"L'EI a les capacités militaires d'Al-Qaïda et administratives du Hezbollah"

"L'Etat islamique est plus sophistiqué et mieux financé que tout autre groupe que nous ayons connu. Il va au-delà de tout autre groupe terroriste ", a déclaré le secrétaire à la Défense Chuck Hagel lors d'une conférence de presse. Cette déclaration de Washington en dit long sur le danger que représente l'EI pour l'Occident.

Des responsables du renseignement américain, relayés par Foreign Policy affirment que les dirigeants de l'Etat Islamique sont très bien organisés. Ils consacrent des ressources humaines et financières considérables au bon fonctionnement de services essentiels comme l'électricité, l'eau ou encore le traitement des eaux usées. Dans le reportage des équipes de Vice en immersion dans l'EI, le journaliste était même accompagné du responsable de presse de l'Etat Islamique. Rien n'est donc laissé au hasard.

"L'EI est le groupe terroriste le plus dangereux de la planète parce qu'il détient les capacités de combat d'al-Qaida et les capacités administratives du Hezbollah. Il est clair qu'ils ont comme objectif de créer un Etat et qu'ils comprennent l'importance d'une gouvernance efficace"estime David Kilcullen, un expert en contre-insurrection australien.

Preuve que l'EI tient au fonctionnement des services publics, ils ont permis aux bureaucrates locaux en charge des hôpitaux, de la police ou du ramassage des ordures de garder leurs emplois.  

"J'ai l'impression d'avoir à faire à un Etat respecté, pas à des voyous"

Selon Foreign Policy, les jihadistes semblent s'adapter rapidement aux défis associés à la gouvernance d'un Etat. Dans certaines zones dont il a le contrôle, l'Etat Islamique ouvre des hôpitaux, construit de nouvelles routes, réhabilite des écoles et lance des programmes de PME pour relancer les économies locales en perte de vitesse.

En agissant de la sorte, les extrémistes réduisent les chances qu'un soulèvement de l'intérieur du territoire se produise. Ils essayent au maximum de soigner leur popularité auprès de la population locale. Et cela semble fonctionner pour certains. Un joaillier local a déclaré au New York Times que "les impôts sont bien moins élevés que les pots-de-vin que les habitants devaient payer quand Bachar al-Assad était encore aux commandes. J'ai l'impression d'avoir affaire à un Etat respecté, pas à des voyous."

Nostalgie des premiers califats

L'instauration d'un califat était un des objectifs des factions jihadistes engagées en Syrie. Depuis le 29 juin, Abou Bakr Al-Baghdadi est devenu le calife autoproclamé de "tous les musulmans". Mais d'ou provient cette envie de réinstaurer un califat islamique ?

Un petit rappel historique s'impose : à la mort de Mahomet en 632, sa succession est assurée par les compagnons du prophète. C'est la naissance du califat régi selon les règles islamiques, la charia. C'est cette période des califes qui fait fantasmer les jihadistes du monde entier. Cette période est perçue par les jihadistes comme la quintessence de la foi musulmane, sa version la plus "pure". C’est aussi une époque glorieuse où les victoires militaires se sont succédées et qui correspond au début de l'essor de la civilisation arabo-musulmane. 

Cette fascination, Baudouin Dupret, islamologue et directeur du centre de recherches Jacques Berque à Rabat l'avait déjà expliqué à Slate, en octobre 2013 : "le propre de toutes les utopies est de vouloir instaurer un monde idéal, soit à construire, soit associé à un âge d’or. Dans ce cas, c’est l’âge d’or du califat arabe ayant fait suite au Prophète Mahomet. Le prophète Mahomet avait une vocation spirituelle et temporelle. Le calife est son successeur temporel. Il assure la direction de la communauté des croyants."

Le monde musulman condamne l'Etat Islamique

Les déclarations hostiles à l'EI, issue du monde musulman et de ses intellectuels les plus en vue se sont multipliées ces derniers jours, surtout depuis la parution de la vidéo de décapitation du journaliste James Foley.

L’Union internationale des savants musulmans (IUMS) a condamné, "l’expulsion forcée des frères chrétiens d’Irak de leurs maisons, villes et provinces". Les actes de l’Etat islamique "violent la loi islamique, la conscience islamique et ne laissent rien d’autre qu’une image négative de l’islam et des musulmans" avaient-ils affirmés dès le 23 juillet.

Le grand Mufti d'Arabie, Abdel Aziz Al-Cheikh, estime que "l'Etat islamique est l'ennemi numéro un de l’islam". Le plus haut responsable religieux saoudien ajoute que "les idées d’extrémisme, de radicalisme et de terrorisme n’ont rien à voir avec l’islam" et que les musulmans sont "les principales victimes de cet extrémisme."

A noter également que l'Indonésie, le plus gros foyer de musulmans au monde (avec 245 millions de fidèles), a rendu illégal tout soutien à l'EI. Avec comme sanction une déchéance de la citoyenneté indonésienne pour tout militant voulant rejoindre les rangs des jihadistes.

Mathieu Menif

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