembre 2010 allant dans le sens d'une suspension de la lutte armée.

Mais ces déclarations avaient été jugées insuffisantes par Batasuna et rejetées sans ménagement par le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, échaudé par la fin sanglante du précédent "cessez-le-feu permanent" (deux morts dans l'attentat à l'aéroport de Madrid en décembre 2006).

D'après le spécialiste de l'ETA Florencio Dominguez, le communiqué du groupe armé "cherche à donner un peu d'air à Batasuna" mais l'ETA n'envisage toujours pas "un abandon des armes de manière unilatérale et sans contrepartie".

Selon Gorka Landaburu, spécialiste de la question basque et directeur de l'hebdomadaire Cambio 16, cette annonce constitue "un pas en avant important (...) mais pas définitif".


AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK