L'aide belge au développement diminue comme peau de chagrin

L'aide belge au développement diminue comme peau de chagrin.
L'aide belge au développement diminue comme peau de chagrin. - © Tous droits réservés

L’aide belge au développement diminue d’année en année. Elle baisse depuis un bon bout de temps puisque en 2010, on avait frôlé un record. L’aide au développement avait presque atteint les 0,7% du Revenu National Brut. Depuis 2011, cette aide n’a cessé de baisser : aujourd’hui on n’est plus qu’à 0,45 % du RNV. Cela représente 1,96 milliards d’euros. La Belgique passe ainsi a la 11e place du classement des donateurs internationaux , et est passée sous la moyenne européenne. La Belgique s’éloigne donc de l’engagement qu’elle avait pris au niveau international dans les années 1970.

Le CNCD-11.11.11 publie aujourdhui son rapport 2018 sur l'aide belge au développement. L'occasion de rencontrer Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer politique au Centre national de Coopération au développement.

 Aujourd’hui, il y a plus d’argent de l’aide au développement qui va à FEDASIL pour les centres d’accueil ici en Belgique , que la totalité de l’argent qui sert à la coopération gouvernementale dans les pays partenaires.

Le budget que la Belgique consacre à l'aide au développement a baissé de 6% l'année dernière. Or,  Il y a une partie importante de ce budget qui reste en Belgique ?

Nicolas Van Nuffel : Oui la Belgique est la principale destinataire de sa propre aide ! Les pays riches se sont mis d’accord entre eux pour comptabiliser une partie des montants qui sert à accueillir les demandeurs d’asile comme de l’aide au développement . On peut se demander en quoi c’est de l’aide au développement ? Aujourd’hui, il y a plus d’argent de l’aide au développement qui va à FEDASIL, pour les centres d’accueil ici en Belgique, que la totalité de l’argent qui sert à la coopération gouvernementale dans les pays partenaires. ( 280 millions d’euros pour FEDASIL et 256 millions pour le reste de l’aide au développement, ndlr)

Il y a un point positif dans votre rapport, c’est que l’ère des " éléphants blancs " semble révolue ! Le temps où on livrait clé sur porte des hôpitaux absolument inutiles pour favoriser des entreprises belges ?

Nicolas Van Nuffel :  La Belgique est un bon élève en la matière : elle a vraiment quasiment mis fin au principe de ce qu’on appelle " l’aide liée " , donc de lier les montants qu’elle donne aux pays en développement au fait de devoir aller auprès des entreprises belges. C’est une bonne nouvelle parce que quand on lie l’aide au développement aux intérêts des entreprises de son propre pays cela donne ces fameux " éléphants blancs ", des projets beaucoup moins efficaces, qui aident moins les populations. Mais ce qui est inquiétant c’est qu’on assiste à un retour de ce type d’aide un peu partout, et une de nos craintes, c’est que la Belgique, qui veut réformer sa loi sur la politique de développement revienne sur ce principe qui veut que l’aide doive " in fine " revenir à nos entreprises et servir à la création d’emplois chez nous.

Quelle pourrait être la philosophie de cette nouvelle loi sur la politique de développement, en discussion au Conseil des ministres ?

Nicolas Van Nuffel : On sent un soutien très fort au secteur privé, et la crainte est que l’on utilise cette aide au développement pour favoriser des entreprises belges. L’autre crainte c’est que l’objectif premier soir de " fixer " les populations chez elles, pour éviter l’immigration " illégale ". Or on sait que ça ne marche pas, puisque, au contraire, quand un pays commence à se développer, on voit d’abord l’émigration augmenter, puis rebaisser quand le pays a atteint un certain niveau de développement. Tout simplement, parce que quand vous êtes extrêmement pauvre vous n’avez pas la possibilité financière de bouger d’un continent à l’autre.  Si on veut enrayer l’émigration forcée, il faut un plan de développement sur une ou deux générations, comme ce qui s’est produit en Corée du sud par exemple.

Pourtant le credo d’Alexander De Croo (l’actuel ministre de la coopération) c’est qu’il faut créer de l’emploi dans les pays d’origine pour convaincre les gens de rester chez eux ?

Nicolas Van Nuffel : Il a raison, il faut développer le secteur privé dans ces pays, mais la question est quel secteur privé ? La plupart des pays partenaires de la Belgique sont des pays ruraux dans lesquels une énorme majorité des gens travaille dans l’agriculture, donc la priorité c’est de soutenir les organisations paysannes et les coopératives locales. L’agriculture paysanne est créatrice d’emploi, et elle empêchera les gens qui vivent dans les campagnes de migrer contre leur volonté.

Et ce n’est pas ce que fait la coopération belge ?

Nicolas Van Nuffel : En matière d’agriculture par exemple, la stratégie adoptée par ce ministre c’est d’arrêter de soutenir les petits agriculteurs au profit des gros entrepreneurs, à travers une agriculture intensive qui créée peu d’emplois et épuise les sols. Sans compter le réchauffement climatique. Le récent rapport de la FAO ( l’agence des Nations Unies pour l’alimentation ) révèle que la progression de la faim dans le monde est due à la multiplication des conflits et au réchauffement du climat.

 

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