L'aquaponie, "l'agriculture du futur", se diffuse lentement en Afrique

Justin Hesse dans sa ferme aquaponique près de Johannesburg.
Justin Hesse dans sa ferme aquaponique près de Johannesburg. - © Valérie HIRSCH

La plus ancienne ferme aquaponique d’Afrique se trouve à Johannesburg : cette technique, qui combine agriculture bio et pisciculture, offre une solution écologique pour les pays semi-arides confrontés au changement climatique.

Des truites frétillent à l’approche de Justin Hesse. C’est l’heure du repas. "Dans ce bac, il y a environ 1500 adolescantes. On ne leur donne que du bio. Ces poissons sont très sains à manger !"

Dans la ferme Ichthys ("poisson" en grec), au nord de Johannesburg, les 35 bacs à truites et tilapias, de 12.000 litres chacun, vivent en symbiose avec sept grands tunnels de culture, où poussent essentiellement de la ciboulette, des oignons de printemps et des salades, vendus en grandes surfaces. Les plantes sont cultivées à même l’eau ou sur des lits de pierres.

"L’aquaponie combine la pisciculture et l’agriculture hydroponique, où on fait pousser des plantes hors sol, explique Hesse, qui a abandonné son emploi dans une banque en 2014 pour devenir fermier. La pisciculture produit de l’eau, très riche en nutriments et nitrates, provenant des déjections des poissons. Cette eau nourrit nos plantes qui, en retour, purifient l’eau qui repart vers les bacs à poissons. On n’a donc pas besoin de renouveler l’eau, comme dans une pisciculture classique, pour éviter que les poissons ne succombent aux nitrates qu’ils génèrent. Nous économisons ainsi 95% d’eau grâce au recyclage. Nous récoltons 50.000 plantes par mois pour une consommation de seulement 300 m3. C’est très peu !"

"On peut être rentable avec un seul hectare"

Ichthys a été fondée en 2004, au tout début du développement de l’aquaponie. "J’ai racheté la ferme et je l’ai agrandie pour prouver qu’on pouvait être rentable avec un seul hectare, explique le jeune agriculteur. Je ne connais qu’une seule exploitation plus grande, aux Etats-Unis, de 4 hectares." La technique commence seulement à se diffuser en Afrique : Hesse fait lui-même des démonstrations dans toute l’Afrique australe, mais aussi au Rwanda et au Nigeria.

"Dans l’agriculture classique, il faut une bonne terre, des engrais et de bonnes conditions climatiques. Mais, dans nos serres, on peut obtenir des conditions optimales, sans avoir besoin de faire de rotation des cultures. Il y a aussi moins de maladies", explique, Samgaliso Mamba, un jeune agronome du Swaziland.

Le plus difficile a été de trouver du financement et d’élaborer un bon écosystème. "Il faut compter un investissement au départ de 100 dollars par mètre carré, qui peut rapporter environ 10 dollars par an, précise Hesse. Nous commencerons à être rentables dans six mois, avec un chiffre d’affaires de plus de 150.000 dollars pour des frais opérationnels de 90.000 dollars." Hesse a réussi son pari : "On peut être aussi compétitif qu’une ferme commerciale pour certains produits".

"L’agriculture du futur"

"Chaque vendredi, nous accueillons des gens pour leur montrer l’agriculture du futur, comme on l’appelle ici, raconte Prisca Sixthole est l’une des 9 employés permanents. Il y a un énorme intérêt de gens de tous âges, de toutes couleurs." Des formations sont organisées, notamment pour des jeunes agriculteurs noirs, grâce à un financement du gouvernement.

L’Afrique du Sud ne compte que 10 "fermes" agroponiques, souvent en milieu urbain, à très petite échelle. Mais des projets plus importants sont en cours de développement. Un centre commercial de Johannesburg va ainsi prochainement ouvrir une exploitation aquaponique sur un ancien parking.

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