Journée internationale contre l'utilisation des enfants-soldats, un thème porté par la Belgique à l'ONU

Certains ont moins de dix ans et sont en première ligne de conflits armés dans des pays comme le Myanmar, la Colombie ou encore la République Démocratique du Congo. Des milliers d’enfants-soldats, filles et garçons, sont utilisés dans les combats entre groupes armés ou milices.

Ils naissent souvent dans des milieux défavorisés : extrêmement pauvres, exilés, séparés de leurs familles… Ces conditions de vie les rendent vulnérables et donc plus faciles à recruter, voire à enlever. C’est souvent vers l’âge de 7 ou 8 ans qu’ils sont enrôlés, afin d’être entraînés militairement. Privés d’éducation, ils deviennent de redoutables combattants et la guerre, normalisée, devient leur quotidien.  

Pas seulement soldats

Au qualificatif d’enfant-soldat, les associations comme UNICEF ou Amnesty International lui préfèrent le terme "d’enfant associé à une force ou à un groupe armé". En effet, l’utilisation de ces jeunes garçons et ces jeunes filles n’est pas limitée au strict port d’une arme ou à leur participation dans les conflits : ils sont parfois recrutés pour devenir espions, messagers, porteurs ou encore cuisinier. 

Certains d’entre eux sont même utilisés comme boucliers humains ou comme objets sexuels dans le cas des  filles, dont les droits sont doublement bafoués. Le port d'une arme n'est donc pas la seule condition au qualificatif d'enfant-soldat. L’objectif du groupe ou de la milice armée est de grossir les rangs, peu importe la fonction que ces enfants y exercent.

Jusqu’en 2008, Amnesty International estimait à 300.000 le nombre d’enfants enrôlés dans les conflits. Actuellement, l'ONG estime qu'il est impossible de connaître précisément l’ampleur du phénomène, puisque les groupes armés se multiplient aux quatre coins du monde et agissent forcément dans l’illégalité.

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Un jeune garçon soldat tchadien au camp de Bangui, République centrafricaine. © Tous droits réservés

Le cas de la République démocratique du Congo

Selon Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International, la Belgique a toujours été attentive à cette problématique. Et spécialement dans le cas de la République démocratique du Congo, où la situation est gravissime.

L'UNICEF et les associations partenaires estiment que rien que dans la région du Kasaï, à l'est du pays, entre 5000 et 10.000 enfants sont enrôlés dans les milices. D'autres régions sont également concernées, comme les provinces du Nord et du Sud-Kivu, l'Ituri ainsi que celle du Tanganyika. L'est de la RDC, riche en minerais, est devenu depuis vingt ans le terrain de l'affrontement des groupes armés. 

La Belgique a choisi de placer ce thème à l'agenda du Conseil de sécurité de l'ONU, dont elle assure la présidence durant tout le mois de février 2020.

Analyse de la situation à l'échelle mondiale

Selon le dernier rapport de l'ONU, l'utilisation d'enfants-soldats se pratique dans 23 pays du monde. 

Un tiers des enfants-soldats se trouve en Afrique. En effet, le centre du continent est gangrené par des affrontements entre groupes armés qui ont recours à la mobilisation d'enfants. Les pays concernés sont notamment le Tchad, le Sud Soudan, la République Démocratique du Congo, la République centrafricaine ou plus récemment, le Mali.

En Asie, le plus grand nombre d'enfants-soldats est présent en Myanmar, ancienne Birmanie. Le pays les utilise au sein des forces armées gouvernementales. On retrouve également le recours à cette pratique en Thaïlande, aux Philippines ou en Afghanistan.

Au Moyen-Orient, où l'intensification des conflits est une réalité, les enfants sont de plus en plus recrutés. Leur présence dans les forces armés est attestée dans des pays comme l'Irak, la Syrie ou encore le Yémen.

En Amérique du Sud, le gouvernement colombien a entrepris, depuis la paix signée avec les Forces Armées Colombiennes (FARC), une grande entreprise de démobilisation de ces enfants. Seulement, certains sont encore mobilisés dans de petits conflits sur le territoire. Il est actuellement impossible d'en déterminer le nombre. 

"Prendre une Kalachnikov et tuer. Je ne sais rien faire d'autre"

Dans les combats armés, certains enfants-soldats n'ont pas d'autre tâches que de tuer. Ils sont acteurs malgré eux de ces conflits. Drogués de force ou alcoolisés, ils sont forcés de commettre des crimes ou des viols. Ils subissent également des menaces ainsi que du harcèlement moral dans le cas où ils décideraient de fuir. 

L'objectif pour les groupes armés est d'augmenter le nombre de leurs membres : les enfants sont donc directement mobilisés dans les combats et sont en première ligne des conflits. "Ils sont venus, ils ont tué mon père. Ils m'ont dit "si tu ne viens pas avec nous on te tuera aussi". On participait aux combats, on mettait le feu à des villages, on enlevait des femmes et leurs filles. Aujourd'hui, prendre une Kalachnikov et tuer, c'est la seule chose que je sais faire." explique témoigne David à l'ONG Human Right Watch.

Sur le terrain, les ONG comme le BVES (Bureau pour le Volontariat au service de l'Enfance et de la Santé) active en Afrique centrale, tentent d'identifier les coupables, de démobiliser les enfants et de les réintégrer dans leur environnement d'origine. La prévention peut également permettre d'endiguer la situation : l'accès à l'éducation, aux soins de santé et à un environnement sécurisant peut éviter à ces jeunes de croiser la route d'une milice armée, ou les dissuader d'en faire partie. 

Les groupes armés agissent dans l'ombre. Il est donc très difficile de rendre compte de l'ampleur du problème ainsi que du nombre d'enfants enrôlés dans les conflits. Selon Philippe Hensmans : "Il faut mettre la pression sur les gouvernement et intensifier les sanctions pénales à l'encontre des responsables, notamment via la Cour pénale internationale". Cet organe est compétent dans le cadre de la lutte contre l'utilisation des enfants-soldats, puisqu'il peut enquêter ainsi que juger les responsables de crimes de guerre dans n'importe quel pays.

 

La Belgique face à ses responsabilités

Alors que le roi Philippe s'exprime ce mercredi à l'ONU concernant la protection des enfants lors des conflits armés, l’État belge est face à ses responsabilités. En effet, environ 40 enfants belges nés en Syrie sont actuellement bloqués dans les camps, en première ligne des conflits et vivent dans des conditions abominables.

La Convention internationale des droits de l’enfance contraint la Belgique à les rapatrier, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, ils doivent être protégés et ont droit à un mode de vie décent. Les camps, la peur, les traumatismes, la privation de sécurité et d’éducation sont pour l’instant leur lot quotidien. De plus, c’est dans l’intérêt de la communauté internationale de voir ces enfants pris en charge.

"Ce sont de véritables bombes à retardement. Ces enfants sont traumatisés et nourris à la violence et si nous les laissons dans cette situation, ils peuvent devenir de plus en plus dangereux", explique Philippe Hensmans. "Ces enfants sont intoxiqués et il faut, lorsqu'ils sont démobilisés, les intégrer dans leur communauté d'origine le plus rapidement possible". La réinsertion est un moment clé dans la vie de ces enfants, afin qu'ils puissent jouir de leurs droits prévus par les traités internationaux. 

Le 11 décembre dernier, un jugement des référés de Bruxelles statuait sur l'obligation de la Belgique à fournir l'assistance consulaire à dix enfants en Syrie. Parmi les documents requis, des papiers d'identités et des documents administratifs leur permettant de rentrer en Belgique. Les astreintes en cas d'inactions sont fixées à 5000€ par jour. Le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin a finalement ré-affirmé ce mardi la volonté de rapatrier tous ces enfants, sans exception. 

Archive du 03/11/2016 - Témoignage d'un enfant soldat ex-otage de l'EI

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