Kaboul: "dysfonctionnements" dans la sécurité des Européens

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C'est Jean Quatremer, journaliste au quotidien français "Libération", qui a révélé cette affaire, plutôt embarrassante pour la Commission : la société chargée d'assurer la sécurité des représentants de l'Union européenne à Kaboul a été, pour le moins, négligente...

Début 2008, appel d'offre est lancé pour la réorganisation de la sécurité du personnel européen à Kaboul. C'est une entrprise britannique, Saladin Security, qui est responsable, à ce moment-là, de la sécurité du chef de délégation. Mais à l'occasion de la fin du contrat qui lie Saladin aux Européens, la DG (direction générale) Relations extérieures veut la protection de tout le contingent européen, des bâtiments, plus la fourniture du matériel. D'après "Libération", quatre sociétés proposent leurs services et c'est Page Protective Services Ltd., au nez et à la barbe de l'ancien prestataire de service Saladin, qui "curieusement" remporte le marché. "Curieusement, car elle n'a aucune expérience en zone de guerre et, surtout, elle n'est pas accéditée en Afghanistan", écrit notre confrère. Qui ajoute que Page est beaucoup plus cher que Saladin.

Le patron de la section "K" de la DG relations extérieures, le Français Thiery de Saint Maurice, "manifestement surpris" du résultat de l'attribution du marché, réunit un nouveau "comité d'évalution" en mai 2008. Même conclusion, "avec la même note, au dixième près, une coïncidence qui aurait dû attirer l'attention, tant la probabilité est minime", écrit le journaliste basé à Bruxelles.

Armes de contrefaçon, voitures non-blindées

Le contrat est lourd : 27 millions d'euros sur quatre ans. Mais dès l'arrivée de Page à Kaboul, les couacs se succèdent. La société dirigée par Stuart Page ne fournit pas les 4x4 blindés et utilise des véhicules de la Commission. Son personnel n'est équipé que de gilets pare-balles de type 3 (et non de type 4, capables d'arrêter des minutions de calibre 7,62mm) qui ne "servent à rien", raconte un témoin direct. Au lieu des M4 promis, le personnel se retrouve avec des AK47. Par la suite, des M4 arrivent, mais ce sont des faux fabriqués à Taïwan... Les feuilles de présence, en possession du "Libération", indiquent que les effectifs sont en sous-effectif constant. Les salaires versés aux employés sont sans commune mesure avec les sommes versés par la Commission. "Le droit anglais ne s'applique pas en Afghanistan", écrit la société à l'un de ses employés...

La Commission dément puis confirme

D'abord démenties, les informations de Jean Quatremer (qui, pour rappel, faisait partie du "pool" des journalistes qui ont révélé "l'affaire Cresson" qui entraîna la chute de la Commission Santer en 1999) sont confirmées par la Commission, après la colère de la patronne de diplomatie européenne, Catherine Asthon, informée par le journaliste de "Libé". Depuis un mois, l'OLAF (l'Office européen de lutte antifraude) enquête sur le contrat Page. Un haut fonctionnaire, anonyme, affirme que la situation s'est améliorée : "(...) les véhicules blindés sont arrivés (...) Nous allors rappelé à Page qu'elle doit respecter le droit du travail. Nous allons procéder à des recouvrements des sommes indûment perçues." Sauf que le journaliste-blogueur en remet une couche ce mercredi : "C'est faux. (...) les véhicules blindés sont toujours bloqués en douane, les armes n'ont toujours pas été founies, etc."

34 milliards d'euros

Pino Arlacchi, député libéral italien, a demandé une enquête de la commission du contrôle budgétaire sur cette "affaire Page" ainsi que sur l'ensemble des fonds débloqués vers l'Afghanistan, soit la somme - coquette - de 34 milliards d'euros. "Comment justifier la dépense de 27 millions deuros pour les services dune entreprise privée britannique afin de protéger la mission de lUE en Afghanistan, alors que nimporte quelle force de police européenne aurait pu sen charger avec de meilleurs résultats pour le tiers du prix ?" écrit le député dans un communiqué, repris sur le blog de "Libération", "Coulisses de Bruxelles". "Suite à ce que jai observé de visu à Kaboul et désormais confirmé par Libération, il sagit dun cas de mauvaise gestion et de gaspillage de fonds publics, qui rend plus urgente que jamais la mise en uvre de mesures de contrôle rigoureuses. Je pense quil est nécessaire maintenant déplucher toutes les dépenses effectuées par lUE en Afghanistan", souligne Pino Arlacchi.

 

HM

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