L'altitude de l'Everest pourrait être revue à la baisse: et le signal de Botrange?

Le mont Everest culminerait à 8848 mètres, ce n'est visiblement plus si sûr
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Le mont Everest culminerait à 8848 mètres, ce n'est visiblement plus si sûr - © Photo by Rohit Tandon on Unsplash

8848 mètres, quatre mètres de moins, un mètre de plus ? Nous devrions bientôt savoir la hauteur actuelle de l'Everest. Rien n'est moins sûr puisque le "toit du monde" fait l'objet, depuis plusieurs années, de controverses.

Le Népal a finalement décidé, après plusieurs années de préparation, d'envoyer une équipe de géographes afin d'effacer le point d'interrogation qui subsiste au dessus de cette montagne située entre le Népal et la Chine. Alors, quelle taille fait aujourd'hui ce mastodonte ? Réponse fin 2019.

Des décennies de doutes

Si vous cherchez sur un moteur de recherche ou dans un manuel géographique, vous apprendrez sans doute que l'Everest, du haut de ses 8848 mètres est le point le plus haut jamais enregistré sur terre. Pourtant, la première mesure jamais enregistrée de ce sommet l'établissait à 8778 mètres d'altitude en 1849.

Cette mesure sera actualisée à 8848 mètres en 1954 par les autorités népalaises. Cette seconde altitude sera confirmée par la Chine, qui abrite aussi dans ses frontières une partie de l'Himalaya, la chaîne de montagne où est situé l'Everest. Cette dernière mesure enregistrée il y a 64 ans a été faite par des géomètres indiens qui n'avaient même pas atteint le sommet de la montagne.


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Pourtant, en 2005, la Chine estime qu'il faut mettre à jour la hauteur de l'Everest qui ferait quatre mètres de moins qu'annoncé, soit 8844 mètres. Une nouvelle estimation que le Népal réfute, sans jamais reconnaître les recommandation de son voisin chinois.

Enfin, dernier gravât sur cette montagne d'incertitude, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 sur l'échelle de Richter a secoué la région. Certains analystes affirment alors qu'un affaissement pourrait avoir réduit la taille du géant de roche jusqu'à 10 mètres. Les années passant ont posé leur nuage de doutes sur la hauteur réel du plus haut point terrestre.

L'Everest: un enjeu lucratif pour les népalais

Si l'idée de mettre à jour l'altitude de l'Everest refroidit les autorités népalaises, c'est sans doute car ce petit pays asiatique a fait du toit du monde, situé dans ses frontières, une véritable mine d'or.

Pour s'en rendre compte, il suffit de constater que son ascension coûte 60.000 euros par personne. En 2017, 560 courageux l'ont gravit durant l'été 2018, ce qui représente déjà 33.600.000 euros. Cette somme n'inclut même pas les personnes ayant tenté en vain l’ascension ou ceux qui s'y rendent simplement pour faire de la randonnée sans viser le sommet puisque pour un simple accès à cette montagne emblématique, il faut débourser 9000 euros.


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On peut donc comprendre pourquoi les gestionnaires du site craignent que quelques mètres de moins puissent faire perdre à ce lieu son attrait touristique et sportif. Il n'empêche qu'en 2017, le Népal décide que ce doute doit être levé et envisage d'envoyer une équipe au sommet de l'Everest. Une opération qui coûtera au total 9000 euros à ce petit état mais qui permettra de mettre un terme à une incertitude latente. D'autant que ce sont des méthodes plus modernes qu'à l'époque qui seront mobilisées lors de ce périple qui devrait tirer ses conclusions fin 2019.

Le signal de Botrange peut-il changer d'altitude?

Moins lucratif et moins impressionnant aussi, notre signal de Botrange, avec ses 694 mètres, est bien loin de la hauteur de l'Everest. Il s'agit pourtant du point culminant de Belgique depuis 1919 et la récupération de quelques parcelles territoriales dans nos frontières. Il est même le plus haut point recensé à travers tout le Benelux et aura droit à son ravalement de façade à l'horizon 2020. "La première fois qu'on a mesuré l'altitude du signal de Botrange, cela doit dater environ des années 1800", estime Pierre Voet, géographe à l'Institut Géographique National (IGN).

Mais alors, si des experts se rendent pour l'Everest pour vérifier son altitude, devons nous également nous demander si la hauteur du signal de Botrange est encore d'actualité. Non, selon le géographe. Il explique que, contrairement à l'Himalaya, la Belgique et une grande partie de l'Europe n'est pas soumise aux "mouvements de continents". En bref, il s'agit des déplacement des plaques tectoniques, qui causent très souvent des séismes dans certaines parties du globe. "En Belgique, les mesures précises sont recensées depuis de nombreuses années et ne sont pas fréquemment vérifiées", ajoute-t-il.

Ce constat, lui et ses collègues l'ont fait lors des dernières vérifications de l'IGN : "La dernière fois que l'altitude des repères de tout le pays on été vérifiés se situe entre 1980 et 2000. Il s'agit d'une opération fastidieuse, à l'époque ce sont 20 géographes qui ont sillonné la Belgique pour faire ces observations", se souvient le géographe. Si la manœuvre prend du temps, elle n'est techniquement pas difficile puisque les géographes ne doivent pas gravir de hauts sommets pour faire leur recensement.

Certaines régions belges gagnent en altitude

Si le signal de Botrange est épargné, certaines zones de Belgique sont quand même soumises à des modifications d'altitude fréquent. Mais dans ce cas, cela n'a rien à voir avec le mouvement des plaques terrestres. La raison réside dans le passé industriel de notre pays. "Les seules régions où l'altitude change un peu en Belgique sont situées à proximité d'anciennes mines", explique Pierre Voet.

Mais alors pourquoi ces endroits particuliers sont-ils soumis à des modification d'altitude. "Pendant l'activité minière, on a extrait beaucoup d'eau du sol. Lors de l'arrêt de l'activité des mines, on a stoppé les pompes destinées à tirer l'eau du sol", répond le spécialiste. Cet arrêt permet à l'eau de revenir petit à petit dans le sol qui l'absorbe "comme une éponge", ajoute-t-il. "Ce phénomène a lieu principalement en province du Limbourg. Cela correspond à plusieurs millimètres par an qui feront des centimètres à la longue", se réjouit-il enfin.

Alors pour faire des vérifications plus régulières, comme les népalais qui vont gravir l'Everest, l'IGN utilise les données GPS, "moins précises mais plus rapides et plus facile à mobiliser".

Alors doit-on pâlir de ne pouvoir se vanter que d'une altitude maximale de plus de 100 fois moins haute que le plus haut sommet mondial ? Pas forcément, car chez nous aussi, ça bouge.

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