L'Autorité palestinienne est de retour dans une bande de Gaza asphyxiée

Des centaines de Palestiniens de Gaza se sont bousculés ce lundi matin à proximité du point de passage d'Erez, entre Israël et la bande de Gaza. C'est par là qu'est arrivé le Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Rami Hamdallah. "Le gouvernement commence à exercer son rôle à Gaza à partir d'aujourd'hui", a proclamé le chef du gouvernement venu de Ramallah, protégé par ses gardes du corps.

C'est la première fois que Rami Hamdallah mettait le pied à Gaza depuis 2015, lors d'une précédente tentative de réconciliation entre les frères ennemis palestiniens, le Fatah et le Hamas. Cela fait onze ans que les deux territoires palestiniens, Cisjordanie et Gaza, sont gouvernés par des gouvernements rivaux.

Les aides se sont taries

Le Hamas avait gagné les élections parlementaires de 2006. Mais le mouvement islamiste fut privé de son succès sous les pressions internationales. Par la force, il a néanmoins pris le contrôle de la bande de Gaza. L'Autorité palestinienne, dominée par le Fatah de Mahmoud Abbas, gouverne depuis lors la seule Cisjordanie.

Le Hamas, à la fois parti politique et milice armée, est considéré comme mouvement terroriste par Israël, les États-Unis et l'Union européenne. Depuis onze ans, il a bénéficié de généreux soutiens étrangers pour maintenir son contrôle sur le territoire: Iran, Turquie, Égypte (sous le président Morsi), Qatar... Mais les robinets d'aide se sont progressivement taris au gré des soubresauts politiques du Moyen-Orient.

Une bande de Gaza dévastée

Trois guerres avec Israël ont dévasté des quartiers entiers de la bande de Gaza et leur reconstruction progresse trop lentement. Le territoire subit un blocus israélien et égyptien. Les matériaux n'entrent qu'au compte-goutte, comme nombre de marchandises. Surtout l'eau courante, lorsqu'elle coule, n'est souvent plus potable. Et l'électricité n'est distribuée que quelques heures par jour. L'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a cessé de payer les factures d'électricité et de carburant pour l'unique centrale du territoire.

L'isolement diplomatique, les difficultés financières, le risque d'explosion sociale, voilà quelques éléments qui ont poussé le Hamas à accepter ce qu'on appelle la réconciliation inter-palestinienne. Le Hamas a mis en veilleuse son gouvernement (appelé Commission administrative gouvernementale). L’Égypte a joué le rôle de médiateur entre les frères ennemis pour permettre l'arrivée du "gouvernement de consensus national". Cet exécutif est supposé faire collaborer des responsables des deux partis.

Une première étape

L'arrivée de Rami Hamdallah, le Premier ministre palestinien, à Gaza ce 2 octobre 2017 ne représente qu'une étape dans un processus semé d'embûches. Il était accompagné de plusieurs centaines de personnes, dont plusieurs ministres de son gouvernement. Ils doivent reprendre le contrôle de leurs ministères respectifs et tenir à Gaza un premier conseil des ministres dès ce mardi.

Ce gouvernement de consensus devra, entre autres régler trois questions complexes :

  • Les fonctionnaires. Depuis 2007, le Hamas a recruté 45 000 fonctionnaires. De son côté, l'Autorité palestinienne a continué à payer les salaires de ses propres employés à Gaza, même s'ils n'avaient plus de tâche effective à remplir. L'intégration des deux familles de fonctionnaires, aux allégeances contradictoires, constitue un énorme défi.
  • Les finances. Asphyxiée par le blocus, la bande de Gaza a désespérément besoin d'investissements. L'Autorité de Mahmoud Abbas détient la clé des bailleurs de fonds internationaux, au-delà de l'aide humanitaire qui n'a jamais cessé d'arriver.
  • La sécurité. C'est certainement la question la plus sensible. Le Hamas va-t-il accepter de céder le contrôle sécuritaire de la bande de gaza à son grand rival ? Il semble prêt à lui remettre les tâches de police interne et le contrôle des postes frontière, mais pas à démanteler sa branche armée, la brigade Ezzedine al-Qassam. Le Hamas considère que la brigade doit poursuivre sa lutte contre Israël. En Israël, on redoute que le Hamas ne suive le modèle du Hezbollah libanais: un mouvement armé qui noyaute l’État et maintient une organisation parallèle.

Pour les deux millions de Gazaouis, le plus important dans l'immédiat serait le retour de la distribution d'électricité sans coupure, une amélioration de l'eau de distribution et de la fourniture des marchandises. L'ouverture des points de passage, au nord vers Israël et au sud vers Gaza, représenterait un immense soulagement.

L'accord Fatah-Hamas prévoit à terme l'organisation d'élections parlementaires et présidentielle. Mais il faudra d'abord voir si le gouvernement qui a fait aujourd'hui son entrée symbolique dans Gaza pourra effectivement fonctionner.

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