Ingérences russes et collusion avec l'administration Trump? On fait le point

Ingérences russes dans la campagne américaine: où en est-on?
Ingérences russes dans la campagne américaine: où en est-on? - © SAUL LOEB - AFP

Y a-t-il eu collusion entre des proches de Donald Trump et des responsables russes pendant la campagne présidentielle de 2016? Le Kremlin a-t-il cherché à favoriser le candidat républicain? Lui-même est-il impliqué? Depuis plusieurs mois, l'administration Trump est empêtrée dans l'"affaire russe".

Le début de mandat du président américain est tellement secoué que certains n'hésitent pas à évoquer une possible destitution. Dans ce contexte explosif, une révélation a encore relancé l'affaire: un rendez-vous a eu lieu en juin 2016 entre Donald Trump Jr, fils du président américain, et une avocate russe qui aurait des liens avec le Kremlin. Mis sous pression par la presse américaine, le fils Trump publie le 11 juillet sur Twitter un échange d'e-mails portant sur l'organisation de ce rendez-vous. L'objectif de celui-ci? Obtenir des informations dommageables pour la candidate démocrate Hillary Clinton. C'est écrit noir sur blanc. 

Mais au fond, comment ce scandale a-t-il débuté? Et comment a-t-il été géré par le camp Trump et accueilli par les démocrates?

Fuites sur Wikileaks et rapport du FBI

En décembre 2016, un rapport confidentiel de la CIA est dévoilé par la presse et vient appuyer la thèse selon laquelle Moscou aurait bien cherché à aider Donald Trump à se faire élire. Trois semaines plus tard, FBI et Département de la Sécurité Nationale publient un document qui semble démontrer l'implication de la Russie dans les piratages des serveurs du Parti démocrate.

Pour rappel, en juin 2016 des hackers s'étaient infiltrés dans le réseau du Comité national démocrate. Et quelques semaines plus tard, Wikileaks publiait des milliers d'e-mails de hauts responsables du Parti. Une fuite compromettante qui révélait notamment une possible tentative de déstabilisation de Bernie Sanders lors des primaires démocrates.

Suite à la publication de ces documents, Barack Obama - toujours officiellement président - annonce fin décembre 2016 une série de sanctions contre la Russie. 35 agents de renseignement russes sont expulsés, deux centres russes sont fermés par le département d'Etat et "neuf entités et individus" écopent de sanctions.

Le rapport du FBI fait toutefois polémique. Plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer une absence de preuves. Mais l'affaire est loin de s'arrêter là. Le FBI continue d'enquêter et deux commissions parlementaires (du Sénat et de la Chambre des représentants) sont créées pour faire la lumière sur cette affaire. Désormais, on s'interroge carrément sur une éventuelle collusion entre l'entourage de Donald Trump et la Russie.

Des pressions de Donald Trump?

Le cas Michael Flynn met le feu aux poudres. Au centre d'une polémique, le principal conseiller à la sécurité de Donald Trump démissionne le 13 février. Ce qu'on lui reproche? Avoir évoqué avec des diplomates russes les sanctions visant Moscou décidées par Barack Obama. Il aurait ainsi assuré à l’ambassadeur de Russie à Washington que Donald Trump serait beaucoup moins sévère que son prédécesseur. Problème: Michael Flynn n'occupait alors aucune fonction officielle, ce qui rend sa démarche illégale. Conscient de son erreur, Michael Flynn ment jusqu'au vice-président et finit par démissionner moins d'un mois après l'investiture de Donald Trump. Première tuile pour la nouvelle administration.

Cette affaire en entraîne une autre qui, cette fois, implique directement le président des Etats-Unis. Début mai, Donald Trump limoge le directeur du FBI James Comey. La raison officielle? La mauvaise gestion du scandale des e-mails d'Hillary Clinton. La raison officieuse? L'enquête en cours du FBI sur les liens entre l'entourage de Trump et le gouvernement russe. Quelques jours plus tard, le New York Times lâche une information qui aura l'effet d'une bombe: en février, Donald Trump aurait demandé à James Comey de mettre un terme à l’enquête concernant Michael Flynn.

La Maison Blanche dément. De son côté, James Comey affirme lors d'une audition extraordinaire au Sénat que le président avait exigé de lui sa "loyauté".

Des informations qui pourraient incriminer Hillary

Aujourd'hui, sept membres de l'entourage du candidat républicain ont été mis en cause dans les différentes enquêtes pour avoir négligé de faire état de leurs contacts avec des officiels russes. Le ministre de la Justice Jeff Sessions a, lui aussi, reconnu avoir rencontré l'ambassadeur russe aux Etats-Unis en 2016 après avoir démenti sous serment tout communication avec des officiels russes pendant la campagne. Un aveu qui s'est suivi d'une cinglante réaction de Donald Trump, affirmant qu'il n'aurait jamais nommé Jeff Sessions au poste de ministre de la Justice s'il avait su que ce dernier se récuserait dans l'enquête du FBI concernant l'affaire russe.

Comme expliqué plus haut, l'affaire Donald Trump Jr est, dans ce contexte, particulièrement parlante. Les détails de l'organisation de son rendez-vous avec l'avocate russe Natalia Veselnitskaya révèle en effet que dès le mois de juin 2016, trois membres de la garde rapprochée de Trump savaient que le gouvernement russe voulait voir élire le candidat républicain.

Parmi les huit personnes présentes à rendez-vous, Paul Manfort, ancien directeur de campagne du Trump, Jared Kushner, gendre et conseiller du président et bien sûr Donald Trump Jr. Durant l'échange de mails, les intermédiaires proposant d'organiser la rencontre avaient assuré que celle-ci fournirait "des documents officiels et des informations qui pourraient incriminer Hillary". Et que cela faisait partie des efforts réalisés par le gouvernement russe pour encourager le candidat républicain. Ce à quoi Donald Trump Jr. avait alors répondu: "Si c'est bien ce que vous dites, j'adore".

Aujourd'hui, la ligne de défense de Donald Trump Jr. est de minimiser totalement l'intérêt de l'entretien avec l'avocate russe. Même si, avoue-t-il, "avec le recul j'aurais agi autrement". Selon lui, c'était tout simplement du temps perdu.  En bref, oui il a essayé de collaborer, mais l'avocate russe n'avait rien d'intéressant à lui offrir. Comme l'analyse Vox, cet échange d'e-mails pose la question "de ce qui a bien pu être fait d'autre avec les Russes et que l'on ignore".

[VIDEO] Donald Trump Jr. s'explique

De son côté, l'avocate russe nie avoir un quelconque lien avec le Kremlin. Quid de la vérité? A ce sujet, Donald Trump Jr. sera prochainement entendu par le Sénat. 

Pourquoi la Russie soutiendrait-elle Trump?

De son côté, Donald Trump n’a cessé présenter cette "affaire russe" comme un "prétexte" avancé par les démocrates pour expliquer leur défaite. Et selon lui, "cette information bidon" s'est transformée en "chasse aux sorcières". Toutefois, toutes ces révélations rendent cette explication peu crédible. Mais au fond, pourquoi la Russie aurait-elle pu avoir envie de soutenir ce milliardaire extravagant? La question mérite d'être posée et comporte plusieurs réponses/théories.

Tout d'abord, ce n'est un secret pour personne: Poutine et Clinton sont de vieux ennemis. Quand cette dernière était secrétaire d'Etat, elle avait déclaré en pleine crise ukrainienne que ce que faisait Poutine en Ukraine ressemblait à ce "qu'a fait Hitler lors de la période nazie". Elle avait par ailleurs mis en doute les résultats impressionnants de Poutine lors de la dernière élection présidentielle russe. Une déclaration qui s'est suivie, peu après, de grandes manifestations à Moscou. Un timing qui laisse à penser, pour Poutine, que Clinton serait à la base de ce mouvement.

Autre fait: lors de sa campagne, Donald Trump répété à de nombreuses reprises son désamour pour l'OTAN et évoqué la possibilité que l'aide des Etats-Unis à un allié de l'Organisation Atlantique ne serait plus automatique si celui-ci venait à être attaqué militairement. Pour Poutine, entre Trump et Clinton, le choix est donc vite fait.

D'autres émettent l'hypothèse que Poutine cherche uniquement à déstabiliser les Etats-Unis, ce qui semble particulièrement réussi.

Popularité en berne de Trump et destitution

Plombé par cette affaire et la paralysie de sa réforme de la santé, Donald Trump souffre d'une popularité en berne. Après seulement six mois à la Maison Blanche, son taux d'opinions favorables est tombé de 42% en avril à 36% mi-juillet. Dans ce même sondage du Washington Post et ABC News, un total de 48% des sondés disent même "désapprouver fortement" le président Trump. Un taux que seul George W.Bush avait atteint lors de son second mandat.

Dans ce contexte, un élu démocrate de la Chambre des représentants a déposé mi-juillet une résolution visant à lancer une procédure de destitution. L'acte est encore symbolique, mais a-t-il une chance de se concrétiser à terme? Ce serait une première. Dans l'histoire américaine, jamais un président n'a été destitué. Suite au scandale du Watergate, Richard Nixon a préféré démission pour éviter une destitution certaine. Que fera Trump s'il arrive à ce stade?

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