"L'aide européenne au photovoltaïque va dans les caisses des Chinois"

"L'aide européenne au photovoltaïque termine dans les caisses des entreprises chinoises"
"L'aide européenne au photovoltaïque termine dans les caisses des entreprises chinoises" - © Flickr-Sustainable sanitation

Le compromis entre l'Union européenne et la Chine sur les panneaux photovoltaïques ne fait décidément pas que des heureux. Les deux parties s'étaient livré une "gueguerre" commerciale dont on peut se demander si elle est vraiment terminée grâce à ce compromis. Rien n'est moins sûr. Les industriels européens parlent d'un compromis "qui ne change rien à la situation actuelle"... Autrement dit, un compromis qui maintient le dumping pratiqué par la Chine. La Commission, pourtant, s'en réjouit.

Les producteurs chinois de panneaux photovoltaïques s'engagent à ne pas vendre de panneaux en dessous d'un prix plancher et à ne pas écouler plus de sept gigawatts par an (70 milliards de watts). Tout ce qui sera produit en plus sera surtaxé à hauteur de 47%. Ces importants droits de douane ont été fixés début juin par la Commission européenne qui accusait le secteur chinois du photovoltaïque de bénéficier d'aide d’État et de casser les prix.

Depuis, Européens et Chinois ont tenté d'aplanir les angles et un compromis à l'amiable a été trouvé vendredi dernier. Au terme de cet accord, 70% des exportateurs chinois s'engagent donc à respecter le prix plancher fixé. L'accord avec les Chinois a été négocié par le commissaire européen au commerce Karel De Gucht mais il doit encore recevoir le feu vert de la Commission européenne dans son ensemble.

Des réactions mitigées

Les réactions à ce compromis sont plutôt contrastées. Karel De Gucht le qualifie de "bon accord". Les industriels européens sont moins heureux par contre. Pour eux, l'accord ne changera pas grand chose à la situation actuelle. En ce qui concerne le prix plancher tout d'abord : il est fixé à 56 centimes d'euros par watt que le panneau est capable de produire. "Absurde" dit ProSun (groupement des industriels européens) puisque ce prix minimum est encore inférieur à celui pratiqué aujourd'hui qui est de 59 centimes. Absurde aussi la limite de sept gigawatts par an imposée aux Chinois.

C'est l'avis de Laurent Quittre, le président du conseil d'administration d'Issol, un fabriquant de panneaux implanté à Dison près de Verviers : "Cette limite n'a vraiment aucun sens parce que sept gigawatts, c'est une limite très très très élevée qui ne va mettre aucun frein à l'importation de panneaux solaires chinois, c'est évident".

Sept gigawatts c'est donc beaucoup : 70% du marché européen. La capacité globale du marché européen du photovoltaïque est évaluée à 10/11 gigawatts. Mais, de source européenne, les Européens n'ont jamais été en mesure de produire plus de trois gigawatts.

Entrée en vigueur de l'accord

Ce compromis ne sera pas appliqué tout de suite. S'il a été entériné par Karel De Gucht, il doit encore recevoir le feu vert de la Commission au complet. Mais les industriels européens menacent de porter le dossier devant la Cour européenne de Justice à Luxembourg s'il est avalisé tel quel par le Collège des commissaires. On est donc encore loin de l'épilogue dans ce dossier. 

Laurent Quittre, de l'entreprise de panneaux Issol à Dison, va même plus loin. Et c'est assez représentatif de ce que pense le secteur : "Aujourd'hui on a un signal assez fort de l'Union européenne : elle ne souhaite pas protéger son industrie locale. Et je pense qu'il serait vraiment important de reconsidérer les aides qui sont octroyées aujourd'hui au photovoltaïque puisqu'elles finissent, logiquement, dans les caisses des entreprises chinoises".

Africa Gordillo

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