L'automobile allemande négocie son virage électrique... une question de survie

Ce 1er juillet, l’Allemagne prend la présidence tournante de l’Union européenne pour un semestre. La priorité sera de relancer la machine économique européenne. Une relance qu’Angela Merkel veut écologique et en accord avec les défis climatiques... et elle compte bien donner l’exemple sur le plan intérieur. Début juin, la chancelière dévoilait un plan de 130 milliards d’euros pour soutenir l’économie allemande. Le secteur automobile en bénéficiera, mais il devra passer la vitesse supérieure vers la carburation propre.

Un nouveau modèle 100% électrique

Ce virage vert, Volkswagen l’a entamé il quelques mois déjà. L’usine de Zwickau, au Sud de la Saxe, est la seule à construire le dernier modèle : la Golf ID 3, un véhicule 100 % électrique fabriqué en série. Coût de l’investissement : 1,3 milliard d’euros.

Pour le premier constructeur mondial, frappé de plein fouet par la crise du diesel et la chute des ventes, l’enjeu est de taille. Les experts estiment d'ailleurs que l’avenir de l’entreprise se joue sur ce modèle. "C’est vrai car sans l’électromobilité, nous ne pourrons pas respecter la législation européenne et les objectifs climatiques", commente Reinhard de Vries, manager technique de Volkswagen Zwickau. "C’est le chemin que nous allons suivre avec ce modèle et les suivants."

Une véritable révolution industrielle pour cette usine qui, en deux ans, a basculé de la production diesel à l’électrique, sans licenciements annoncés pour les 8.000 employés. "Il y a quand même de l’appréhension", nuance Jens Rothe, représentant du personnel, "car nous sommes aussi dépendants des infrastructures, des stations de recharge etc. Sur ce point, on n’a pas le sentiment que les choses avancent aussi vite que le basculement de la production ici."

40.000 véhicules ont été précommandés en Europe. En Allemagne, ce nouveau modèle bénéficie pour son lancement d’un gros coup de pouce du gouvernement. La baisse de la TVA de 19% à 16% à partir du 1er juillet et les primes à l’achat (6.000 euros sur les modèles vendus à moins de 40.000 euros) vont réduire de 10.000 euros le prix de vente de la voiture électrique.

Une révolution industrielle qui ne se fait pas sans à-coups

A Zwickau, ville de 90.000 habitants, un emploi sur trois dépend du secteur automobile. Derrière les murs de la mairie, l’impact de la crise est le sujet de préoccupation n°1. Kathrin Köhler, échevine à la mairie de Zwickau : "Habituellement, nous avons, grâce à la taxe professionnelle, des rentrées fiscales de l'ordre de 45 millions d’euros. On prévoit d’en perdre plus de la moitié cette année."

"Les entreprises vivent encore sur leurs réserves mais arrivent au bout", confirme Michael Stopp, de la Chambre de commerce et d’industrie de Zwickau. "Il n’y a plus de nouveaux contrats. Un autre problème, ce sont les chaînes de livraison. Il y a toujours des difficultés d'approvisionnement avec la Chine et les autres pays."

Dans les petites et moyennes entreprises, la machine repart après une période de chômage partiel. L’inquiétude des professionnels de l’automobile est grande face aux bouleversements du secteur, et le passage vers l’électrique ne se fait pas sans à-coups. "On sait qu’on va perdre environ 5.000 emplois dans cette période de transformation", explique Dirk Vogel, représentant du Réseau des sous-traitants de l’automobile en Saxe. "A peu près 4.000 emplois vont être créés, mais plus dans l’électronique. Donc, le gros problème sera de traduire un emploi dans l’acier en un emploi dans l’électronique."

S’adapter ou mourir c’est l’alternative pour les industriels du secteur maintenus à flot par les milliards d’euros injectés dans l’économie.

Prendre le lead de l’hydrogène

Des éoliennes aux voitures, l’Allemagne veut profiter de cette crise pour prendre un nouveau virage écologique dans son plan de relance de l’économie. Un investissement de 9 milliards d’euros est également prévu pour financer l’hydrogène : une technologie du futur dont l’Allemagne et ses constructeurs comptent devenir les leaders mondiaux en une décennie. 

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