Kenya: destructions massives de bâtiments à Nairobi

Le centre commercial Ukay a été construit illégalement il y a 25 ans au-dessus de la rivière Nairobi, provoquant régulièrement des inondations.
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Le centre commercial Ukay a été construit illégalement il y a 25 ans au-dessus de la rivière Nairobi, provoquant régulièrement des inondations. - © Charlotte Simonart

4000 bâtiments construits illégalement devraient être détruits d’ici fin septembre dans la capitale kényane. Les autorités ont déjà débuté les opérations. Centres commerciaux, stations services, immeubles. Rien n’est épargné. Objectif : rénover Nairobi.

Une nuit de ce mois d’août 2018, vers quatre heures du matin, des pelleteuses s’activent et débutent la destruction de l’un des plus anciens centres commerciaux de la capitale : le Ukay Mall, niché au cœur de Westlands, un quartier d’affaires. Devant des habitants médusés, poussières et gravas engloutissent en quelques heures ce bâtiment dont la construction, il y a 25 ans, a coûté plus de neuf millions d’euros. Son propriétaire a bien tenté de le sauver en saisissant la justice, sans succès. C’est l’une des destructions les plus spectaculaires de ces dernières semaines à Nairobi, quelques jours après celles d’une station service et d’un café très fréquenté de la capitale.

Des bâtiments ont été marqués à la peinture, ceux voués à la destruction pour construction illégale. Ils devraient être 4000 au total d’ici quelques semaines. La plupart bordent de trop près la rivière Nairobi et ses affluents qui traversent la ville, causant d’importantes inondations durant les saisons des pluies. Ces destructions en cascade font partie d’un vaste programme de rénovation et de développement de la capitale kényane, lancé il y a quelques mois par le président Uhuru Kenyatta.

Levée de boucliers

Si l’initiative semble louable, sa mise en œuvre fait polémique. Les plaintes de propriétaires malheureux se multiplient. Beaucoup dénoncent des méthodes de voyous et un manque d’information. Certains n’auraient pas été tenus au courant de la démolition de leur immeuble et n’auraient ainsi pas pu sauver leurs biens.

L’Association des Architectes du Kenya monte au créneau. Il y a quelques jours, sa présidente, Emma Miloyo, dénonçait l’hypocrisie du gouvernement alors que les agences gouvernementales à la manœuvre de ces destructions sont les mêmes qui ont fourni il y a quelques années les documents nécessaires à la construction de ces immeubles (notamment la NEMA, l’Autorité Nationale de l’Environnement et le Comté de Nairobi). A Nairobi, les constructions illégales sont en effet légions, favorisées par la corruption et le blanchiment d’argent à grande échelle.

Nous allons récupérer tout l'argent volé

La corruption… Uhuru Kenyatta en avait fait son cheval de bataille lors de sa première élection à la présidentielle de 2012. Mais aujourd’hui, son bilan est maigre en la matière, les scandales se poursuivent jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Alors pour son second et dernier mandat entamé il y a tout juste un an, le président kényan frappe fort et fait dans le spectaculaire. Plusieurs hauts fonctionnaires ont ainsi été arrêtés récemment sans ménagement pour "gaspillage d’argent public". Parmi eux, des membres de la direction de l’électricien Kenya Power. "Nous allons récupérer tout l'argent volé. Il n'y aura aucune pitié pour les voleurs. Leurs jours sont comptés", déclarait fin mai Uhuru Kenyatta.

Mais les Kenyans restent sceptiques, trop habitués à ces opérations coup de poing souvent non suivies d’effet. En 2017, le Kenya occupait la 143ème place sur 180 pays dans le rapport annuel de l'ONG Transparency International sur la corruption. 

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