Kabila va-t-il se représenter aux élections en RDC? "L'égo d'un homme peut déterminer le destin d'une nation"

Le dépôt des candidature en vue d'élections en République Démocratique du Congo se clôture ce mercredi à 17h30 heure belge.

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Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège et auteur de nombreuses recherches sur le Congo (il est le directeur de la Cellule d’appui politologique en Afrique Centrale de l’ULG), était l'invité de La Première mercredi matin pour faire le point sur l’organisation de ces élections. 

Le président actuel, Joseph Kabila, ne peut pas se représenter pour un troisième mandat et doit désigner un "dauphin". Dans l'opposition, Felix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Jean-Pierre Bemba se sont déjà déclarés candidats. Moise Katumbi pour sa part, ancien gouverneur du Katanga, tente de rentrer au pays pour pouvoir déposer sa candidature.  

Nous sommes le dernier jour et le fameux "dauphin" n’a pas été désigné

Le chercheur ne pense pas que cette journée du 8 août soit un pas vers la démocratie. "Il y a encore une grande incertitude qui plane pour savoir qui va représenter la famille politique de Kabila. Il est assez incompréhensible que nous sommes le dernier jour et que le fameux "dauphin" n’ai pas été désigné. Ce qui augure une espèce d’instabilité, non seulement au sein de la famille politique de Kabila, mais aussi au niveau de tous les partenaires de la RDC: la communauté internationale ou les pays de la communauté africaine."

Selon lui, "la journée ne tiendra pas toutes ses promesses". Théoriquement, selon la constitution congolaise, Joseph Kabila ne peut plus se représenter pour un 3ème mandat puisqu'il a été élu en 2006 et 2011. "Nous sommes dans une situation où Kabila sait que c’est son dernier mandat et il ne fait que reculer les échéances."

Il précise: "S’il dépose finalement sa candidature, on va avoir des manifestations, des contestations, ce qui va encore retarder le processus électoral. Ce qu’il veut dire qu’il reste président."

Reculer les échéances

L’instabilité pourrait dès lors être considérée comme une manière de gagner du temps. "C’est pour ça que la communauté internationale n’est pas d’accord avec cette option."

Joseph Kabila pourrait notamment utiliser l’argument selon lequel il n'a fait qu'un seul mandat avec la nouvelle constitution, que le précédent ne compte pas et qu'il a droit à un deuxième. Cet argument a déjà été utilisé en Afrique. Mais pour le professeur, ça ne passera pas : "Tout ceux qui ont participé à la rédaction de cette constitution sont très clairs, c’est deux mandats. Peut importe les modifications qu’on veut laisser passer. Cette théorie ne tient pas la route."

Du coté de l'opposition, 3 candidats ont donc déjà déposé leurs candidatures : Jean-Pierre Bemba, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. Pour Bob Kabamba,"si on tient compte du contexte général au Congo, anti-Kabila, anti-majorité et anti-pouvoir, Kabila a très peu de chance d’être élu du fait de son bilan négatif. Celui qui a le plus de chance d'être élu lors de ces possibles élections en un seul tour, c'est Bemba."

"Des élections pas totalement transparentes"

Moise Katumbi de son côté, ancien gouverneur du Katanga, est pour l’instant coincé à la frontière zambienne, car les autorités congolaises ne veulent pas le laisser rentrer. Résultat : il ne peut pas déposer sa candidature.

"Il est clair que Katumbi, du fait de sa popularité, de son expérience et de ses moyens financiers a des chances. Le pouvoir en place ne peut pas accepter de donner le pouvoir à un opposant."

Ce qui laisse penser que ces élections ne seront pas totalement transparentes. "Ce scrutin, s'il a lieu, ne sera pas démocratique et inclusif, ce qui augure une instabilité. Tous les Congolais qui veulent participer aux élections sont censés pouvoir le faire. De plus, au niveau de l’organisation matérielle, le Congo n’a pas les moyens de vraiment organiser ces élections. Il faudrait que la communauté internationale appuie le processus. Mais on n’en est pas encore là."

J’ai du mal a croire qu’il y aura un dauphin

Ils veulent notamment utiliser le vote électronique. "Je vous laisse imaginer utiliser des machines qui n’ont jamais été testées et quoi vont être dispersées dans des villages, avec des problèmes logistiques, de courant, de communication. Des gens sont impatients d’aller voter, ils vont parfois faire des heures de déplacement pour aller voter. Ils vont arriver au bureau de vote mais les machines ne fonctionnent pas. Ils vont se révolter et il n’y aura pas de vote. On aura un chaos le 23 décembre si les élections sont organisées dans ces conditions."

Les élections en RDC font toujours l’objet de débats passionnels car "il y a une souffrance dans la population et une envie de changement". Mais la situation actuelle ne signifie pas pour autant que la démocratie est inaccessible. "Ici, le problème, c’est que l’égo d’un homme peut déterminer le destin d’une nation."

Pour lui, il faut compter sur la convergence internationale, "qui a intérêt à ce que le Congo soit stable." Mais il le répète, "j’ai du mal a croire qu’il y aura un "dauphin".

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