"Jurassic Park", "Star Wars"… Le succès retrouvé des affiches de films kitsches du Ghana

"Des fois, j’allais voir le film pour réaliser l’affiche mais des fois je ne l’avais même pas vu", sourit Daniel Jasper.
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"Des fois, j’allais voir le film pour réaliser l’affiche mais des fois je ne l’avais même pas vu", sourit Daniel Jasper. - © Dylan GAMBA

Les couleurs sont criardes, avec une prédominance pour le rouge et le bleu. Au premier plan, un homme à moto. En arrière-plan, sur fond d’explosion, un autre homme tient un pistolet. Les traits des visages sont grossiers, difficilement reconnaissables. Pourtant, en haut de l’affiche, on peut lire : "Mission : Impossible". Il fallait donc ici identifier Tom Cruise. Sur une autre, faisant la publicité du film "Jurassic Park", on peut voir un diplodocus engloutir un homme avec en premier plan un homme tenant… un club de golf.

Des années 70 jusqu’au début des années 2000, c’est grâce à ce genre d’affiches kitsch – pour lesquelles il faut parfois s’y prendre à plusieurs fois avant d’identifier le film – que les Ghanéens étaient invités à aller voir des œuvres venues d’Hollywood, de Nollywood (cinéma nigérian) ou bien encore de Bollywood.

"Parfois je n'avais même pas vu le film"

A cette période, il n’y avait pas de cinémas. Les films se voyaient dans de petites salles itinérantes. Et pour attirer le chaland, les dirigeants de salles commandaient des affiches à des artistes, qui la plupart du temps n’avaient même pas vu le film en question.

Daniel Jasper a durant de nombreuses années vécu grâce à ces posters. Aujourd’hui âgé de 54 ans, il travaille dans son atelier situé à Teshie, un quartier populaire à l’est de la capitale Accra. Au rez-de-chaussée, plusieurs de ses apprentis sont à pied d’œuvre. Daniel travaille à l’étage, la radio allumée, et il met la dernière touche à un tableau représentant un guerrier africain.

"J’ai commencé en 1987 à faire des affiches de films", témoigne-t-il. "Nous n’avions pas encore les affiches numériques et les dirigeants de salles itinérantes faisaient appel à nous pour faire la publicité des films", poursuit-il. Pour réaliser les affiches, il pouvait se baser sur l’original. Mais pas toujours. "Des fois, j’allais voir le film pour réaliser l’affiche, mais, des fois, je ne l’avais même pas vu", sourit Daniel Jasper.

Exposées dans des galeries occidentales

Le temps était compté pour réaliser les affiches. "Ceux qui nous commandaient les affiches nous mettaient la pression et nous n’avions souvent que trois ou quatre jours pour finir la commande", se souvient-il, évoquant cette période avec "nostalgie". Selon la taille de l’affiche, Daniel Jasper était payé entre 150 et 200 cédis (entre 25 et 30 euros). L’activité s’arrête pour lui en 1998 avec l’arrivée des affiches numériques.

Mais depuis plusieurs années, ces affiches kitsch attirent de plus en plus. Des expositions organisées aux Etats-Unis ou bien encore en Angleterre ont souligné leur attrait. Dans les galeries occidentales, certaines œuvres se négocient aujourd’hui autour de 2000 dollars. "Aujourd’hui, j’ai de nombreux touristes qui viennent d’un peu partout visiter mon atelier pour acheter des affiches", souligne Daniel Jasper.

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