L'ambre de Kaliningrad: "L'or de la Baltique"

Iantarnyi est une petite ville de 5000 habitants, à 40 kilomètres au nord-ouest de l'enclave russe de Kaliningrad. Hormis la côte sur la Baltique, quelques plages et un monument Mémorial aux déportés juifs sortis des camps et finalement exécutés ici par les SS face à l'avancée de l'Armée rouge en janvier 1945, il y a peu de choses à voir ici. À l'exception des installations rutilantes du Kombinat, l'entreprise de la région.

Entreprise d'État à l'origine, fondée en 1947, entreprise privée aujourd'hui, centrée sur l'ambre. Ici on extrait, on exploite, on transforme. Le Kombinat avec son musée qui accueille 25.000 touristes chaque année, mais aussi son usine, ses ateliers, ses carrières à ciel ouvert.

Les richesses d'une résine

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Mikhail Zatsérine CEO du Kombinat © RTBF
"En Russie, une boule de 13mm coûte entre 22 et 25.000 roubles, vous pouvez imaginer le prix d'un collier". Soit entre 300 et 350 euros." © RTBF
"L'ambre est la création la plus étonnante de la planète. Il remonte à 50-60 millions d'années et s'est formé en abondance ici notamment dans la région de Kaliningrad où nous l'extrayons" © RTBF

L'ambre, ultime richesse de la région de Kaliningrad exploitée depuis plus de 1000 ans et baptisée aussi "l'or de la Baltique", "les larmes de la mer", "le don du soleil". Il faut dire que 90% des réserves mondiales d'ambre se trouveraient à Kaliningrad.

Depuis la nuit des temps, comme l'explique Mikhail Zatsérine, CEO du Kombinat : "L'ambre est la création la plus étonnante de la planète. Il remonte à 50-60 millions d'années et s'est formé en abondance ici notamment dans la région de Kaliningrad où nous l'extrayons et vous l'offrons. C'est une résine issu des pins de la région situées le long de la mer. À cause d'une sorte de microclimat favorable, à cause du vent fort dans la régions et des températures élevées alors, ces pins produisaient beaucoup de cette résine pour se soigner et se protéger du climat. De l'ambre ensuite déposé dans le sol et que nous retrouvons progressivement."

L'ambre est forcément rare et cher. "En Russie, une boule de 13 millimètres coûte entre 22 et 25.000 roubles (soit entre 300 et 350 euros, ndlr), vous pouvez imaginer le prix d'un collier". Mikhail Zatserine nous dit cela au milieu de son musée, dont les vitrines débordent de pépites, de colliers, de bracelets et autres bagues, des sculptures, des statuettes; partout de l'ambre jaune, brun, voire blanc – le plus cher.

En impôts l'année dernière, le Kombinat a rapporté 900 millions de roubles (12 millions d'euros) à la région de Kaliningrad. Il emploie 850 personnes pour produire des bijoux mais aussi des produits cosmétiques et médicaux. Parmi eux, des ouvriers employés dans les carrières mais aussi des travailleuses en bijouterie. Dans l'usine et les ateliers du Kombinat, des femmes, rien que des femmes, de tous âges.

"Les femmes sentent mieux l'ambre"

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8 heures par jour, dans un bruit assourdissant, mains nues, sans réelle protection, les employées tranchent les "pierres", les arrondissent, les calibrent, les forent. © RTBF
Dans chaque pièce, une trentaine de femmes en tabliers clairs, voûtées et penchées sur leur lot d'ambre. © RTBF
" Ici on crée des billes calibrées pour faire des colliers, comme on dit des colliers de grand-mère, mais nous créons des bijoux plus modernes très demandés." © RTBF

Derrière le musée, les vastes entrepôts que l'on imagine pleins à craquer de la précieuse résine. Et après passage par un poste de contrôle – même la presse est priée de passer au vestiaire et de laisser sacs et vestes, on entre dans la partie "usine". Plusieurs étages de "bureaux" et d'"ateliers", des postes de travail, tables et chaises et des disqueuses.

Dans chaque pièce, une trentaine de femmes en tabliers clairs, voûtées et penchées sur leur lot d'ambre. Huit heures par jour, dans un bruit assourdissant, mains nues, sans réelle protection, elles tranchent les "pierres", les arrondissent, les calibrent, les forent.

"Ici, on crée des billes calibrées pour faire des colliers, comme on dit des colliers de grand-mère, mais nous créons des bijoux plus modernes très demandés, explique Maria, contremaître. Ici, il y a trois opérations. La première : l’ambre naturel est scié en petits carrés de dimensions différentes, et puis la deuxième, on arrondit les angles et puis les billes sont polies et calibrées. Après, on fore des trous et on assemble."

"C'est un travail très fin, plus adapté aux femmes qui sentent mieux l'ambre, les mains sensibles des femmes travaillent mieux l’ambre, quand une femme scie l’ambre, elle voit mieux la couleur, sait quelle ligne il faut suivre, quelle image laisser dans la pierre."

Les "pierres" arrivent "brutes" en sac et repartent dans des boîtes en plastic triées par taille. La matière première doit être manipulée plusieurs fois avant de révéler sa beauté.

Dans d'autres ateliers, par les portes vitrées, on aperçoit d'autres femmes passant les pierres taillées dans des tamis, des "lessiveuses" en bois, utilisées pour opérer d'autres tris, par calibre, par couleur. Enfin, il y a la partie "assemblage" et fabrication des œuvres qui finiront ensuite dans les boutiques du site ou de la ville, et jusqu'à Kaliningrad et dans le monde... 

Mais un ultime conseil : mieux vaut acheter dans des boutiques réellement certifiées, car, en matière d'ambre, les faux existent aussi.

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