Journée des droits de la femme: une marche mondiale tant bien que mal

La mobilisation a été mondiale, comme ici à Madrid, en ce 8 mars.
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La mobilisation a été mondiale, comme ici à Madrid, en ce 8 mars. - © OSCAR DEL POZO - AFP

A travers le monde des milliers de femmes se sont rassemblées, même si de nombreux événements ont été annulés en raison des craintes liées au coronavirus.

En Asie, entre féminisme et coronavirus on s’organise

 

En Asie des Philippines au Pakistan des manifestations ont eu lieu. Des marches ont eu lieu en Thaïlande, en Indonésie ou aux Philippines. En Inde, un marathon exclusivement féminin qui était prévu a été annulé.

En Corée du Sud, pays qui compte le plus de cas de contaminations après la Chine, de nombreux événements ont également été annulés à cause de l’épidémie. "Bien que nous ne puissions physiquement être ensemble, notre détermination à obtenir l’égalité entre les femmes et les hommes est plus forte que jamais", a déclaré dans une vidéo la ministre de l’Egalité Lee Jung-Ok. De nombreuses organisations féministes avaient opté pour des actions en ligne plutôt que pour des rassemblements physiques, en se ralliant notamment derrière les hashtags #FemaleStrike, #PowerUp ou #38InternationalWomensDay pour tenter d’en sensibiliser davantage à la cause de l’égalité hommes-femmes.

En Thaïlande, à Bangkok, des manifestantes ont demandé une meilleure protection sur les lieux de travail pour lutter contre l’épidémie. Mais le nombre de personnes présentes était moins élevé que l’année précédente, et ce en raison de la peur du virus.

Aux Philippines, des centaines de femmes et d’hommes se sont aussi rassemblées à Manille où ils ont même brûlé une effigie du président philippin Rodrigo Duterte, accusé de misogynie. "La pauvreté et les violences dont les femmes sont victimes s’aggravent", a déclaré à l"AFP Joms Salvador, du mouvement féministe Gabriela. "Nous avons beau avoir 37 lois relatives aux droits des femmes, la violence se généralise dans les faits, que ce soit sous la forme de violence conjugale, de harcèlement sexuel ou de viols."

A Jakarta, en Indonésie, environ 600 personnes, certaines maquillées aux couleurs de l’arc-en-ciel, ont demandé au gouvernement l’abrogation de loi critiquée comme discriminatoire et l’adoption de lois contre les violences sexuelles et pour la protection des domestiques.

En Chine, épicentre d’une épidémie qui a fait plus de 3500 morts sur la planète, la télévision publique avait choisi de souligner le travail des femmes en première ligne du combat contre la maladie du Covid-19.

Zoom sur le très patriarcal Pakistan

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Lahore, dans le nord-est du Pakistan. "Donnez-nous ce qui nous appartient !", scandait la foule, alors que la société pakistanaise est particulièrement conservatrice. "Nous voulons la liberté."

Un millier de femmes ont défié ce dimanche à Islamabad la société ultra-patriarcale pakistanaise en manifestant pour leurs droits, parfois sous les pierres et bâtons lancés par des opposants.

Parallèlement, une autre marche rassemblait des femmes voilées proclamant leur "liberté de vivre selon la charia".

Dans une société dominée par les hommes et où les femmes sont encore tuées par balle, au couteau, étranglées, lapidées ou brûlées pour avoir "sali l’honneur" de leur famille, les rares manifestations en faveur des droits des femmes sont généralement mal accueillies.

Nous sommes libres de mener nos vies selon la charia

A Islamabad, des conservateurs ont lancé des bâtons et des pierres sur les manifestantes, en blessant certaines et en forçant d’autres à se mettre à l’abri jusqu’à ce que la police intervienne.

La manifestation s’est terminée dans un parc, face à la marche "anti-féministe" des islamistes, séparées seulement par une barrière fragile et un cordon de policiers.

"Les femmes au Pakistan sont toujours considérées comme la propriété des hommes", explique à l’AFP l’une des manifestantes pro-droits, Tahira Maryum, 55 ans.

De l’autre côté de la barrière, Ismat Khan, 33 ans, les accuse d’être "naïves" et exploitées par "le lobby juif". "Nous sommes libres de mener nos vies selon la charia", ajoute-t-elle.

Des manifestations réclamant plus de droits pour les femmes ont également eu lieu dans d’autres villes du Pakistan. Elles étaient un millier également à Karachi, et plusieurs centaines à Lahore, à réclamer "Donnez-moi ce qui est à moi" et "Nous voulons la liberté".

A Sukku, dans le sud, des femmes se sont rassemblées en guise de protestation près du fleuve Indus. C’est souvent là qu’on retrouve les corps de femmes ayant été tuées "pour l’honneur".

Ces derniers temps, des opposants avaient tenté de faire interdire ces marches, et un parti politique religieux avait prévenu qu’il comptait les empêcher "à tout prix".

Sur Twitter, la journée était dominée à la fois par les hashtags "Bonne journée de la femme 2020" et "MonVoileMonChoix".

Dans l’Afghanistan voisin, seule une poignée de femmes sont descendues dans la rue pour manifester.

Au Soudan, les femmes à l’avant-garde de la contestation

 

Elles avaient été à l’avant-garde de la contestation du régime du président Omar el-Bechir. Mais, onze mois après sa chute, des militantes soudanaises se disent déçues par le peu d’empressement des nouvelles autorités à améliorer leurs droits.


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Et c’est pour crier haut et fort leur frustration que des dizaines de ces militantes ont manifesté ce dimanche, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, devant le siège du ministère de la Justice à Khartoum.

Elles ont remis à un représentant du ministère une lettre demandant l’abolition ou l’amendement de plusieurs lois jugées discriminatoires à l’égard des femmes, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

"Rien de concret n’a été fait pour satisfaire aux revendications des femmes", constate ce samedi avec amertume Zeineb Badreddine, dans sa modeste maison d’Omdourman, ville jumelle de Khartoum, sur l’autre bord du Nil.

C’est à cette militante de la première heure, qui a réintégré l’enseignement 30 ans après avoir été licenciée pour ses "idées progressistes" par le régime islamiste d’Omar el-Béchir, qu’est revenu l’honneur de conduire la manifestation à Khartoum.

Le premier grief fait par cette militante aux nouvelles autorités est la faible représentation des femmes au sein du gouvernement.

Le Premier ministre Abdallah Hamdok, au pouvoir depuis six mois, a confié quatre des 17 postes ministériels à des femmes, dont celui régalien, des Affaires étrangères.

Une femme a été nommée à la tête du pouvoir judiciaire et le Conseil souverain, la plus haute instance du pouvoir, est formée de cinq militaires, et de six civils, dont deux femmes. "Notre représentation ne dépasse pas les 22% […] et si les femmes avaient eu une meilleure représentation, elles auraient eu plus de voix pour défendre leur cause", regrette Zeineb Badreddine.

En novembre 2019, les nouvelles autorités ont abrogé une loi sur l’ordre public visant les Soudanaises jugées coupables d'"actes indécents et immoraux", mais le reste de l’arsenal discriminant les femmes est resté en place et aucune législation nouvelle les protégeant n’a été mise à l’œuvre.

Sous le régime islamiste, de nombreuses femmes ont été flagellées en public ou emprisonnées pour avoir porté une tenue jugée "indécente" ou pour avoir consommé de l’alcool en application de cette loi.

Au Kirghizstan, arrêtées "pour leur sécurité"

La police kirghize a arrêté des dizaines de femmes manifestant ce samedi contre les violences de genre, après que des hommes masqués les eurent attaquées, selon un correspondant de l’AFP.

Dès le début de la manifestation, des hommes masqués et coiffés de chapeaux traditionnels ont attaqué les manifestantes, arrachant leurs pancartes et leur lançant des œufs avant de prendre la fuite.

La police a ensuite arrêté des dizaines de femmes, affirmant que c’était à la fois pour leur propre sécurité et parce que la police n’aurait pas été prévenue de ce rassemblement. Trois hommes assaillants ont été arrêtés mais ceux qui ont pris la fuite n’ont pas été poursuivis par la police.

"Des affrontements ont commencé entre les manifestants et des hommes portant des masques", a déclaré à l’AFP Erlan Atantaïev, chef adjoint du commissariat de Sverdlovski (un quartier de Bichkek) où les femmes ont été emmenées.

"Nous avons arrêté (les femmes) pour violation de l’ordre public", a-t-il ajouté, avant d’indiquer que toutes les manifestantes avaient été libérées quelques heures plus tard mais que certaines pourraient avoir des amendes pour avoir résisté à la police.

En RDC, recentrer le débat

"Halte au folklore" et à "la Fête du pagne": les féministes de la République démocratique du Congo et du Congo-Brazzaville ont tenu à rappeler ce dimanche le vrai sens de la Journée internationale des droits de la femme.

A Kinshasa, le 8 mars prend parfois des allures de fête et d’opérations marketing, à l’instar de cet hôtel qui proposait ce dimanche un "fantastique brunch" avec "une réduction de 10% pour les femmes uniquement".

"Cette journée se réduit à l’exhibition du port de pagne ou à l’organisation de défilés devant des officiels, eux-mêmes très peu au fait du sens du 8 mars", déplore le quotidien le Potentiel.

"Le 8 mars n’est pas la fête du pagne !" répète en écho de l’autre côté du fleuve les Dépêches de Brazzaville, principal quotidien de la République du Congo.

En Italie, hommage aux femmes malgré le coronavirus

 

Dans un pays paralysé par l'épidémie de coronavirus, le président Sergio Mattarella a dans un message vidéo "rendu hommage aux femmes, et elles sont nombreuses, qui travaillent dans les hôpitaux .. dans les "zones rouges" (en quarantaine) pour lutter contre la propagation du virus".

Mobilisation en Belgique

Environ 6300 personnes ont manifesté à Bruxelles ce dimanche. Une des associations participantes, le Collecti.e.f 8 mars, a appelé les femmes de Belgique à arrêter toute forme de travail les 8 et 9 mars, sous le slogan "On s'arrête toutes, on arrête tout, on s'arrête partout", afin de dénoncer les inégalités et la discrimination.

Dans le monde, en 2019, les femmes se sont mobilisées

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