"Kivu", une BD pour "rompre le silence" sur le quotidien des Congolais de l'Est

La couverture de Kivu avec à l'avant-plan le jeune héros d'une aventure scénarisée par Jean Van Hamme
La couverture de Kivu avec à l'avant-plan le jeune héros d'une aventure scénarisée par Jean Van Hamme - © Tous droits réservés

C'est l'une des bandes dessinées de la rentrée: "Kivu". Un scénario signé Jean Van Hamme (auteur de XIII, Largo Winch,...) et dessiné par Christophe Simon qui raconte l'arrivée d'un jeune ingénieur belge, François Daans, au Kivu pour le compte d'une entreprise de métallurgie. Celui-ci doit recruter un nouveau "directeur de production" (en réalité un chef de milice) en remplacement du précédent, mort "dans l’exercice de ses fonctions" (c'est-à-dire assassiné). Le jeune héros va découvrir la réalité du terrain (guerres pour les minerais, violences physiques et sexuelles, corruption,...)

Denis Mukwege n'est pas l'un des protagonistes essentiels de cette bande dessinée mais il apparaît en filigrane, "Kivu" évoquant son travail de gynécologue dans l'hôpital de Panzi (près de Bukavu). Ce sanctuaire médical a vu le jour il y a 19 ans. Et chaque mois, cet hôpital accueille 120 à 150 enfants, adolescentes et femmes victimes de viols et de violences sexuelles. Nous lui avons demandé en quoi cette bande dessinée pouvait contribuer à son travail.

La publication de ce type d'ouvrage évoquant votre travail dans le Sud-Kivu est-elle essentielle ? 

Denis Mukwege: Absolument, je crois que c'est un mode de communication qui est très important. J'espère que cette bande dessinée sera lue par des millions de personnes et personne ne pourra dire qu'il n'était pas informé par rapport à ce qui se passe dans cette région. Je crois que cette bande dessinée, c'est un moyen de communication important pour alerter l'opinion tant nationale qu'internationale sur ce qu'il se passe dans l'Est de la République démocratique du Congo. 

Est-ce qu'une BD va toucher les jeunes de l'Est du Congo? Le pays est plutôt dans une tradition de communication orale, non ?

D. M. : Le problème d'accessibilité est beaucoup plus économique. Beaucoup de jeunes n'ont pas la possibilité de se payer une bande dessinée mais je crois que beaucoup liraient ça plus facilement qu'un livre scientifique ou un livre plus compliqué. La bande dessinée pourrait parler même à la jeunesse congolaise. 

Quelle a été votre réaction lorsqu'on vous a parlé de ce projet ? 

D. M. : Largement positive! Aujourd'hui, lutter contre les violences sexuelles, c'est rompre le silence. Et pour y parvenir, il faut utiliser tous les moyens qui permettent de quitter un système de tabou, un système qui empêche les gens  de parler de leurs souffrances. Cela permet de libérer la parole et donc le bourreau peut avoir peur. Lorsque les femmes sont en mesure de rompre ce silence, je suis convaincu que les bourreaux font beaucoup plus attention. Souvent, les femmes sont tenues de garder le silence parce qu'elles sont menacées par leurs bourreaux. Rompre le silence, c'est aussi prendre le risque d'être exclu de la communauté. Les femmes se taisent pour protéger leur communauté mais protègent en même temps leurs bourreaux. Un ouvrage comme celui-ci va permettre de vulgariser cette situation, va permettre de faire comprendre aux jeunes que violer une femme a des conséquences.

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