Kiev lance la procédure de dissolution du Parlement local de Crimée

Arseni  Iatseniouk a tenu un discours ferme à l’égard du pouvoir russe qu’il accuse d’une agression militaire inacceptable.
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Arseni Iatseniouk a tenu un discours ferme à l’égard du pouvoir russe qu’il accuse d’une agression militaire inacceptable. - © GEORGES GOBET - BELGAIMAGE

Le parlement local de Crimée, dominé par des pro-russes, a demandé jeudi à Vladimir Poutine le rattachement à la Russie ainsi que l'organisation d'un référendum le 16 mars sur la péninsule ukrainienne pour le valider. Une décision que le Premier ministre ukrainien qualifie d"illégitime" Le Président par intérim a, pour sa part, lancé une procédure de dissolution du Parlement de Crimée.

Le Parlement ukrainien va engager une procédure de dissolution du Parlement de la Crimée qui a fixé au 16 mars un référendum sur le rattachement de la péninsule à la Russie, a annoncé le président ukrainien par intérim.

"La Rada (parlement) va initier la dissolution du Parlement de la Crimée", a déclaré Olexandre Tourtchinov dans une adresse à la nation. La tenue du référendum est "une farce, un crime contre l'Ukraine commis par les militaires russes", a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, et s'exprimant devant la presse après une rencontre avec les dirigeants de l'Union européenne à Bruxelles, le Premier ministre d'Ukraine Iatseniouk avait déclaré que le référendum organisé en Crimée le 16 mars n'avait "aucun fondement légal".

"Nous exhortons le gouvernement russe à ne pas soutenir ceux qui promeuvent le séparatisme en Crimée", a ajouté M. Iatseniouk. Il a de nouveau demandé à la Russie que les troupes déployées en Crimée "retournent dans leur caserne" et qu'un dialogue s'engage en vue d'"une solution pacifique" à la crise.

M. Iatseniouk a par ailleurs affirmé que l'Ukraine était prête à signer "dès que possible" l'accord d'association avec l'UE que l'ancien président Viktor Ianoukovitch avait refusé de signer en novembre. "Le gouvernement ukrainien est déterminé à signer un accord d'association" avec l'UE et "nous sommes prêts à le signer dès que possible", a-t-il dit.

La Crimée tente le rattachement à la Russie

De son côté, le parlement local de Crimée ne se contente plus de proposer le choix entre la situation actuelle et un statut d'autonomie renforcée. Désormais, c'est d'un rattachement à la Fédération de Russie qu'il est question. Les électeurs auront le choix entre un rattachement à la Fédération de Russie ou une autonomie nettement renforcée, a précisé le député Grigori Ioffe.

L'assemblée de cette république autonome avait jusqu'à présent prévu l'organisation le 25 mai puis le 30 mars de ce référendum. La volonté est donc clairement de ne pas perdre de temps.

A Donetsk, les troubles se poursuivent

La police ukrainienne a délogé jeudi matin les manifestants pro-russes qui occupaient l'administration régionale de Donetsk, ville russophone de l'est de l'ex-république soviétique, interpellant 75 personnes lors de l'assaut, a-t-on appris de source policière.

Après l'opération, une centaine de manifestants continuaient de bloquer le bâtiment, occupé depuis lundi par des opposants au nouveau pouvoir pro-européen en place à Kiev, réclamant le ralliement à Moscou.

Fief électoral du président déchu Viktor Ianoukovitch, Donetsk se trouve dans le bassin minier du Donbass, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière russe.

Les autorités avaient déjà repris le contrôle de l'administration mercredi, l'évacuant au motif d'une alerte à la bombe, avant d'être débordées quelques heures plus tard par un nouvel assaut des manifestants.

A chaque fois qu'ils avaient pris ou repris les lieux, qui abritent le bureau du gouverneur, les pro-russes y avaient hissé des drapeaux russes à la place de l'ukrainien.

Ils ont nommé leur propre "gouverneur", Pavel Goubarev, refusant l'autorité de celui nommé par les nouvelles autorités pro-européennes à Kiev, Serguiï Tarouta. Le parquet général ukrainien a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête visant M. Goubarev pour "atteinte à l'intégrité territoriale".

Après l'assaut de jeudi matin, Pavel Goubarev a indiqué se trouver en liberté. "Je suis dans mon appartement", a-t-il indiqué par téléphone.

Parallèlement, les partisans de l'intégrité territoriale de l'ex-république soviétique ont réuni 10.000 personnes mercredi soir sur la place Lénine.

A la fin du rassemblement, une bagarre générale a opposé des dizaines de partisans des deux camps, séparés ensuite par la police.

 

Kiev mise sur les oligarques dans les régions russophones de l'est

Les nouvelles autorités ukrainiennes misent sur les oligarques pour s'opposer aux manifestations de séparatisme dans les régions industrielles russophones de l'est de l'Ukraine après avoir perdu le contrôle de la Crimée.

Serguiï Tarouta, 58 ans, chef de l'Union industrielle du Donbass, dont la fortune est estimée à 600 millions de dollars par le magazine Forbes, est devenu récemment gouverneur de la région de Donetsk, fief du président déchu Viktor Ianoukovitch, en proie à des troubles depuis le déploiement des forces russes en Crimée fin février.

Sa nomination a été soutenue par Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine qui était le principal financier du Parti des régions de Viktor Ianoukovitch et originaire. Très influent à Donetsk, M. Akhmetov avait appelé à préserver l'intégrité territoriale de l'Ukraine en jugeant "inacceptable" le recours à la force de l'extérieur".

Igor Kolomoïski, 51 ans, co-propriétaire de la puissante holding Privat (banque, métallurgie) est, lui, devenu gouverneur de la région de Dnipropetrovsk.

"Les oligarques ont tout intérêt au maintien de la souveraineté de l'Ukraine. Sous Poutine, ils perdraient leur puissance et leur business", explique l'expert politique Taras Berezovets.

A peine nommés, les deux milliardaires ont expliqué avoir accepté les postes de gouverneur pour contrer le projet de Moscou de s'emparer du sud et de l'est de l'Ukraine. "Le séparatisme ne passera pas à Dnipropetrovsk", a martelé M. Kolomoïski.

RTBF avec les agences

 

 

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