Jour d'élections au Canada: pourquoi Justin Trudeau est-il menacé?

Un peu plus de 27 millions de Canadiens sont appelés aux urnes ce lundi pour les élections fédérales. Justin Trudeau et son Parti libéral briguent un second mandat à la tête du pays. Il y a quatre ans, l’homme avait remporté une victoire électorale éclatante. On vantait la personnalité de ce jeune leader, il suscitait beaucoup d’espoir, or il semble que cet espoir ait quand même été déçu. C’est en tout cas ce qui ressort de la campagne électorale.

Analyse de notre correspondante Fiona Collienne depuis Ottawa.

Un fossé entre la popularité de Justin Trudeau en 2015 et aujourd’hui

Le contexte

En 2015, le Canada sort alors de neuf ans de gouvernement conservateur et Justin Trudeau se présente, mène une excellente campagne et parvient à faire revenir les libéraux au pouvoir (les libéraux au Canada sont le parti de centre gauche : NDLR), sa victoire est éclatante, tout le monde vante ce jeune leader charismatique, très bon en communication et qui promet du changement.

Il promet d’être un champion de la défense de l’environnement, un féministe, il promet aussi la réconciliation avec les peuples autochtones et il donne une image de leader positif qui veut changer la manière de faire de la politique. À ce moment-là, Justin Trudeau séduit au Canada, mais aussi à l’étranger. Pendant les deux premières années de son mandat, c’est un peu la Trudeau mania.

En 2017, il fait même la couverture du magazine Rolling Stones, avec ce titre sous forme de question-choc pour le public américain : pourquoi ne peut-il pas être notre président ? Mais sur la deuxième moitié de son mandat, les critiques se sont multipliées.

D’abord, Trudeau a connu des maladresses dans ces voyages à l’étranger, puis il a abandonné l’idée de réformer le système électoral alors qu’il l’avait promis et il est accusé d’avoir fait pression sur sa ministre de la Justice pour éviter un procès à une grande entreprise. Tout cela a nui à son image et certains estiment que son bilan, qui est tout de même bon sur bien des aspects, est finalement décevant par rapport à tout ce qu’il avait promis.

L’environnement

La lutte contre les changements climatiques était vraiment au cœur des promesses des libéraux et de Trudeau en 2015. A cette époque, le Canada sortait d’années noires dans ce dossier, le pays s’était retiré du protocole de Kyoto et le Premier ministre de l’époque, Stephen Harper, défendait l’extraction de sables bitumineux au Canada.

Et en 2015, Trudeau arrive et veut faire table rase. Il promet d’accorder la priorité à l’environnement et de réduire les subventions pour les producteurs de pétrole. Cela fait beaucoup de bien à l’image du Canada. Il signe l’accord de Paris, il met en place des mesures, comme une taxe carbone ou l’interdiction du plastique à usage unique. Mais l’acte qui a marqué les Canadiens est que par ailleurs son gouvernement a acheté très cher un oléoduc controversé qui permettra de transporter plus de pétrole dans le pays.

Il faut savoir que le Canada est un important producteur de pétrole, ça génère de l’emploi, et donc il faut être un sacré équilibriste pour plaire à tout le monde dans ce dossier ; c’est très compliqué. Mais l’achat de cet oléoduc passe très mal, notamment auprès de la jeunesse canadienne qui reproche à Justin Trudeau une hypocrisie dans sa politique environnementale. Or c’est la jeunesse qui s’était massivement déplacée pour voter pour lui en 2015.

A quoi faut-il s’attendre pour cette élection, que disent les sondages ?

La course est extrêmement serrée. Comme toujours au Canada, ça se joue entre les deux principaux partis : les libéraux et les conservateurs. Ils sont au coude à coude, ils sont pratiquement à égalité dans les sondages. C’était une campagne électorale où on n’a pas senti de grands élans, de grands espoirs comme en 2015. On parle donc de plus en plus ces derniers jours de la perspective d’un gouvernement minoritaire.

Il est donc possible que les libéraux de Justin Trudeau n’obtiennent pas assez de sièges pour être majoritaires et ils devraient alors compter tout au long de la législature sur le soutien d’autres députés, sans doute du parti plus à gauche et du parti écologiste. C’est possible, mais ça mettrait Trudeau dans une situation nettement moins confortable qu’en 2015, il n’aurait pas les coudées franches pour déployer son programme.

Et en même temps, comme toujours avec les élections, tout se jouera dans les urnes ce lundi et il faudra sans doute attendre tard ce soir au Canada pour savoir si Justin Trudeau garde ou non la confiance des Canadiens et pour voir s’il y a eu un désenchantement et jusqu’à quel point il y a eu un désenchantement.

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