L'AfD, le parti anti-migrants, a cartonné en Allemagne de l'Est... "là où il n'y en a quasiment pas"

Une "alternative pour l'Allemagne" qui vise surtout à refuser les migrants. Un discours qui marche surtout... là où il y en a le moins!
Une "alternative pour l'Allemagne" qui vise surtout à refuser les migrants. Un discours qui marche surtout... là où il y en a le moins! - © JOHN MACDOUGALL - AFP

L'entrée du parti populiste Alternative pour l'Allemagne (AfD) au parlement fédéral allemand va pousser les autres partis à surveiller ses agissements et à s'allier contre lui si nécessaire, observe Isabelle Bourgeois, chercheuse au Centre d'information et de recherches sur l'Allemagne contemporaine (Cirac) en région parisienne. Le parti d'extrême droite a récolté quelque 12,6% des voix lors des élections législatives de dimanche et devient la troisième force politique du pays, après l'union conservatrice d'Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD.

Le succès remporté par ce parti anti-immigration et anti-euro est particulièrement criant dans l'ancienne Allemagne de l'Est, où il a remporté plus de 20% des suffrages et même 27% en Saxe.

Des accords plus difficiles à trouver

"L'arrivée de nombreux réfugiés a particulièrement fait peur à l'Est, c'est-à-dire là où il n'y en a quasiment pas", note Isabelle Bourgeois. Le score des populistes est lié à un sentiment d'insatisfaction face à un monde qui s'ouvre et au chamboulement des valeurs traditionnelles, selon elle. Mais l'ascension du parti, qui s'était constitué lors de la crise de la dette grecque, est à remettre dans le contexte de l'avancée générale du populisme de droite en Europe, souligne-t-elle.

L'entrée de l'AfD au Bundestag, ainsi que celle des libéraux du FDP qui font leur grand retour, gonfle le nombre de partis au parlement à sept, contre cinq précédemment. "Cela va rendre le jeu de la coalition plus complexe et les accords plus difficiles à trouver. Les autres partis vont devoir surveiller l'AfD et s'allier contre lui si nécessaire", pour la spécialiste.

Le choix du SPD (20%), qui a annoncé dimanche soir vouloir rester dans l'opposition, est "excellent", selon elle. "C'est un acte citoyen, car s'ils ne l'avaient pas fait, l'AfD aurait été la première force de l'opposition. Les postes principaux du Bundestag resteront donc aux mains des partis démocratiques." Certaines places, comme la présidence de la commission des finances, reviennent en effet au plus gros parti de l'opposition.

Passer quatre ans sur les bancs de l'opposition permettra aussi aux sociaux-démocrates de reconstruire leur identité, ajoute Mme Bourgeois.

Une coalition qui "risque de prendre du temps"

En remportant les élections de dimanche à quelque 32,9%, l'union conservatrice CDU/CSU d'Angela Merkel a désormais la main pour composer une nouvelle majorité. Si la "grande coalition" sortante avec le SPD n'est pas reconduite, la seule option serait de s'allier aux libéraux (10,7%) et aux écologistes de Grüne (8,9%).

"Cela risque de prendre du temps", analyse Isabelle Bourgeois. Des élections régionales importantes sont en effet prévues le 15 octobre en Basse-Saxe, le land de Volkswagen. Les protagonistes pourraient attendre les résultats pour démarrer officiellement les discussions.

Celles-ci pourraient être compliquées par les divergences entre l'allié bavarois de Merkel, la CSU, et les Verts. Ils s'opposent notamment sur l'instauration de plafonds pour l'accueil de réfugiés. La CSU refuse également l'abolition des moteurs diesel voulue par les écologistes.

Grüne et le FDP, eux, se distinguent sur le terrain économique, les libéraux préconisant une approche plus dure sur la réduction de la dette de l'Etat, par exemple.

Angela Merkel a trois mois pour parvenir à un accord avec ses partenaires potentiels.

Les membres de l'AFD arrivant à leur premier meeting parlementaire, après les élections législatives de dimanche:

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