Juan Branco: le débat national, un "show d'Emmanuel Macron et ses ministres face à la population"

À seulement 29 ans, l'avocat Juan Branco est conseiller juridique de Julian Assange de de Wikileaks. Sur son CV figurent aussi sa collaboration avec procureur de la Cour pénal internationale et sa virulence envers Emmanuel Macron et le pouvoir actuel en France. Fervent défenseur des gilets jaunes, il était l'invité de Matin Première ce 20 février.

Depuis le 17 novembre, le mouvement des gilets jaunes "bat le pavé" à Paris et dans toute la France. Ce dimanche encore, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans la rue pour signifier leur mécontentement au gouvernement français. En marge de cette mobilisation, des attaques contre les forces de l’ordre contre des élus locaux, ou des injures antisémites. Malgré les bavures, Juan Branco se dit admiratif de l'émergence de ce mouvement. "Pour la première fois depuis 40 ans, des personnes qui ne sont pas du tout représentées politiquement en France ont la possibilité de retrouver le droit à la parole", indique-t-il.

Selon lui, c'est le manque de représentativité à l'Assemblée Nationale qui a permis au mouvement d'accoucher. Il pointe un taux de 1% de représentants occupant une fonction d'ouvrier ou d'employé contre un taux de 30% de la population française globale. "Cela crée un écart symbolique très important", juge l'avocat.

Gilets jaunes: un mouvement fluctuant

Cet écart ne serait rien sans les conséquences politiques de ce manque de représentativité qu'il dénonce. "Le mouvement initial qui était sur la taxe carburant, cette taxation du diesel pour financer allègement des charges, principalement des grandes entreprises. C'état un mouvement de révolte pour dire 'stop'", explique le Français d'origine espagnole. "Il y a eu déjà la réduction des impôts sur la fortune et toute une série de mesures qui étaient fiscalement en faveur des plus riches et un transfert de ressource de la part de la majorité de la population vers les plus aisés." Mais au fil des mois, le mouvement s'est mué pour demander un "approfondissement démocratique, car ils considéraient que la cause de ces politiques injustes étaient que leurs paroles n’étaient plus portées", raconte Juan Branco.


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Qu'en est-il alors des accusations d'antisémitismes qui planent au dessus du mouvement ? L'homme appelle à ne pas tous mélanger. "Je pense que le mouvement est largement composé de personnes qui n’étaient pas engagés politiquement avant d’entrer dans les gilets jaunes. Ce qui est certain, c’est qu’il y a des groupuscules qui essayent de s’emparer du mouvement et de s’y insérer. Ces parasitages très violents ne disent rien de la nature du mouvement, martèle-t-il. Les porte-paroles des gilets jaunes ont tous condamné très fermement les agressions et les actes antisémites, homophobes, racistes."

"Les médias obnubilent sur les incidents"

Il pointe aussi le traitement médiatique qui fonctionne comme une vitrine. "Quand les télévisions se concentrent sur un incident ou deux qui ont lieu à des endroits particuliers, ils obnubilent les masses qui, depuis 14 semaines, se mobilisent." Il raconte que les cortège de Paris sont "extrêmement pacifistes". "Qu’il y ait eu un incident à la marge et qu’à la fin, il y ait eu quelques caillassages sur les forces de l’ordre ne dit rien du fait que pendant quatre heures, des milliers de personnes se sont mobilisées dans les rues."

L'objectif est-il alors de secouer le pouvoir ? Non, répond l'avocat. "Il y a une volonté de 'responsabiliser' le pouvoir et de prendre en compte les populations qui ont été écrasées lors de ce dernier mandat. On le voit dans la façon dont elles ont été traitées, dans la façon dont les violences ont été organisées par la police pour ne pas donner de réponses politiques." Ce qu'il dénonce c'est un "étouffement" des gilets jaunes, via une "réponse policière" qui, selon lui, a engendré plus de 200 blessures "de guerre". "Qu’il n’y ait pas eu de responsabilité prise à partir de là, pour moi, c’est ça le scandale démocratique majeur."

Le "show" du débat national

En réponse aux revendications populaires, le président Emmanuel Macron organise, depuis le début la fin du mois de janvier, un "Grand débat national". Un concept qui fait bondir Juan Branco : "On a quelqu’un qui a annoncé dès le départ qu’il ne changerait rien au fond de sa politique et qui organise, aux frais de l’Etat, un meeting quotidien pour relégitimer son pouvoir." 


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Il qualifie cette initiative de "mise en scène d’Emmanuel Macron et de ses principaux ministres face à la population" dans des "shows où ils donnent leur version de ce qu’il se passe et répondent aux questions mais sans aucun moment apporter une réponse politique".

 

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