Kenya : la politique s'invite dans la téléréalité

Les candidates doivent convaincre un jury sur leur capacité de leadership. Le public élira sa Miss President à la fin de la compétition
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Les candidates doivent convaincre un jury sur leur capacité de leadership. Le public élira sa Miss President à la fin de la compétition - © Charlotte Simonart

« Miss President », une nouvelle émission, a été lancée fin janvier à la télévision kényane. L’équivalent de la « Star Académie » version politique. Elles sont 40 femmes au départ, jugées sur leur capacité de leadership. Une seule remportera le titre de « Miss President » à l’issue de plusieurs semaines de concours.

Un programme financé par l’Union européenne qui vise à sensibiliser le grand public sur la place des femmes en politique et combattre les préjugés sexistes.

Si vous aviez le pouvoir de devenir la présidente du Kenya, accepteriez-vous ?

« Voteriez-vous pour une femme Présidente ? Pensez-y ! Vous regardez » Miss President « ». Dès les premières secondes du générique, le présentateur apostrophe, le doigt pointé, les téléspectateurs kényans. C’est leur nouveau rendez-vous de télévision chaque mercredi soir sur KTN, l’une des principales chaînes du pays.

Lors des premiers épisodes, les candidates défilent devant un jury de professionnels (spécialistes de la communication, journalistes et politiques).

Les téléspectateurs découvrent ce jour-là Collette Akwana, avocate de formation. L’un des membres du jury l’interpelle : « Si vous aviez le pouvoir de devenir la présidente du Kenya, accepteriez-vous ? » Pleine d’assurance, Collette rétorque « Bien sûr ! », avant de se lancer dans un discours persuasif.

Collette Akwana est mère de 2 jeunes enfants. Issue d’une famille plutôt aisée, elle a parcouru le monde avant de vouloir changer les choses ici au Kenya. « J’ai entendu une publicité pour Miss Président. Ils cherchaient une femme dirigeante qui serait capable de mener ce pays plus loin. Et je me suis dit : « Mais c’est moi qu’ils cherchent ! ». Quand on voit tout ce qu’il se passe au Kenya, il faut que les bonnes personnes puissent entrer dans cette sphère de décideurs et essayer d’influencer ce qui est fait, quelqu’un qui aime le Kenya et veut résoudre les problèmes que nous traversons. »

On juge leur capacité à interagir avec les autres, à prendre la direction d’un groupe

Les candidates viennent de toutes les régions du pays. Suivies au quotidien par les caméras de télévision, elles sont jugées sur leur talent oratoire, leur capacité de leadership, mais doivent aussi défendre leurs idées pour lutter contre la corruption ou encore l’insécurité.

« Ici à l’Académie, les candidates suivent des formations chaque matin et ensuite l’après-midi, elles ont des tâches à réaliser en groupe. C’est là que l’on juge leur capacité à interagir avec les autres, à prendre la direction d’un groupe, etc. Car n’importe quel dirigeant doit être capable d’établir des stratégies et de régler des problèmes en travaillant avec les autres », précise Martin Munyo, l’un des producteurs de l’émission.

Plusieurs candidates sont éliminées à l’issue de chaque émission hebdomadaire. Mais c’est bien le public qui élira, en juillet prochain, sa « Miss President », celle qui aurait toutes les qualités requises pour briguer un jour le poste de présidente du Kenya.

Editar Vitalis, la trentaine et ouvertement féministe, fait partie des favorites. Entre deux tournages, elle revient se ressourcer à Kibera, le plus grand bidonville du pays, où elle a grandi. C’est ici qu’elle a décidé de se battre pour les droits des femmes : « Kibera est une société très patriarcale. Vivre ici en tant que jeune femme qui parle de sujets tabous, c’est un vrai défi. La plupart du temps, je mets ma vie en danger. La société devrait enfin accepter les femmes et comprendre qu’elles peuvent être des dirigeantes. »

Depuis que les habitants du quartier la suivent à la télévision, les choses changent pour la féministe. « J’ai gagné beaucoup de respect. Tout le monde me regarde et veut me dire bonjour parce que je participe à » Miss President. Je suis très heureuse et reconnaissante pour cela. »

L’émission « Miss President » est une occasion inespérée pour les Kényanes de s’imposer en politique. Le pays est un mauvais élève en la matière sur le continent avec seulement 20% de femmes parmi les élus. Les producteurs de « Miss President » espèrent bien voir, à la suite de l’émission, plusieurs candidates intégrer des partis politiques et pourquoi pas un jour, briguer la présidence du Kenya.

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