L'Académie suédoise échoue à empêcher un groupe néonazi d'utiliser des poèmes classiques

L'Académie suédoise échoue à empêcher un groupe néonazi d'utiliser des poèmes classiques
L'Académie suédoise échoue à empêcher un groupe néonazi d'utiliser des poèmes classiques - © thomas-bethge - Getty Images/iStockphoto

Peut-on empêcher un groupuscule néonazi de s'approprier des poèmes classiques afin de défendre les intérêts de la culture? L'Académie suédoise, connue pour décerner chaque année le prix Nobel de littérature, a été déboutée jeudi par un tribunal à Stockholm, dans une affaire unique.

L'institution avait lancé une procédure pour contester la publication de plusieurs grands poèmes suédois - ceux d'Esaias Tegner (1782-1846), de Viktor Rydberg (1828-1895) et de Verner von Heidenstam - ainsi que d'autres oeuvres littéraires datant de l'ère viking, sur un site internet géré par le Mouvement de résistance nordique (NMR), une organisation néo-nazie née en Suède à la fin des années 1990.

Pour l'Académie suédoise, cette publication allait "à l'encontre des intérêts de la culture intellectuelle" et les oeuvres en question étaient protégées par une législation sur le droit d'auteur qui protège les oeuvres classiques même longtemps après le décès de l'auteur ou l'expiration des droits.

Pour l'institution liée aux Nobel, ces poèmes ne pouvaient être publiés à côté d'éléments "potentiellement criminels ou, à tout le moins, exprimant des remarques désobligeantes ou offensantes sur des groupes ethniques", car cela présenterait les textes "dans un contexte étranger et offensant".

"Des conséquences sur la liberté d'expression et de la presse"

C'est la première fois que cette clause, qui remonte à la création de la loi sur le droit d'auteur en 1960, était invoquée lors d'un procès. Mais la protection des oeuvres classiques ne peut être invoquée devant un tribunal que lorsque l'oeuvre en question a été modifiée, répliquait de son côté le NMR, qui a expliqué avoir publié les textes dans leur forme originale et non modifiée.

La cour spécialisée en propriété intellectuelle qui a jugé l'affaire a finalement estimé que "l'interprétation large portée par l'Académie pourrait avoir des conséquences sur la liberté d'expression et de la presse" et donc décidé de rejeter la demande, a expliqué le juge Tomas Norström.

Le secrétaire permanent de l'Académie, Mats Malm, a déploré qu'un auteur vivant puisse contester en justice la publication des oeuvres au milieu de publications à caractère haineux, mais pas un auteur mort. "C'est là que nous pensons que la protection des oeuvres classiques doit entrer en jeu", a-t-il déclaré à l'agence TT.

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