L'Algérie aux prises avec une troisième vague meurtrière de coronavirus

L’Algérie est aux prises avec sa troisième vague d’infections liées au Covid-19 : le record quotidien de contaminations a été (à nouveau) battu mercredi dernier, avec 1927 cas, selon les chiffres du ministère de la Santé. Une recrudescence de l’épidémie qui se traduit avant tout par une pénurie d’oxygène pour les particuliers et certains hôpitaux.

Sur sa page Facebook, le service de médecine interne du CHU Constantine par exemple, le principal hôpital de cette ville de l’Est du Pays, appelle tous ses concitoyens à " prêter pour le mois d’août " leurs concentrateurs d’oxygène pour venir en aide aux malades présents dans le service.

Dans une interview accordée au média indépendant TSA (" Tout sur l’Algérie "), le Dr Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSSP), affirme que des malades atteints du Covid-19 meurent chaque jour à cause du manque d’oxygène : " Actuellement, on prend en charge des malades, que l’on stabilise, puis que l’on perd, par manque d’oxygène " a-t-il expliqué, évoquant le nombre de 13 morts en un jour dans son service à cause de ce problème.​​​

Pénurie d’oxygène

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© AFP

Selon nos confrères de l’AFP, un peu partout des bénévoles ont commencé à s’organiser pour soulager les malades. Certains entrepreneurs distribuent gratuitement des bouteilles d’oxygène aux particuliers. Dernier exemple en date, un club de supporters de la Capitale, celui du Mouloudia Club d’Alger (MCA), s’est fait remarquer en renonçant à fêter le centenaire du club afin de reverser l’argent collecté au profit de l’achat de bouteilles d’oxygène pour les patients atteints du Covid-19.

Face à la demande pressante, le gouvernement doit faire venir des milliers de concentrateurs d’oxygène. Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a également promis d’importer plus de 160.000 litres d’oxygène ainsi que dix unités de production d’une capacité de 20.000 à 40.000 litres par jour. Ironiquement, ce coup d’accélérateur intervient un mois après que le gouvernement algérien a décidé d’envoyer 20 tonnes d’équipements médicaux dont des camions d’oxygène à son voisin tunisien, alors bien plus touché par le virus.

Une icône de la télévision décède du coronavirus

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Karim Boussalem, présentateur vedette du journal télévisé national de 20 heures en Algérie. © Tous droits réservés

Symbole supplémentaire de ce retour en force du virus : l’annonce de la mort de l’ancien rédacteur en chef et présentateur vedette du journal télévisé national de 20 heures en Algérie, Karim Boussalem. Âgé de 49 ans, celui-ci est décédé à l’hôpital de Tizi Ouzou dimanche dernier après avoir passé cinq jours en service de réanimation des suites de sa contamination au Covid-19. " L’Algérie perd l’une de ses jeunes compétences qui ont de tout temps veillé à servir le pays et promouvoir la profession du journalisme" a communiqué le même jour le ministre de Communication.

Une nouvelle d’autant plus ennuyeuse pour le régime que celui-ci a appelé dans le même temps les grands médias du pays à "éviter de se concentrer excessivement sur les nouvelles négatives" dans leur couverture de la crise sanitaire. L’Autorité algérienne de l’audiovisuel (ARAV) a ainsi exhorté les journalistes à "s’acquitter de leurs missions envers les téléspectateurs, en évitant de se concentrer excessivement sur les nouvelles négatives et les histoires tragiques liées à la contamination au Covid-19".

Vaccination poussive

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© Belga

Face à cette troisième vague de la pandémie en Algérie, les autorités ont par ailleurs interdit l’accès à certaines plages et décidé de fermer à nouveau les mosquées dans les préfectures les plus affectées, dont Alger, Oran, Constantine et Sétif.

Elles ont surtout promis d’accélérer la campagne de vaccination qui a pris du retard. Avec 44 millions d’habitants, l’Algérie est le pays le plus peuplé du Maghreb mais, six mois après le lancement de la campagne de vaccination, seules 3,5 millions de personnes ont reçu leurs doses de vaccin a reconnu jeudi dernier le Premier ministre.

L’Algérie aurait reçu à ce jour environ 9 millions de doses de vaccins, principalement russes (Spoutnik) et chinois (Sinovac et Sinopharm) et devrait en recevoir 9 millions supplémentaires durant le mois d’août. Le pays serait de plus en mesure de produire localement les vaccins Spoutnik V et Sinovac à partir de septembre.

Depuis le début de l’épidémie en février 2020, le pays déplore 4189 décès mais ces chiffres officiels seraient en réalité largement sous-estimés, d’après des témoignages de certains professionnels de la santé rapportés par des médias locaux.

Tout le Maghreb dans la tourmente

Comme toujours avec le coronavirus, la situation du pays reflète en réalité une vague de contaminations plus large, qui touche toute la région.

Le Maroc, avec 5587 cas quotidiens (+118%), est le pays où la pandémie a le plus accéléré dans le monde, parmi ceux ayant enregistré au moins 1000 contaminations quotidiennes au cours de la dernière semaine de juillet.

Un couvre-feu national est d’ailleurs entré en vigueur ce mardi et les déplacements entre plusieurs villes, dont Marrakech, sont limités aux détenteurs d’un certificat de vaccination.

En revanche et contrairement à l’Algérie, le pays est plutôt à l’avant-garde en matière de vaccination sur le continent africain, avec plus de 24 millions de doses déjà administrées et 28% de sa population entièrement vaccinée.

La Tunisie est, elle, frappée de plein fouet par le variant Delta depuis plusieurs mois déjà : entre les mois de mars et juillet, le nombre de morts du nouveau coronavirus a plus que doublé, dépassant désormais les 20.000 décès. Manque de respect des gestes barrière, arrivée tardive des vaccins, difficultés à décider et faire appliquer des restrictions cohérentes : la Tunisie s’est retrouvée avec le pire taux de mortalité officiel du monde sur les sept derniers jours, selon un comptage de l’AFP réalisé à partir de bilans officiels.

Un pic épidémique qui a aussi mis à mal la démocratie tunisienne puisque le président Kais Saied s’est récemment octroyé les pleins pouvoirs, suspendant notamment l’activité du Parlement pour un mois, au nom de l’incompétence du précédent gouvernement à contenir le virus. Un coup de force qui a provoqué de vives critiques dans le monde mais qui n’a pas empêché l’aide internationale de débarquer dans le pays : Chine, Emirats arabes unis, Etats-Unis, Italie, etc. Face à la crise sanitaire, les vaccins ont fini par affluer du monde entier en Tunisie.

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