L'Afrique du Sud rongée par la corruption jusqu'au sommet de l'État

De gauche à droite : Angelo Agrizzi, Cyril Ramaphosa et Jacob Zuma.
De gauche à droite : Angelo Agrizzi, Cyril Ramaphosa et Jacob Zuma. - © RTBF avec BELGA

Les Sud-Africains découvrent avec consternation l’étendue du réseau de corruption mis en place par une société privée, qui aurait versé 20.000 euros par mois de pots-de-vin à l’ex-président Jacob Zuma.

Jusqu’à présent, la commission d’enquête sur les affaires de corruption s’était concentrée sur les pratiques frauduleuses et l’influence énorme des frères Gupta, des hommes d’affaires indiens associés à l’un des fils de l’ancien chef de l’État. Mais les Gupta n’étaient pas les seuls à avoir l’oreille de Zuma et avoir engrangé de fabuleux contrats obtenus par la corruption.

« Dudu vous donne bien l’argent chaque mois? »

Gavin Watson, le directeur de la société privée Bosasa, n’a rien à leur envier. Selon son ancien bras droit, Angelo Agrizzi, il versait une enveloppe mensuelle de 20.000 euros (une fois, glissée dans un sac Louis Vuitton) à la présidente de la Fondation Zuma, Dudu Myeni. Une enveloppe destinée à l’ancien chef d’État. Grâce à l’entremise de cette femme très influente (elle a aussi présidé la compagnie sud-africaine d’aviation SAA), Watson a rencontré Zuma à plusieurs reprises.

« Je me souviens qu’il s’inquiétait de savoir si le président recevait bien les 20.000 euros, a raconté Agrizzi. Je me rappelle qu’un jour, en 2015, il a apporté lui-même l’argent au président. Il a déposé le sac à côté de lui et lui a demandé, 'Dudu vous donne bien l’argent chaque mois ?'. La réponse a été 'oui'. »

Ramaphosa et tout l’ANC éclaboussés

L’année suivante, Bosasa a engrangé pour 80 millions d’euros de contrats publics, notamment pour renforcer la sécurité dans les prisons. Watson aurait aussi poussé Zuma à nommer un nouveau chef du parquet. Ce dernier aurait stoppé une enquête anti-corruption, ouverte en 2009 contre Bosasa. Selon Agrizzi, Myeni lui aurait montré des documents confidentiels du parquet.

Deux autres employés de la firme ont aussi témoigné sur l’étendue du réseau de corruption et les contrats frauduleux obtenus par Bosasa. Deux ministres en exercice (dont l’ex-secrétaire général de l’ANC Gwede Mantashe), des hauts fonctionnaires, journalistes, policiers et directeurs du ministère public ont reçu des pots-de-vin mensuels, souvent pendant des années.

Tout l’ANC est éclaboussé, y compris le chef de l’État Cyril Ramaphosa. Bosasa a versé 33.300 euros à son fond de campagne pour assurer son élection à la tête de l’ANC en décembre 2017. Le chef de l’Etat a affirmé ne pas connaître la liste des donateurs. Mais il devra s’expliquer devant le Protecteur public mardi prochain.

Agrizzi qualifié de « raciste » ; Zuma se dit « bouc émissaire »

Jusqu’à présent, aucune personnalité incriminée n’a démissionné. Jeudi, Zuma a déclaré qu’il était un « bouc émissaire ». Myeni a, elle, accusé Agrizzi d’être un « raciste » et un « menteur ». Ramaphosa attend la fin des travaux de la commission, d’ici un à deux ans, avant « de passer à l’action ». Comme il l’a reconnu mardi à Davos, « la vérité est très douloureuse pour le parti au pouvoir. C’est un processus cathartique qui nous permettra de mettre fin à la corruption ».

Les Sud-Africains espèrent toutefois que la nouvelle chef du parquet, Shamila Batohi n’attende pas aussi longtemps pour lancer des poursuites. Il faudra d’abord qu’elle parvienne à restaurer la crédibilité de son institution, purgée de ses meilleurs enquêteurs pendant la décennie Zuma.

Reste à voir quelles seront les conséquences pour le chef de l’Etat qui espère une confortable victoire aux élections de mai prochain, afin de pouvoir neutraliser les partisans de Zuma, toujours puissants au sein de l’ANC. Alors que l’opposition est affaiblie, l’abstention d’électeurs désabusés pourrait être le grand gagnant du scrutin.

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