L'ancien maire de Téhéran tue sa femme, se rend… et donne une interview

L’affaire secoue l’Iran depuis une semaine. La scène a de quoi surprendre : la télévision nationale a filmé les confessions de Mohammad-Ali Najafi depuis un commissariat de police. Face à la caméra, l’ancien maire de Téhéran explique calmement qu’il vient de tuer sa femme. "Une erreur", confesse-t-il, avant de prendre le thé avec les policiers.

Ces images ont choqué les internautes iraniens, qui se cachent généralement sous des pseudonymes ou s’expriment depuis l’étranger. "Abject", "Scandaleux", "On dirait un acteur qui cause des scènes de son film avec un journaliste." "Exemple de l’hypocrisie qui alimente les soulèvements populaires contre les régimes autoritaires."

Je voulais juste lui faire peur

Cela s’est passé le 28 mai. Mohammad-Ali Najafi se rend de lui-même à la police après avoir tué sa femme. Ce politicien réformateur de 67 ans a occupé de nombreux postes à responsabilités, ministre, vice-président, maire de Téhéran et actuellement conseiller économique du président Rohani.

L’affaire est embarrassante. Pourtant, la télévision officielle est présente au commissariat pour rencontrer le meurtrier en aveu. Mohammad-Ali Najafi explique froidement au reporter comment il a tué la seconde de ses deux épouses, Mitra Ostad : "Les disputes que nous avions ces derniers jours ont atteint leur sommet aujourd’hui. J’ai perdu mon calme et j’ai pris le revolver. Elle est allée dans la salle de bain et je l’ai suivie. Je voulais juste lui faire peur. En voyant l’arme, elle a paniqué et s’est jetée sur moi. C’est ainsi que le premier tir est parti".

Le journaliste demande pourquoi il ne s’est pas tourné vers la justice pour résoudre leur différend. "Ça aurait été effectivement mieux, reconnaît-il. Mais la vérité c’est que, tout au long de l’année, j’ai essayé différentes solutions, je lui ai proposé plusieurs fois le divorce, elle refusait à chaque fois pour des raisons qui lui sont propres. Elle avait un caractère particulier et cela m’a amené malheureusement à faire cette erreur et elle a perdu la vie."

La police présente ses excuses

La scène qui suit n’est pas moins surprenante. On voit le reporter manipuler l’arme du crime et extraire une à une les munitions du chargeur, en expliquant qu’il y reste 8 balles sur 13 et que le mari a donc tiré cinq fois, touchant son épouse à deux reprises. Sur d’autres images, on voit l’ancien maire prendre le thé avec des policiers. De quoi pousser les internautes à se demander si tous les prévenus sont reçus avec autant d’égards.

Face à la polémique grandissante, la police a présenté des excuses. Elle explique que la boisson a été servie "par humanité" au moment de l’iftar, la rupture du jeûne du ramadan. Le parquet de Téhéran annonce de son côté l‘ouverture d’une enquête sur les infractions commises par la télévision d’Etat : la diffusion de l’image d’un suspect et la manipulation d’une pièce à conviction.

Des citoyens iraniens continuent néanmoins à se poser des questions sur cet épisode surréaliste. Certains évoquent une diversion, pour écarter l’attention de la population des vrais problèmes. D’autres évoquent une nouvelle attaque des conservateurs contre les réformateurs, en lutte perpétuelle au sein des sphères dirigeantes iraniennes.

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