L'Eglise orthodoxe ukrainienne obtient son indépendance envers Moscou

Le Patriarche Bartholomée de Constantinople (au centre) a accordé au Patriarcat de Kiev la reconnaissance comme Église à part entière dans le monde orthodoxe.
Le Patriarche Bartholomée de Constantinople (au centre) a accordé au Patriarcat de Kiev la reconnaissance comme Église à part entière dans le monde orthodoxe. - © OZAN KOSE - AFP

Le Patriarcat de Constantinople a reconnu ce jeudi une Eglise orthodoxe indépendante en Ukraine, une décision qui devrait susciter l'ire de Moscou, à l'issue d'un saint-synode de deux jours à Istanbul. Dans un communiqué publié à l'issue de ce synode, le Patriarcat a annoncé "renouveler la décision déjà prise et selon laquelle le Patriarcat oecuménique procède à l'octroi de l'autocéphalie à l'Eglise d'Ukraine".

Les orthodoxes en Ukraine sont divisés : une partie appartient à l’Église rattachée au Patriarcat de Moscou et une autre partie est fidèle au Patriarcat de Kiev, autoproclamé après l'indépendance du pays en 1992, et qui n'était reconnu par aucune Église orthodoxe dans le monde. C'était au Patriarche Bartholomée de Constantinople, basé à Istanbul en Turquie et "premier parmi ses égaux" par rapport aux autres patriarches des Eglises orthodoxes, de trancher, après une demande officielle du Patriarcat de Kiev, soutenue par les députés ukrainiens, d'être reconnu comme une Eglise à part entière dans le monde orthodoxe.

Le patriarche ukrainien est rétabli

Le saint-synode a également décidé de "rétablir dans sa fonction hiérarchique" le Patriarche Filaret Denisenko, après avoir examiné un appel qu'il avait présenté contre son excommunication par Moscou. Après l'indépendance de l'Ukraine en 1991 et la chute de l'URSS, Filaret, ancien hiérarque du patriarcat de Moscou, a créé une Eglise orthodoxe ukrainienne dont il s'est autoproclamé patriarche, ce qui lui a valu d'être excommunié par Moscou.

Lors du synode, deux émissaires de Constantinople dépêchés en Ukraine en septembre ont exposé les résultats de leurs mission et les contacts qu'ils ont eus sur place. La mission de ces deux émissaires à Kiev avait été interprétée comme le préambule d'une reconnaissance par Constantinople d'une Eglise orthodoxe ukrainienne indépendante. L'un des deux émissaires, l'archevêque américain Daniel, avait d'ailleurs affirmé sur place le 17 septembre que la création d'une Église orthodoxe ukrainienne indépendante, voulue par Kiev et reconnue hors de l'Ukraine, était d'ores et déjà "décidée", malgré la vive opposition du Patriarcat de Moscou.

Schisme dans le monde orthodoxe

Le président ukrainien Petro Porochenko s'est immédiatement félicité de cette décision, saluant lors d'une retransmission en direct à la télévision ukrainienne la fin de l'"illusion impériale et des fantaisies chauvinistes" de la Russie.

Furieux, Moscou a déjà rompu une partie de ses liens avec Constantinople, dénonçant un "coup dans le dos" de la part d'un Patriarcat avec qui les relations étaient déjà difficiles et menaçant de couper tout contact en cas de reconnaissance d'une Église ukrainienne indépendante. Le Patriarche russe Kirill, considéré comme un allié du président Vladimir Poutine, s'oppose fermement à la volonté d'indépendance du Patriarcat de Kiev, qu'il assimile à une "catastrophe" et à un "schisme" dans le monde orthodoxe. Si le Patriarcat de Constantinople est le plus ancien, c'est celui de Moscou qui compte le plus grand nombre de fidèles et de paroisses. La perte de son influence en Ukraine porterait un coup sérieux à son statut dans le monde orthodoxe.

En Ukraine, l’Église dépendante du Patriarcat de Moscou est la plus importante communauté religieuse par le nombre de paroisses, mais les Ukrainiens sont de plus en plus nombreux à rejoindre l’Église du Patriarcat de Kiev. Selon un sondage réalisé par l'organisation américaine International Republican Institute (IRI) en mai-juin 2018, 36 % des Ukrainiens s'identifient comme fidèles du Patriarcat de Kiev, contre 19 % pour l'Eglise rattachée au Patriarcat de Moscou.

Moscou prévoit des troubles

Souvent tendues, les relations entre ces deux Églises ont été exacerbées avec la crise russo-ukrainienne marquée par l'annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, suivie du conflit dans l'Est séparatiste prorusse de l'Ukraine, qui a fait plus de 10.000 morts. Moscou avait averti que des troubles se produiront probablement en Ukraine si une décision en ce sens était annoncée.

Le président ukrainien Petro Porochenko a multiplié les critiques ces derniers mois contre la branche de l’Église orthodoxe loyale à Moscou, allant jusqu'à la qualifier de "menace directe à la sécurité nationale". L’Église ukrainienne rattachée au patriarcat de Moscou, qui compte des milliers de fidèles dans le pays, a de son côté dénoncé une ingérence de l’État dans les affaires religieuses.

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