"L'Algérie: un Etat policier qui n'a pas retenu la leçon tunisienne"

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Trois témoignages, ce mardi, dans Matin Première. Ceux de trois journalistes pour commenter l'onde de choc de la révolution tunisienne et une question: y aura-t-il un effet miroir pour les pays proche de la Tunisie comme l'Algérie, l'Egypte et le Maroc ?

"L'Algérie est un État policier qui n'a pas retenu la leçon tunisienne", lance Fayçal Métaoui, un journaliste algérien qui travaille au quotidien El Watan. Dans ce pays, sept jeunes ont tenté jusqu'ici de mettre fin à leurs jours en s'immolant par le feu comme l'a fait le jeune Tunisien, Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, déclenchant le mouvement de la contestation.

Comme en Tunisie, les autorités réagissent en augmentant les dispositifs de sécurité et en tentant de contrôler l'internet (notamment Facebook et Youtube), nous apprend Fayçal Métaoui.

"Les autorités sont aux abois et elles ont peur que les jeunes ressortent dans la rue comme ils l'ont fait au début du mois de janvier". 2000 jeunes ont été arrêtés à ce moment là, selon notre invité. Au lieu de les rassurer, Abdelaziz Bouteflika, le président algérien, augmente la répression, dit-il : "Il y a des cas de maltraitance dans les commissariats, (...), il est interdit de manifester dans la rue, l'opposition n'a pas le droit de parler à la télévision et à la radio, on ne peut pas créer de nouveaux partis".

Pourtant, contrairement à la Tunisie, l'Algérie est "beaucoup plus riche", selon ce journaliste. Il y a beaucoup de ressources grâce au pétrole mais une "très mauvaise répartition des richesses" et "pas de contrôle de l'argent public", sans oublier "une corruption généralisée".

A côté de cela, il y a une certaine instabilité en interne, dit-il. Des tensions existent entre Abdelaziz Bouteflika et l'armée. Selon Fayçal Métaoui, c'est surtout cette dernière qui contrôle le pays et plus précisément les services de renseignements de l'armée.

"Bouteflika n'a pas réussi à mettre à l'écart les généraux qui décident de tout", dit-il. "On dit qu'il y a des différents avec lui actuellement parce qu'il (Abdelaziz Bouteflika, ndlr) est malade et voudrait mettre son frère à sa place après 2014". "Une crise à l'intérieur du système qui pourrait aboutir à des contestations de rue".

En Egypte, la révolution n'est "pas pour tout de suite"

Dans ce pays, un cas d'immolation par le feu a été recensé pour l'instant. Mais si les Egyptiens, comme les Tunisiens, souffrent "d'une pauvreté écrasante et d'un régime dictatorial", la révolution "ce ne sera pas pour tout de suite", "pas dans le court terme", affirme Harmed Assan, journaliste à la MENA, l'agence de presse égyptienne.

La population est encore traumatisée par l'époque de Nasser, dit-il. Dès qu'ils tentaient de s'exprimer, les gens étaient arrêtés et placés dans des camps.

D'un autre côté, explique-t-il, "le gouvernement a pris ses précautions. Il a affirmé qu'il n'y aurait pas de hausse d'impôt" et il y a, à présent, un certain "contrôle de la hausse des prix de consommation, pour droguer le peuple avant les prochaines élections présidentielles en septembre prochain" où Hosni Moubarak devrait être candidat.

Par ailleurs, il n'y a pas vraiment de "leader qui peut diriger les opposants vers cette révolte". Il y a un taux élevé d'analphabètes dans le pays et ceux-ci sont trop "occupés par rechercher à manger dans leur vie quotidienne".

Une situation "particulière" au Maroc

Au Maroc, personne ne s'est encore immolé par le feu. Selon Omar Brouksy, correspondant à Rabat de l'Agence France Presse (AFP), c'est parce que la situation y est "particulière". Le pouvoir "a amorcé une certaine ouverture avec la fin de règne d'Hassan II" même s'il a été tenté par le modèle tunisien.

 

C. Biourge

 

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