L'émissaire de l'ONU évoque une "impasse" en Libye et craint un "embrasement"

"Le pire à mes yeux serait une intervention militaire directe (étrangère) au profit des uns ou des autres", a déclaré Ghassan Salamé.
"Le pire à mes yeux serait une intervention militaire directe (étrangère) au profit des uns ou des autres", a déclaré Ghassan Salamé. - © MAHMUD TURKIA - AFP

L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a estimé dans une interview jeudi à l’AFP que l’assaut lancé par le maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli avait abouti à une « impasse », et a mis en garde contre un « embrasement généralisé » dans le pays.

Depuis le 4 avril, l’Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée) a lancé un assaut contre la capitale libyenne, siège du gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale. Depuis plusieurs jours, l’ANL, même si elle annonce des percées, piétine au sud de la capitale, les lignes de front se situant entre 12 et 50 km de Tripoli.

« Après les tout premiers succès de l’Armée nationale libyenne (ANL, du maréchal Haftar), il y a deux semaines, nous observons une impasse militaire », a dit M. Salamé dans cet entretien exclusif à Tripoli. « Il n’y a pas eu de mouvement spectaculaire depuis deux semaines […] la ligne de front ne bouge pas beaucoup ».

« On a d’un côté des divisions au niveau de la communauté internationale qui se reflètent au Conseil de sécurité ou ailleurs, et de l’autre une situation d’impasse sur le terrain, ce qui n’est pas très prometteur ».

« J’agis avec énormément de détermination pour refaire l’unité internationale autour du plan d’action de l’ONU » en vue notamment d’élections générales en Libye, et de « l’autre côté, pour qu’on ne reste pas dans cette impasse militaire ».

M. Salamé a indiqué qu’il allait rappeler au Conseil de sécurité qui se réunit jeudi soir « que l’aspect localisé (des combats) durant les quinze derniers jours ne doit pas rassurer (les pays membres) et qu’il y a une possibilité d’embrasement généralisé ».

Les pays membres du Conseil de sécurité « doivent être beaucoup plus actifs et beaucoup plus unis pour endiguer un tel embrasement ».

Interrogé sur le soutien de certains pays aux deux camps rivaux, l’ANL et le GNA et leurs alliés respectifs sur le terrain, M. Salamé a indiqué « qu’il y a différents degrés d’interférences extérieures ».

« Il y a l’appui politique au profit des uns ou des autres, il y a l’envoi d’argent, […] la fourniture d’armes et surtout ceux qui changent le rapport des forces sur le terrain ».

« Et le pire à mes yeux serait une intervention militaire directe (étrangère) au profit des uns ou des autres », a-t-il dit, ajoutant qu’une « partie de mon travail et celui du secrétaire général (de l’ONU) est de tenter d’éviter le pire qui serait des interventions extérieures directes dans le conflit ».

De telles interventions provoqueraient « un conflit régional voire international. » « Je ne souhaite pas du tout pour les Libyens […] que (leur pays) devienne un terrain pour un conflit (entre) puissances étrangères ».

Troupes du général Haftar en mouvement (position et date inconnues)

Crédits images: Libya National army forces by Eastern commander Khalifa Haftar

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