L'Espagne au croisement de multiples crises identitaires en ce jour d'élections

Les Espagnols passent aux urnes ce dimanche. Le dernier débat télévisé avant les élections législatives anticipées avait lieu cette semaine, et la question de l’indépendance de la Catalogne domine la vie politique espagnole. Le Parti socialiste du chef du gouvernement sortant Pedro Sanchez devrait arriver en tête, mais obtenir une majorité sans coalition semble compromis. Ignasi Guardans, journaliste et commentateur politique sur plusieurs chaînes espagnoles, était l’invité de Weekend Première pour en parler.

Une chose est certaine, la question catalane divise. Et le conflit dépasse celui du gouvernement espagnol. « C’est un problème qui divise surtout les Catalans, affirme Ignasi Guardans. Les indépendantistes n’ont jamais obtenu plus de 43% des votes. La société catalane est donc déjà coupée en deux à cause de ce débat. »

Côté espagnol, on craint désormais la montée de l’extrême droite avec Vox, débarqué il y a cinq ans dans l’arène politique. Pour la première fois depuis la dictature franquiste, les nationalistes risquent de faire leur entrée au parlement. Avec des modèles tels que Jair Bolsonaro ou Donald Trump, une telle situation inquiète le journaliste espagnol. « Jusqu’ici, en Espagne, il y a eu une alternance tout à fait démocratique et normale. L’arrivée de Vox serait un drame, mais cela reste une possibilité », prévient-il. En réalité, cette montée des extrêmes s’explique par plusieurs phénomènes internes et externes à la péninsule ibérique.

Crise antisystème et crise identitaire

Brexit, gilets jaunes, crises migratoires… tous les ingrédients d’un malaise contre le système sont réunis. « Il y a un écart entre les partis politiques et une partie de la société, réelle ou non », confirme Ignasi Guardans. Mais en Espagne, cela s’est ajouté à une crise identitaire déjà présente : « Il y a une crise de modèle de pays, analyse-t-il. Des erreurs ont été commises, la gauche a permis pendant trop de temps que l’idée de patrie, de nation, soit accaparée par la droite. Et à partir du moment où, du point de vue de la Catalogne, on dit que l’Espagne c’est n’importe quoi, ça produit inévitablement une réaction de l’autre côté. » Ce mouvement général de repli sur soi devant des problèmes plus globaux n’arrange donc rien.

Système politique particulier

Bien que l’on parle d’exception espagnole avec le socialiste Pedro Sanchez annoncé gagnant dans les sondages, il ne récolterait toutefois plus suffisamment de voix pour s’en sortir seul. « La situation est compliquée, reconnaît Ignasi Guardans. Ils pourraient atteindre 25 ou 30% du résultat. Un tel chiffre est énorme et rend Premier ministre dans certains pays de l’Union européenne. Mais le système espagnol est proportionnel et donne un surpoids aux provinces plus petites. Cela pourrait empêcher le parti socialiste de gouverner seul ».

Une coalition semble bel et bien inévitable, mais avec qui ? C’est là que tout se complique. Deux grands blocs s’affrontent : la droite, avec le Parti Populaire (de Mariano Rajoy), Vox et Ciudananos (plutôt libéral), et la gauche, avec le Parti socialiste et Podemos (gauche radicale). Mais même en s’associant, les deux partis de gauche ne pourraient pas gouverner tout seuls. « C’est là que l’on entre dans un débat compliqué : qui sont les autres qui viendront s’ajouter ? ».

Si la Belgique est une grande habituée des coalitions pleines de compromis, la situation est inédite en Espagne. « L’idée d’avoir une coalition dans le gouvernement, avec des ministres de différentes couleurs, est complètement nouvelle. Cela existait déjà dans nos gouvernements régionaux, mais jamais à l’échelle nationale », constate le journaliste. En ce jour d’élections, il semble que cela soit la seule solution possible sous peine d’entraîner le pays dans un blocage politique sans précédent.

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