L'arme nucléaire, "au centre des préoccupations internationales", selon Bruno Hellendorff

Il y a 73 ans, jour pour jour, les États-Unis lançaient une bombe atomique sur Hiroshima. Aujourd’hui, Donald Trump rétablit les sanctions contre l’Iran. L'occasion de refaire le point sur l’état du nucléaire dans le monde aujourd’hui avec Bruno Hellendorff, chercheur associé au Grip.

Selon lui, l’arme nucléaire, 73 ans après Hiroshima, est plus que jamais au centre des préoccupations internationales aujourd’hui, "alors qu’un grand nombre de pays ont signé le traité de non-prolifération nucléaire, alors qu’on a vu l’année passée un prix Nobel accordé à un groupe d’associations ayant plaidé pour un traité d’interdiction totale des armes nucléaires, traité qui d’ailleurs est entré en vigueur". 

On revient dans un cadre de guerre froide, sauf qu’avec beaucoup plus d’acteurs

Il ajoute que "dans le même temps, les États dotés de l’arme nucléaire font tout pour moderniser leurs arsenaux et pour développer cet arsenal. On voit aussi qu’au niveau international, les régulations sont un peu à la traîne. Il y a des avancées, mais il y a beaucoup de reculades, notamment au niveau des États-Unis, et on voit qu’il y a de nouveaux candidats à l’arme nucléaire, qui maintenant ne sont plus candidats — je parle de la Corée du Nord évidemment. Donc, effectivement, c’est plus que jamais une problématique. On revient dans un cadre de guerre froide, sauf qu’avec beaucoup plus d’acteurs et un cadre multilatéral qui souffre — il faut le dire — des confrontations de puissance."

Et justement, certains pays se montrent ouvertement nationalistes, modernisent leur arsenal nucléaire et ravivent des tensions alors qu’elles s’étaient apaisées avec la fin de la guerre froide au début des années 90. Ce qui est inquiétant selon le chercheur. 

"Il faut rappeler qu’il y a quand même 14 185 armes nucléaires dans le monde, et ce qui se passe aujourd’hui, c’est que ces arsenaux nucléaires sont investis politiquement et symboliquement d’une force qui semble de plus en plus importante. Donc, on n’est plus simplement dans une logique de statut et d’égalisation entre deux superpuissances, comme du temps de la guerre froide."

Il précise que "l'Europe pourrait devenir à terme — et là je ne parle pas du long terme, je parle de court à moyen terme — un nouveau théâtre de confrontation diplomatique autour du nucléaire."

L'arme nucléaire, un engin de dissuasion

L’arme nucléaire reste, comme pendant la guerre froide, un engin de dissuasion, puisqu’elle n’a fort heureusement plus été utilisée depuis 73 ans. "L’arme nucléaire continue de dissuader, c’est le principe de base et il ne faut pas le mettre de côté du tout. Cela dit, il y a toujours des dangers et les dangers avec l’arme nucléaire, c’est que si elle est utilisée, à bon au mauvais escient — vous me passerez l’expression — ça fait des dégâts tellement considérables qu’il n’y a pas de retour en arrière possible."

Il précise: "Il y a une certaine stabilisation, en tout cas c’est l’argument qui est avancé par les défenseurs de l’arme nucléaire, mais il y a également des risques dans les dynamiques qu’on observe aujourd’hui entre des pays comme la Russie et les États-Unis, qui entre eux ont du mal à négocier une extension de leur principal traité, New START, de 2010. Donc, rendez-vous compte : s’il n’y a pas de nouvel accord entre Moscou et Washington, leurs arsenaux nucléaires respectifs — on parle de plus de 6 000 ogives par grande puissance — n’auront plus aucune limite légale. C’est une première depuis 1972. Il faut donc bien se rendre compte que oui, il faut quand même essayer de réinvestir ce champ pour y mettre un peu de raison."

Incompréhension flagrante des enjeux de la non-prolifération

L'attitude américaine envers l'Iran démontre, selon lui, une incompréhension flagrante des enjeux de la non-prolifération au niveau international et au niveau multilatéral.

"Donc, si on se cantonne à l’aspect de politique étrangère américaine, on voit un dédain, un mépris profond pour le multilatéral et les cadres négociés. L’accord sur le nucléaire iranien était effectivement un accord qui marchait, selon toutes les mesures prises de manière indépendante, et reconnu comme tout à fait adéquat par l’Agence internationale sur l’énergie atomique. C’est donc un accord qui marchait bien, qui entérinait la possibilité qu’on pouvait négocier le nucléaire, et ça, c’est l’administration américaine qui porte sur ses épaules le lourd fardeau, la responsabilité de ce blocage."

"Maintenant, il appartient — ce sont les Iraniens qui le disent — à la Chine ou à l’Union européenne de maintenir cet accord en place, malgré les pressions de Washington. On verra si c’est possible, mais on peut effectivement parler d’une orientation tout à fait, si pas irresponsable, en tout cas illisible pour tous les partenaires internationaux des États-Unis."

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