"L'électorat de l'AfD, ce ne sont pas que des néonazis, mais les populistes ont réussi à faire revoter les gens"

13% pour le mouvement d'extrême droite, un scandale? Pour le porte-parole, tous ses électeurs ne sont pas des néonazis
3 images
13% pour le mouvement d'extrême droite, un scandale? Pour le porte-parole, tous ses électeurs ne sont pas des néonazis - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Les trois points marquants des élections législatives allemandes sont la nouvelle victoire d'Angela Merkel, le score de l'AfD, ce mouvement proche des mouvances d'extrême droite avec 13,5 % mais aussi le score du SPD, les socio-démocrates, qui font un score de 20,5 %, le plus mauvais résultat du SPD depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Un échec pour son leader Martin Schulz, que commentait en direct de Berlin Markus Frenzel dans Matin Première:

"Ce résultat est une catastrophe, admettait-il. Une catastrophe pas uniquement pour mon parti, le SPD, mais aussi pour la démocratie en Allemagne. Le SPD a perdu 40 sièges. Mais le CDU, les conservateurs, ont aussi  perdu 65 sièges. Et la vraie catastrophe, c'est que maintenant on a presque 100 personnes de l'extrême droite au sein du Parlement national".

De quoi se demander si la social-démocratie a encore un avenir quand on voit l'incroyable chute du PS français. Markus Frenzel croit pourtant dans un avenir pour la social-démocratie "mais elle doit se renouveler, se réinventer. Regardez le Canada où quelqu'un de gauche a gagné avec un score énorme. Même chose en Italie, Renzi, au début, a doublé son score, il a eu un score historique pour la gauche en Italie. Et Macron, ici en Allemagne, on a l'impression qu'il est plutôt social-libéral, qu'il ne serait pas quelqu'un de droite. Des collègues en France me disent toujours qu'il est plutôt quelqu'un de droite, mais pour eux il était plutôt plus proche du SPD que du CDU".

Renouveler le parti

Die Linke, le parti de gauche radicale, héritier des communistes et aussi de l'aile la plus à gauche du SPD, fait de son côté 9 %: "Mais ça, on l'observe depuis longtemps, fait remarquer Markus Frenzel. Bien sûr c'est un problème que la gauche en Allemagne soit divisée en différents partis. On a le SPD, qui était jusqu'à maintenant plus ou moins un grand parti du centre-gauche, et il y a les Verts et il y a aussi le parti de gauche, mais les trois ensembles doivent plus ou moins trouver un consensus aussi un jour".

Il faut se renouveler: c'était toujours la même équipe qui est arrivée au pouvoir avec Gerhard Schröder il y a presque 20 ans

Si les verts sont pressentis pour former une coalition au fédéral avec les libéraux et le CDU, le SPD veut lui faire une cure d'opposition: "On doit se réinventer, on doit se renouveler, on doit avoir une équipe jeune maintenant. L'équipe qui a gouverné dans une grande coalition était toujours plus ou moins la même équipe qui est arrivée au pouvoir avec Gerhard Schröder il y a presque 20 ans".

Quant au vote en faveur de l'extrême droite, "ça fait partie aussi de l'Allemagne, comme chez vous en Belgique" estime-t-il. "Maintenant on a un parti d'extrême droite populiste au sein de notre Parlement national". Et ce alors que l'Allemagne faisait jusqu'ici preuve d'exception: "C'est lié à notre histoire. L'Holocauste et la Deuxième Guerre mondiale ont joué un rôle clé pour la conscience des gens, il y avait toujours une très grande hésitation de voter plus à droite que les conservateurs de la CDU. Et là maintenant ça a échoué, on a maintenant ce parti au sein du Parlement. Mais il faut aussi distinguer le parti et l'électorat. Le parti est un parti d'extrême droite, populiste, néonazi, mais il y a un million d'électeurs qui viennent des conservateurs, un demi-million qui vient du SPD, un demi-million aussi du parti de gauche".

Au sein de l'AfD, il y a aussi pas mal de vrais néonazis, mais c'est un mélange

Markus Frenzel pointe d'ailleurs une donnée peu analysée: c'est l'augmentation du nombre de votants de 71 % à 76 %. "Et ce n'est pas lié à la grande coalition, c'est lié aux populistes. Ça veut dire qu'ils attirent aussi les gens à aller voter à nouveau. Ça veut dire que ces électeurs, à mes yeux, ne sont pas que des néonazis, sinon, ils n'auraient eu aucun problème à voter pour le vrai parti néonazi, NPD, une droite très dure, encore plus radicale que l'AfD, alors qu'au sein de l'AfD, il y a aussi pas mal de vrais néonazis, mais c'est un mélange".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK