Jusqu'où Vladmir Poutine ira-t-il en Ukraine? Trois questions à A. Merlin

Que va-t-il se passer maintenant que la Crimée est sur le point d'être annexée à la Russie ? Vladimir Poutine va-t-il vouloir absorber d'autres régions d'Ukraine ?

Tout dépend de son ambition et de l'enjeu réel de ce référendum pour lui. Si l'annexion effective de la Crimée par la Russie suffit aux autorités russes pour atteindre leur objectif qui peut être de déstabiliser les nouvelles autorités à Kiev et de s'assurer que l'Ukraine ne se tourne pas trop vers l'Union Européenne et vers l'occident en général, peut-être que les choses peuvent s'arrêter là.

Mais si l'annexion de la Crimée ne suffit pas, on sait qu'il y a des troupes russes qui sont massées à la frontière ukrainienne, on sait qu'il y a des troubles dans l'est de l'Ukraine (qui est plus largement peuplée de populations dites russophones que dans l'ouest ou dans le centre de l'Ukraine) et dans ce cas-là, il est possible que des déstabilisations se prolongent et se développent dans l'est de l'Ukraine.

Les sanctions auxquelles s'expose Vladimir Poutine pourraient-elles refroidir ses ardeurs ?

C'est difficile à dire. Les autorités russes semblent sourire et ne pas être atteintes par la question des sanctions. Dans le même temps, ces sanctions peuvent avoir de réelles conséquences, en particulier sur l'économie russe. On sait d'ailleurs que des chefs d'entreprise russes sont très très inquiets de l'impact que ces sanctions pourraient avoir et qu'un certain nombre d'hommes d'affaires russes ont demandé à rencontrer le premier ministre russe, Monsieur Medvedev, pour exprimer leurs craintes.

Donc, se montrer insensible, en termes politiques, en jouant le bravache sur la scène internationale, est une chose mais prendre acte de réelles conséquences qui pourraient affecter l'économie russe en est une autre; économie russe qui, par ailleurs, se trouve dans une passe assez difficile puisque les projections de l'économie russe sont assez inquiétantes, on n'est plus du tout dans des projections de croissance pour 2014 et 2015, la Russie souffre de façon criante d'un manque d'investissements et on sait que l'argent russe quitte la Russie. Et la crise ukrainienne ne fait que redoubler les fuites de capitaux russes à l'extérieur de la Russie.

Comment le pouvoir ukrainien peut-il réagir ? Il est impuissant aujourd'hui, sans la communauté internationale ?

Le pouvoir ukrainien est à la fois très prudent et très fragile. Il est d'autant plus fragile que, pour l'instant, il n'est pas légitimé par les urnes et que donc il faut attendre le 25 mai pour que sorte des urnes un nouveau pouvoir. Ce pouvoir en Ukraine tente de rester extrêmement serein et calme par rapport à ce que l'on peut difficilement appeler autrement que des provocations. Donc, le pouvoir ukrainien essaye de miser sur la diplomatie et sur le dialogue politique mais, en même temps, c'est sûr qu'il est extrêmement fragile.

On a réellement un rapport de force à la fois en termes militaires (l'armée ukrainienne est extrêmement fragile) et ensuite il est évident que la mission que s'est assignée Kiev est de ne surtout pas répondre par la violence à ces diverses tentatives de déstabilisation. Donc, Kiev se trouve dans une logique de négociations et d'appels aux Européens et à l'occident en général et, en même temps, doit, jour après jour, faire face à ce qui se passe, avec des disparitions (sur la péninsule de Crimée, il y a neuf personnes qui sont portées disparues), des arrestations et des passages à tabac de journalistes, des arrestations de militants pro-Maïdan... donc pour les autorités de Kiev, il y a là un défi en termes de méthode et de pratique que ces autorités-là essayent, pour l'instant, absolument d'appliquer.

Propos recueillis par Christophe Grandjean

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK