L'affaire Khashoggi, un an après :"L'intérêt économique est plus important que les droits humains"

Un an, jour pour jour, après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, plusieurs actions ont été organisées en son hommage dans différents pays. Les défenseurs des droits humains ont demandé que la justice soit rendue.

A Bruxelles, un petit groupe de militants d’Amnesty International a renommé du nom de Jamal Khashoggi, l’avenue Franklin-Roosevelt où se situe l’ambassade d’Arabie Saoudite.

A Istanbul, une pierre commémorative à la mémoire du journaliste a été inaugurée devant le consulat saoudien, lors d’une cérémonie en présence de Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post auquel Jamal Khashoggi collaborait.

Le 2 octobre 2018, le journaliste a été tué puis démembré par un commando envoyé par Ryad, dans le consulat saoudien d’Istanbul. Son corps n’a jamais été retrouvé. La CIA et une experte de l’ONU ont mis en cause le prince héritier saoudien et homme fort du pays Mohammed Ben Salmane, qui dément avoir ordonné l’assassinat, même s’il dit en porter la responsabilité en tant que dirigeant du royaume.

Simulacre de procès

Cherchant à soigner son image et celle du prince héritier Mohammed Ben Salmane, fortement ternies par cette affaire, le royaume saoudien a traduit en justice 11 suspects accusés d’implication dans le meurtre.

Récemment, dans un documentaire diffusé sur CBS, le Prince a démenti avoir ordonné l’assassinat du journaliste, mais il reconnaît en porter la responsabilité en tant que dirigeant du royaume. "Pour Mohammed Ben Salmane, c’est une manière de faire des relations publiques", commente Philippe Hensmans directeur d’Amnesty Belgique, "en faisant croire qu’il cherche à améliorer la situation. En réalité, on a découpé un opposant, on l’a liquéfié et il est difficile de croire qu’il n’était pas au courant de cela !".

La liquidation du journaliste jugé trop critique à l’égard du régime, a éclaboussé de sang le portrait du prince Ben Salmane, qui tentait de donner une image plus moderne du Royaume. Le prince a deux visages, explique Lynn Maalouf, directrice Amnesty International à Beyrouth : "Depuis son arrivée au pouvoir, il y a une dichotomie assez claire. D’un côté, 'le Roi-Prince' annonce des réformes qui permettent aux femmes de conduire, de voyager sans autorisation d’un tuteur masculin de la famille. Mais en même temps, Amnesty, l’ONU et d’autres organisations des droits humains documentent des actions de plus en plus répressives, au sein du royaume. Depuis l’ascension au pouvoir de Ben Salmane, on a assisté à plusieurs vagues d’arrestations de citoyens, d’activistes, d’intellectuels. Des centaines de personnes sont en procès devant la Cour antiterroriste pour avoir simplement participé à des manifestations".
 

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A Bruxelles, Amnesty International a renommé du nom de Jamal Khashoggi, l'avenue Franklin Roosevelt où se situe l'ambassade d'Arabie Saoudite.  © Tous droits réservés

Dans le même temps, l’Arabie saoudite continue à être présente sur la scène internationale. "Suite à l’affaire Khashoggi, certes, l’Allemagne a décidé d’arrêter de fournir des armes aux Saoudiens", constate Philippe Hensmans, "mais on continue à lui fournir des armes, on lui vend des usines de fabrications de canons, clés sur porte… on continue à l’inviter dans différentes foires internationales. Donc il est évident que l’intérêt économique est beaucoup plus important que la situation des droits humains en Arabie saoudite".

De fait, le constat est cynique : si l’an dernier, les investisseurs internationaux avaient massivement boycotté un important forum économique organisé par Ryad, en signe de protestation contre le meurtre de Jamal Khashoggi, l’édition 2019 de ce forum fait le plein. Plus de 150 décideurs de premier plan ont confirmé leur présence. De même, le prochain Sommet du G20, en 2020, sera organisé en Arabie saoudite. "Le manque de mobilisation au niveau des Etats a certainement contribué à ce sentiment d’impunité chez les autorités saoudiennes", commente Lynn Maalouf. "Les intérêts économiques prennent en effet le dessus, même dans des situations aussi extrêmes que le meurtre de Jamal Khashoggi".

Archives: Journal télévisé 20/10/2018

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