L'accès aux toilettes, loin d'être une évidence au Ghana : "4000 enfants meurent chaque année"

Dieudonné Kwame Agudah, patron de WashKing, espère que, d'ici une vingtaine d'années, les gens ne seront "plus contraints de faire leurs besoins dans la rue".
Dieudonné Kwame Agudah, patron de WashKing, espère que, d'ici une vingtaine d'années, les gens ne seront "plus contraints de faire leurs besoins dans la rue". - © Dylan GAMBA

A travers le monde, quelque 4,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des toilettes, une situation alarmante pour des raisons sanitaires selon l’ONU. Au Ghana, seuls 15% des 28 millions d’habitants ont accès à des latrines adaptées. La majorité de la population est contrainte soit de faire ces besoins à l’extérieur, soit d’utiliser des toilettes publiques, payantes et le plus souvent peu propres.

"4000 enfants meurent chaque année"

Une situation qui a motivé Dieudonné Kwame Agudah, un jeune entrepreneur de 35 ans, à créer en 2017 son entreprise, WashKing. Le but : installer des toilettes chez les particuliers, avec le soutien des autorités. Les WC coûtent environ 2000 cédis (environ 300 euros). "Il y a aussi des aides publiques du gouvernement pour aider ceux qui veulent s’équiper", avance le chef d’entreprise, qui rappelle que "4000 enfants meurent chaque année au Ghana à cause d’un manque d’accès à des toilettes propres".

Dieudonné Kwame Agudah, qui a étudié pendant deux ans l’ingénierie environnementale dans une université britannique, se souvient notamment des difficultés pour faire ses besoins dans son enfance dans la région de la Volta, à l’est du Ghana. "Il y avait des toilettes publiques qui n’étaient vraiment pas propres ou alors il y avait un trou qui était creusé avec une planche en bois sur laquelle nous devions nous tenir pour faire nos besoins et il m’est déjà arrivé de tomber", se remémore le jeune homme qui évoque aussi la possibilité de faire ses besoins dans les fourrés, "avec le risque de se faire mordre par un serpent".

Objectif : un accès pour tous d’ici 20 ans

Depuis la création de l’entreprise, quelque 400 toilettes ont été installées, dont près de 80% dans la capitale, Accra. Les latrines sont le plus souvent installées dans les jardins des maisons. La société emploie actuellement 16 personnes, dont des plombiers, des charpentiers et des peintres. "Nous sommes déterminés à éradiquer d’ici une vingtaine d’années le fait que les gens soient contraints de faire leurs besoins dans la rue", poursuit Dieudonné Kwame Agudah. Le jeune entrepreneur également met en avant l’intérêt l’écologique des installations. "Chaque chasse d’eau ne consomme que 500 millilitres d’eau", avance-t-il.

A Teshie, une banlieue populaire située à l’est d’Accra, les routes d’asphalte côtoient les chemins de terre. Installée dans une maison de plain-pied avec son mari et sa fille, Habiba Basha a fait le choix il y a trois mois d’installer des toilettes, construites à l’extérieur de son habitation. "Nous avons payé 1500 cédis (environ 250 euros)", confie-t-elle. "Cela nous change la vie, car, avant, nous devions marcher pour utiliser des toilettes publiques qui étaient assez loin et payer 50 pesewas (environ 10 centimes) chaque fois que nous y allions", poursuit-elle.

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