L'ancien chancelier allemand Helmut Kohl est mort

L'ancien chancelier Helmut Kohl, mort vendredi à 87 ans, restera dans l'histoire mondiale comme le père de l'Allemagne réunifiée, l'imposant en quelques mois aux grandes puissances et la plaçant au coeur du projet européen. "Un Européen véritable nous quitte aujourd'hui. Helmut Kohl nous manquera beaucoup", a tweeté le Premier ministre belge Charles Michel à l'annonce du décès.

Malade et affaibli depuis plusieurs années, il s'est éteint dans sa maison de Ludwigshafen (sud-ouest), écrit le journal Bild, très proche de celui qui détient le record de longévité à la chancellerie allemande (1982-1998) depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Quand à 52 ans il prend la tête, en 1982, du gouvernement de l'Allemagne de l'Ouest à la faveur d'un changement d'alliance au Parlement, il est encore l'objet de railleries pour son côté rustique et provincial et personne n'aurait parié que ce fils d'un fonctionnaire du fisc issu d'une famille de la petite bourgeoisie de Ludwigshafen entre dans la mémoire collective européenne.

Artisan de l'après chute du mur

Mais le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s'effondre subitement et le chancelier conservateur, alors contesté dans son propre parti (CDU), endosse, pour reprendre ses propres termes, "le manteau de l'Histoire". Et il va vite. Ce catholique pratiquant surprend en proposant dès le 28 novembre un plan en dix points devant conduire à l'unification allemande.

Dans les mois qui suivent l'automne 1989 et la chute des régimes communistes européens, il parvient en usant à la fois de sa bonhomie et de fermeté à obtenir du dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev qu'il retire d'Allemagne l'Armée soviétique.

Il convainc aussi ses alliés américain, français et britannique inquiets à la perspective d'avoir de nouveau une grande Allemagne au coeur du continent.

Dans ses mémoires, il écrira s'être forgé sa conviction lorsque dans les rues d'Allemagne de l'Est le slogan des protestataires "Nous sommes le peuple" s'est mué en "Nous sommes un peuple". Cette ambition se réalise le 3 octobre 1990: l'Allemagne est de nouveau une.

"Leader", "ami de la liberté" et "roc"

"Helmut la poire", son surnom moqueur tiré de sa silhouette, s'impose alors comme "l'un des plus grands leaders de l'Europe d'après-guerre", résume George Bush père, saluant "un vrai ami de la liberté" et "l'un des plus grands leaders de l'Europe d'après-guerre. Helmut était un roc, à la fois stable et fort", a souligné dans un communiqué le 41e président des Etats-Unis, qui était au pouvoir (1989-1993) au moment de la réunification allemande.

Passée l'euphorie, Helmut Kohl doit faire face au défi d'intégrer une ex-RDA à l'économie ruinée et sans expérience de la démocratie. La facture de la réunification prend des proportions énormes, 100 milliards d'euros au total, selon une étude de l'université libre de Berlin de 2009.

Les difficultés économiques joueront un rôle non négligeable dans sa défaite électorale en 1998 face au social-démocrate Gerhard Schröder.

"Retarder l'unification aurait eu un coût politique et économique beaucoup plus lourd que le fardeau financier que nous avons accepté de porter avec la réunification accélérée", martelait-il néanmoins en 1996.

A la suite de l'unification allemande, ce géant de 1m93 et au poids classé "secret d'Etat", qui raffolait de la panse d'estomac de porc farcie de son Palatinat natal, s'est aussi assuré une place de choix parmi les symboles de l'intégration européenne. "L'unité de l'Allemagne et celle de l'Europe ne sont que les deux faces d'une (même) médaille", plaidait-il.

Architecte de l'UE

Fervent partisan de l'extension à l'est du projet européen, il est aussi avec son ami le président français François Mitterrand l'architecte du nouveau visage de l'Union européenne avec le Traité de Maastricht (1992) et l'introduction de l'euro, actée en 1999. En 1984, l'image des deux hommes se tenant par la main sur l'ancien champ de bataille de Verdun pour le 70e anniversaire du déclenchement de la Première guerre mondiale était devenue un symbole d'une Europe pacifiée. La construction européenne et le moteur franco-allemand comptaient d'autant plus pour Helmut Kohl qu'il était né dans une Rhénanie meurtrie par les combats entre les deux pays.

La fin de sa carrière a cependant été ternie par le scandale des caisses noires de son parti. Il finira par reconnaîtra avoir recueilli pour la CDU des dons occultes. Angela Merkel, qui avait appris la politique dans son ombre, profita de l'épisode pour l'évincer.

Retiré de la vie publique depuis 2002, l'ancien chancelier est néanmoins resté assez discret notamment en raison de lourds problèmes de santé: en 2009, alors qu'il était déjà cloué dans un fauteuil roulant depuis une fracture de la hanche, un accident vasculaire cérébral lui avait paralysé le bas du visage et rendu l'élocution difficile.

Le chancelier allemand Helmut Kohl était l'"essence même de l'Europe", a déclaré vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en réaction à l'annonce de son décès. "La mort d'Helmut me peine profondément. Mon mentor, mon ami, l'essence même de l'Europe. Il va grandement, grandement nous manquer", a écrit le Luxembourgeois sur le réseau social Twitter.

 

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