L'ancien garde du corps de Mandela: "Avant sa présidence, je le prenais pour un terroriste"

Rory Steyn partage aujourd’hui son temps entre ses trois enfants et sa société de protection privée. La sécurité rapprochée, c’est toute sa vie. Difficile de s’imaginer une autre carrière quand le destin vous met sur la route du père fondateur de la « nation arc-en-ciel ». Rencontre avec Rory Steyn, le garde du corps du président Mandela.

Très vite, ce que l’on remarque chez Rory Steyn, ce sont ces mains. Immenses. « C’est pratique pour le rugby, mon sport préféré, et pour écarter les gens qui s’approchent trop près des personnalités que je dois protéger. »

On imagine très bien la scène lorsque l’on est en face de ce gaillard de 2 mètres. La cinquantaine bien entamée, Rory a gardé le même physique d’athlète que lorsqu’il assurait la sécurité du président sud-africain Nelson Mandela. « Il aimait nous répéter que l’on devait garder le sourire lorsque, dans une foule, nous devions repousser les gens qui s’approchaient trop près de lui. Il nous disait, je sais que vous devez faire ce travail, mais, s’il vous plaît, regardez-les et souriez quand vous le faites. »

De 1994 à 1999, Rory Steyn a été le chef de la sécurité du premier président démocratiquement élu d’Afrique du sud. L’ange gardien d’un homme devenu une icône planétaire.

Un raciste blanc au service d’un président noir

À sa prise de fonction, Rory a 31 ans. Après trois décennies à forger ses convictions d’homme blanc sous le régime raciste de l’apartheid. Du jour au lendemain, on lui demande de quitter son unité de police et d’être prêt à sacrifier sa vie pour celle d’un homme noir.

Et aujourd’hui, il n’a rien oublié. En sortant de son bureau, il s’arrête devant une photo accrochée au mur et dit : « Avant qu’il ne devienne président, je ne croyais pas du tout à son discours. Il disait que l’Afrique du Sud était pour tous les citoyens qu’ils soient noirs ou blancs. Moi, je le prenais pour un terroriste qui allait conduire le pays vers la guerre civile ».

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Rory l’avoue sans gêne. Il était raciste. Pour lui, la ségrégation était quelque chose de normal. Jamais il n’avait pensé remettre en question les privations et humiliations permanentes que subissaient les Noirs. Jamais, jusqu’au jour de sa rencontre avec Nelson Mandela.

« C’était à Johannesburg, au premier jour de sa présidence. Il était en voiture, sur le point de rentrer à Pretoria. Je l’ai vu sortir de son véhicule et se diriger tout droit vers un colonel de police blanc et lui dire : 'Je suis maintenant le président de ce pays et à partir d’aujourd’hui il n’y a plus de vous et nous. Vous êtes notre police'. C’était ni plus ni moins un ancien prisonnier politique qui disait à ses gardiens de prison qui l’ont persécuté pendant des années : nous sommes maintenant amis. Devant cette scène, je me suis aussitôt demandé si je n’avais pas eu tout faux pendant toutes ces années. »

Sa mission de protéger le président sud-africain a permis à Rory de faire le tour du monde en quelques années. De Naomi Campbell à Bill Clinton en passant par le controversé colonel Kadhafi proche partenaire de Mandela, l’agent Steyn a rencontré les plus grands de ce monde.

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Rory l’avoue sans gêne. Il était raciste. Pour lui, la ségrégation était quelque chose de normal. © Pierre MOREL

Régulièrement, il se rend à la Fondation Nelson Mandela dans la banlieue nord de Johannesburg. Rory aime se perdre dans ce dédale de couloirs où chaque mur arbore des photos célébrant la mémoire du père de la nation sud-africaine. Gêné d’être ému, Rory marque un temps d’arrêt devant une petite valise noire protégée sous un cube de verre. « Je reconnais cette mallette. Nous devions en permanence savoir où était cette valise. C’était celle qu’il utilisait lorsqu’il était président. »

Des mots « immortels »

Plus loin, il s’arrête longuement devant une photo du prisonnier Mandela. Incarcéré à la prison de Robben Island sous le matricule 46664, il passait toutes ses journées à casser des cailloux en plein soleil. « La lumière du soleil a affecté les yeux du président. Lorsque je travaillais avec lui, il devait continuellement porter des lunettes spéciales. Et je devais interdire aux gens de prendre des photos avec des flashs. Ça lui faisait très mal aux yeux. »

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Avant de nous quitter, Rory Steyn, tient à nous lire quelques mots. L’extrait d’un discours prononcé par Nelson Madela lors de son procès en 1964. C’était quelques semaines seulement avant qu’il ne soit arrêté et emprisonné.

« Je rêve d’un idéal pour mon pays et, si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » En lisant Rory est, l’espace d’un instant, comme habité par la présence de son idole : « C’est vraiment puissant. Ces mots sont immortels ».

Des secrets et anecdotes, Rory Steyn n’en manque pas. Il a passé cinq ans de sa vie, un pas seulement derrière l’idole Mandela. Comme un goût d’éternité.

Archives: Journal télévisé 06/12/2013

Rappel de la vie Nelson Mandela, héros de la lutte contre le régime raciste d'apartheid et premier président noir de l'Afrique du Sud démocratique  

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