Arrêté à Londres, Julian Assange s'opposera à la demande d'extradition américaine

Arrêté à Londres, Julian Assange s'opposera à la demande d'extradition américaine
Arrêté à Londres, Julian Assange s'opposera à la demande d'extradition américaine - © TOLGA AKMEN - AFP

Le fondateur du site lanceur d'alertes WikiLeaks, Julian Assange, a été arrêté ce jeudi à Londres.

C'est la police britannique qui l'annonce par la voie du secrétaire au Home Office, Sajid Javid. "Près de 7 ans après être entré à l'ambassade équatorienne, je peux confirmer que Julian Assange est actuellement en garde à vue et fera face à la justice au Royaume-Uni", a-t-il tweeté, ajoutant "personne n'est au-dessus des lois".

Il a été présenté jeudi en début d'après-midi devant un tribunal londonien. L'Australien est entré dans une salle d'audience du tribunal de Westminster, chemise et veste foncées, esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse.

Il également été arrêté au terme "d'une demande d'extradition" des autorités américaines, a annoncé la police britannique dans un communiqué. Le ministère américain de la Justice révèle qu'il est inculpé de "piratage informatique". 

Cette peine est passible d'une peine maximum de 5 ans de prison, précise le ministère dans un communiqué. Selon l'acte d'inculpation, qui était jusqu'ici sous scellés, l'Australien est accusé d'avoir accepté d'aider l'ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense.

Quand il a accepté de l'aider, "Manning avait déjà fourni à Wikileaks des centaines de milliers de documents confidentiels" relatifs aux actions de l'armée américaine en Afghanistan et en Irak "dans le but de les rendre publics sur le site" de l'organisation, selon ce document. Chelsea Manning, qui était le soldat Bradley Manning lors de cette fuite géante en 2010 et 2011, a été placée en détention il y a plus d'un mois, parce qu'elle refusait de répondre aux questions du grand jury chargé de superviser l'enquête sur Wikileaks.

La police invitée à pénétrer dans l'ambassade

Julian Assange, réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres depuis 2012, a été arrêté par des agents du service de la police métropolitain (MPS) au sein de celle-ci. La police britannique dit avoir été invitée à pénétrer dans l'ambassade d'Equateur à Londres, ce pays ayant mis fin au statut d'asile dont bénéficiait le lanceur d'alerte.

Cheveux et barbe blanche, Julian Assange a été porté hors de la représentation diplomatique équatorienne peu après 09h00 GMT par six policiers habillés en civil jusqu'à un fourgon de police. Lors de son arrestation musclée, le lanceur d'alertes à crié "UK must resist ! (La Grande-Bretagne doit résister !)".

Déjà présenté devant le tribunal

Quelques heures après son arrestation Julian Assange a été reconnu coupable ce jeudi après-midi par le tribunal de Westminster, à Londres, d'avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, un délit passible d'un an de prison.

L'Australien de 47 ans a été arrêté jeudi en vertu d'un mandat de juin 2012 délivré par la justice britannique, pour non présentation au tribunal, et d'une "demande d'extradition américaine", selon la police britannique. Une autre audience concernant la demande d'extradition américaine aura lieu le 2 mai. Julian Assange va "contester et combattre" la demande d'extradition américaine, a déclaré à des journalistes son avocate Jennifer Robinson à l'issue de la comparution de son client devant le tribunal londonien.

Le site Wikileaks déclare que l'Equateur "a mis fin illégalement" à l'asile politique qui lui avait été accordé.


>>Á lire aussi : Réactions en chaîne à l'arrestation de Julian Assange 


 

Retrait de nationalité

Assange s'était réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres en juin 2012 pour ne pas avoir à être envoyé en Suède où il était accusé de viol en 2010. L'affaire de viol a été close, mais un mandat d'arrêt britannique était toujours en cours pour non-respect de ses engagements en matière de liberté conditionnelle. 

La nationalité équatorienne de Julian Assange lui a également été retirée, a annoncé à Quito le ministre des Affaires étrangères, José Valencia. "Les effets de la concession (en 2017, ndlr) de la nationalité équatorienne à Julian Assange ont été suspendus hier (mercredi) sur résolution du ministère des Affaires étrangères, en raison de plusieurs irrégularités découvertes dans sa procédure", a rajouté Valencia au cours d'une conférence de presse.

Dans la foulée de son arrestation, l'avocate de la femme qui accuse Julian Assange de viol a indiqué qu'elle allait demander au parquet la réouverture de l'enquête. "Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l'enquête suédoise et qu'Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol", a déclaré Elisabeth Massi Fritz à l'AFP. "Tant que le crime ne sera pas prescrit, ma cliente garde l'espoir que justice sera faite", a-t-elle ajouté.

Après lui avoir accordé la naturalisation en décembre 2017, l'Equateur avait demandé à Londres de reconnaître le fondateur de WikiLeaks comme étant un agent diplomatique, ce qui l'aurait fait bénéficier de l'immunité lui permettant de quitter l'ambassade sans être arrêté. Mais le Royaume-Uni avait rejeté cette requête.

Le président équatorien, Lenin Moreno, avait souligné jeudi que Quito avait bien retiré à Julian Assange son statut d'asile diplomatique en raison de violations répétées des conventions internationales.

Lanceur d'alerte

Julian Assange avait fondé WikiLeaks en 2006, qui s'est fait connaître du grand public trois ans plus tard avec la publication de centaines de milliers de messages de bipeurs envoyés aux Etats-Unis le 11 septembre 2001.

L'ONG est ensuite allée crescendo dans ses révélations, publiant la vidéo d'une bavure de l'armée américaine en Irak, puis des milliers de documents militaires sur l'Afghanistan.

Au total, le site revendique avoir publié "plus de 10 millions de documents" concernant la finance, le divertissement ou la politique.

Depuis, Julian Assange craignait depuis de sortir de l'ambassade et d'être arrêté, puis extradé vers les Etats-Unis pour avoir diffusé via WikiLeaks ces milliers de documents confidentiels.

La Une et La Trois bousculent leur programmation ce jeudi soir et proposent un documentaire exceptionnel: "Garzon-Assange. Le juge et le rebelle".

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