L'énigme de la disparition de La Minerve enfin résolue

La Minerve, disparue en 1968, avec 52 hommes à bord
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La Minerve, disparue en 1968, avec 52 hommes à bord - © STF - AFP

Thérèse Scheirmann a l'esprit à la fête. En ce 27 janvier, elle s'est levée tôt, s'est pressée pour sortir de chez elle. Au magasin du coin, la mère de famille achète des oeufs, de la farine et du lait. Le gâteau sera bientôt prêt, son mari ne sera plus très long. Leurs deux enfants eux aussi sont impatients. Les minutes passent, et puis les heures. Ce matin-là, l'attente devient fébrile. Quand la sonnette retentit à la porte, Thérèse tombe sur un marin en uniforme. Il informe pudiquement Thérèse que son mari "aurait du retard". Thérèse comprend qu'elle ne reverra jamais Jules. Jules allait fêter ses 29 ans le 27 janvier 1968.

Comme 51 autres de ses compagnons d'infortune, le marin a été porté disparu en mer. Le sous-marin militaire dans lequel ils avaient embarqué n'a jamais été retrouvé. La Minerve, en exercice à une trentaine de kilomètres de Toulon, avait coulé en quatre minutes, seulement. Malgré les opérations de secours entreprises très vite, l'épave n'a jamais été localisée. Les années passent. Thérèse s'installera dans un modeste pavillon de Toulon, entourée des photos de son défunt mari. Pendant 50 ans, les suppositions les plus folles alimenteront les chroniques autour de la disparition du sous-marin : un problème avec les Russes ?, un abordage violent ? Encore aujourd'hui, Thérèse estime que ces théories censées expliquer l'accident ont fait souffrir, comme la sienne, la plupart des familles. Tout piétine, le sentiment que les 52 marins ont été un peu abandonnés. 

 

 

Des familles qui tiennent bon. Et qui tentent, malgré le poids des ans et du découragement ambiant, de conserver une entêtante énergie qui leur permettra de savoir ce qui est advenu à leurs proches. Des recherches sont relancées, début juillet, à leur demande. Incroyables, elles aboutiront en moins d'un mois.

"Ils étaient près de nous, pas loin", a réagi Thérèse Scheirmann. "C'est un apaisement extraordinaire..."  Depuis toutes ces années, effectivement, La Minerve reposait par 2.370 mètres de fond, brisée en trois morceaux, à 35 kilomètres des côtes. Récemment, une série de données ont été repassées en revue au vu des connaissances scientifiques actuelles. A la mi-juillet, un navire américain d'une compagnie privée, aux caméras capables de filmer les fonds marins jusqu'à 6000 mètres, localise l'épave. Des drones ont apporté la confirmation visuelle de l'emplacement. Une expertise devrait pouvoir raconter ce qui s'est exactement passé. 

 

 

La ministre française des Armées parle de succès, de soulagement, de prouesse technique. Elle dit penser aux familles qui ont attendu ce moment si longtemps, c'est le cas. Hervé Fauve, fils du commandant de la Minerve, entreprend de contacter les familles, et, par courriel, par téléphone, leur annonce la nouvelle. Hervé Fauve, par le biais d'un site internet, était parvenu à fédérer la plupart des proches. La plupart des parents des marins sont morts, mais les femmes et les enfants ont encaissé le choc, la plupart avec étonnement. "Aujourd'hui, il n'y a pas de mots pour écrire mon émotion", réagit Thérèse. "Et pour mes enfants, c'est une telle surprise, un tel bonheur. Je me sens envahie par une grande sérénité, le fait de savoir enfin où se trouvent mon mari et ses camarades." Le fils du commandant, lui qui a toujours gardé espoir, conclut : "J'étais âgé de 5 ans, au moment du drame. J'ai toujours pensé que l'on retrouverait un jour ce père dont je me souviens dans les moindres détails. C'est une belle journée. Triste mais très belle."

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