L'Allemagne fait enfin face à la question du retour des oeuvres d'art venant des pays colonisés

A Stuttgart, le musée Linden implique dans ses recherches des représentants des diasporas africaines.
A Stuttgart, le musée Linden implique dans ses recherches des représentants des diasporas africaines. - © Julian Herzog

"La période coloniale est restée trop absente dans notre travail de mémoire. Corriger cet état de fait relève de notre responsabilité historique à l’égard à l’égard des anciennes colonies et doit être la condition d’une réconciliation avec ces pays".

Mai 2018 : la ministre de la Culture allemande, Monika Grütters, présente un guide de 136 pages destiné aux musées et aux conservateurs allemands. Ces lignes directrices doivent les aider à gérer la difficile question des œuvres d’art mal acquises provenant de pays autrefois colonisés, en Afrique, en Océanie ou ailleurs.

Le passé colonial et a fortiori les œuvres d’art provenant des régions concernées, a longtemps été oublié en Allemagne où le travail de mémoire s’est concentré sur le IIIème Reich. La première grande exposition d’envergure sur ce passé s’est ouverte il y a deux ans au musée d’histoire allemande de Berlin. Il est vrai aussi que la période coloniale allemande s’est achevée plus tôt que dans d’autres pays comme la France et la Grande-Bretagne à savoir avec la fin de la première guerre mondiale il y a un siècle, et le traité de Versailles quelques mois plus tard.

Débat sur la présentation des collections

On a beaucoup parlé d’art spolié en Allemagne ces dernières années. Mais il s’agissait avant tout d’œuvres ayant appartenu à des propriétaires juifs dépossédés de leurs biens sous le IIIème Reich. On se rappelle notamment l’affaire la plus spectaculaire, celle de la collection Gurlitt, près de 1500 œuvres, acquises par le collectionneur du même nom et retrouvées sur le tard.

Le passé colonial et les conditions dans lesquelles des œuvres d’art sont parvenues en Allemagne et dans les collections de ses musées n’ont en revanche longtemps pas figuré au premier plan. Les choses ont changé avec le projet de création à Berlin du forum Humboldt qui doit s’ouvrir l’année prochaine au cœur de la capitale allemande dans un nouveau bâtiment dont les façades sont la réplique de l’ancien château impérial des Hohenzollern, la dynastie au pouvoir lorsque les ambitions coloniales allemandes voient le jour dans les années 1880.

Les collections ethnologiques berlinoises aujourd’hui dans des musées un peu poussiéreux dans un quartier périphérique de la ville doivent prendre place dans ce nouveau lieu des plus symboliques. Ce transfert et la façon dont les collections doivent à l’avenir être présentées ont donné lieu à un débat sur leurs origines et le bien-fondé de leur présence sur le sol allemand.

Par ailleurs, les activités menées par quelques organisations voulant lutter contre l’amnésie allemande en matière de passé colonial ont aussi conduit à une prise de conscience et à des débats touchant un plus grand public. Un exemple en a été le combat laborieux mais à l’arrivée couronné de succès mené à Berlin pour débaptiser des rues portant les noms de colonisateurs allemands auteurs de crimes en Afrique.

La présentation en mai par la ministre de la Culture d’un guide fournissant des recommandations pour traiter les collections issues de contextes coloniaux montre que l’Allemagne veut confier la gestion de ces questions aux musées qui devront décider de la marche à suivre au cas par cas. L’Allemagne choisit donc une voix différente de la France où le président Macron a pris une décision politique et s’est engagé à des restitutions massives d’œuvres d’art aux pays concernés.

Prise de conscience

Cette prise de conscience a aussi trouvé sa traduction dans le contrat de coalition conclu au printemps entre les conservateurs et les sociaux-démocrates avant la formation du nouveau gouvernement Merkel.

Cette évolution récente a conduit à une prise de conscience des musées allemands. Certes, un effort considérable reste à faire pour recenser de façon exhaustive les œuvres concernées et retracer leur parcours. Mais différentes institutions thématisent d’ores et déjà ce questionnement à travers des expositions.

C’est le cas par exemple du musée Grassi d’ethnologie de Leipzig qui depuis juillet dernier aborde la face sombre de ses collections. A Stuttgart, le musée Linden implique dans ses recherches des représentants des diasporas africaines. Le musée d’outre-mer de Brême a confié à un jeune chercheur camerounais l’inventaire de ses collections coloniales et précoloniales.

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