L’armée rwandaise mène des opérations illégales en République démocratique du Congo, selon des experts de l’ONU

L’armée rwandaise mène des opérations sur le territoire voisin de la République démocratique du Congo, en violation des mesures prises par le Conseil de sécurité des Nations unies. L’accusation n’est pas neuve, mais cette fois le constat est posé par le groupe d’experts des Nations Unies chargé de suivre le respect de l’embargo sur les armes en RDC. L’armée rwandaise est soupçonnée depuis longtemps de mener la chasse aux miliciens hutus sur le sol congolais. Ces opérations auraient repris il y a quelques mois, en accord avec Kinshasa.

Selon le rapport publié le 23 décembre, la présence de soldats rwandais a été constatée à plusieurs reprises : "De fin 2019 à début octobre 2020, des membres des Forces de défense rwandaises étaient présents dans le Nord-Kivu, où ils ont mené des opérations en violation du régime de sanctions", écrivent les experts. L’embargo sur les armes en RDC décidé par le Conseil de sécurité prévoit que tout soutien armé au pays doit être formellement notifié au Comité des sanctions, ce qui n'a pas été le cas.

Une photo compromettante

Le Groupe d’experts se base sur 20 sources différentes qui confirment cette activité rwandaise au Congo. Parmi les preuves consultées figure une photo de 13 soldats rwandais accompagnant un officier congolais identifié comme le colonel Claude Rusimbi. Les experts n’ont pas reçu d’explication de Kinshasa, mais un démenti catégorique de Kigali : "Le gouvernement rwandais a nié la présence de troupes rwandaises sur le territoire de la République démocratique du Congo et a réaffirmé que la FDR (l’armée rwandaise) n’avait mené aucune opération conjointe avec les FARDC (l’armée congolaise) et qu’elle n’avait fourni à ces dernières ou au NDC-R (une milice accusée de crimes de guerre) aucune autre forme de soutien."

Les incursions rwandaises se poursuivent pourtant jusqu’à récemment : "Le 2 octobre 2020, notamment, 60 membres de la FDR portant 18 mitrailleuses PKM et quatre lance-roquettes ont été observés sur le mont Rugomba, dans le territoire de Rutshuru. Les membres de la FDR sont entrés sur le territoire de la République démocratique du Congo autour de Kabara27."

Les experts soulignent que les incursions rwandaises sont illégales : "Le soutien offert par des membres de la FDR et la participation active de ceux-ci à des opérations militaires contre des groupes armés en République démocratique du Congo sans notification au Comité […] constituent une violation du régime de sanctions".

Traque aux rebelles hutus

Ce rapport vient confirmer des informations rapportées par des ONG et observateurs actifs de l’est de la RDC. La plateforme de surveillance Baromètre sécuritaire du Kivu notait en avril la présence de l’armée rwandaise dans le Rutshuru. Des soldats rwandais "ont participé à la traque des rebelles hutus rwandais du Front démocratique pour la libération du Rwanda (FDLR-Foca), conjointement avec l’armée congolaise et possiblement en se coordonnant avec le NDC-R". Le Baromètre, tout comme les experts de l’ONU, relève aussi une présence de soldats burundais qui mènent une traque aux rebelles de ce pays.

L’influence rwandaise sur la RDC est fréquemment dénoncée par des personnalités congolaises. En octobre, l’ancien candidat à la présidentielle Martin Fayulu avait lancé un appel pour "l’unité nationale et l’intégrité territoriale" du pays. "Si aujourd’hui nous baissons les bras, demain nous n’aurons plus de pays. Nous serions le premier peuple d’Afrique colonisé à être asservi, occupé et colonisé par un autre peuple d’Afrique", avait-il déclaré en visant le Rwanda de Paul Kagame.

Le désengagement progressif de la Monusco

La méfiance est ravivée par la recrudescence du conflit dans les Hauts Plateaux, qui aurait déplacé plus de 110.000 personnes. Le projet d’attribuer le statut de commune à une localité peuplée de congolais tutsis (les Banyamulenge) a suffi pour raviver de douloureux souvenirs de la deuxième guerre du Congo (entre 1998 et 2003), quand le Rwanda ou ses milices se battaient dans l’est du pays.

Le Conseil de sécurité des Nations unies vient de prolonger d’un an le mandat de la Monusco, les casques bleus chargés de maintenir la paix dans l’est du Congo. Dans sa résolution, le Conseil ne pointe pas explicitement la présence rwandaise, mais il relève que "la République démocratique du Congo reste en proie à des cycles récurrents et nouveaux de conflits et de violence persistante perpétrée par des groupes armés étrangers et nationaux, qui exacerbent une crise profondément préoccupante en matière de sécurité, de situation humanitaire et de droits de la personne, ainsi qu’à la violence intercommunautaire et à la violence des milices dans certaines régions du pays". La résolution amorce un désengagement prudent et progressif de la Monusco. Avec des effectifs de 16.300 militaires et policiers, elle reste l’un des principaux déploiements armés des Nations unies dans le monde.

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