Joseph Kabila: un président discret mais tout-puissant

Joseph Kabila: un président discret mais tout-puissant
Joseph Kabila: un président discret mais tout-puissant - © LUIS TATO - AFP

Après 18 années au pouvoir, Joseph Kabila, le président de la République démocratique du Congo, s'apprête à céder sa place. Pour autant, il ne disparaîtra pas complètement des radars, bien au contraire. S'il a décidé de finalement sortir de scène, il restera par contre très présent en coulisses, en véritable belle-mère de son successeur.

Arrivée imprévue au pouvoir

Qui sait quel aurait été le destin de Joseph Kabila si son père n'avait pas été assassiné, le 16 janvier 2001, dans son bureau présidentiel, au Palais de marbre de Kinshasa ? A l'époque, Joseph Kabila a 29 ans et est le chef d’état-major adjoint des Forces armées congolaises (FAC), il est aussi responsable des forces terrestres. Si plusieurs noms sont cités dans la précipitation pour remplacer temporairement le président assassiné, c'est finalement son fils qui est choisi par la garde rapprochée de Laurent-Désiré Kabila. Le fils du président de la République. Il hérite d'un pays morcelé, déchiré depuis près de trois ans par une guerre régionale impliquant groupes armés et pays étrangers. "Ma nouvelle fonction ne change rien", explique-il en souriant à la RTBF peu après son élection. "Sauf ma liberté, je ne suis plus un homme libre !" Cette fonction ne lui semble pas insurmontable. "C'est la détermination qui compte", déclare-t-il alors très calmement.  

Déterminé à faire cesser la guerre, il l'est. Et pour le politologue Dieudonné Wamu Oyatambwe, son attitude y a été pour beaucoup. "Son attitude de souplesse surtout en matière de négociation avec les belligérants a permis de mettre un terme a la guerre, de mettre en pratique les accords de paix et de réunifier le pays, on ne peut pas le lui nier", analyse-t-il.  

Un président discret qui tisse patiemment sa toile

Joseph Kabila a le pouvoir discret. En dix-huit années de présidence, il effectue peu d'apparitions publiques et donne encore moins d'interviews. Il préfère souvent le silence plutôt que de prendre le risque de s'exprimer. S'il connaît quelques succès, il doit assumer aussi d'importants revers. Les violences restent permanentes dans l'est du pays. La première année de présidence est marquée par deux tentatives de coups d'Etat. Ces crises, le président doit les gérer avec un gouvernement aux dizaines de ministres quasi incontrôlables.

En 2006, Joseph Kabila est réélu président de la République lors des premières élections libres de la RDC depuis 1960, devant Jean-Pierre Bemba. Joseph Kabila se présente comme le candidat de la paix et de la prospérité. Il élargit les investissements étrangers, principalement chinois, qui permettent au pays de se hisser au premier rang des producteurs africains de cuivre. Mais l'emploi local, si cher aux yeux du président, ressemble davantage à une forme moderne d'esclavagisme, notamment des enfants. "Les travailleurs qualifiés, ce sont les Chinois", nous expliquait un mineur lors d'un reportage de la RTBF. "Nous, les Congolais, nous sommes la basse main d'œuvre." Qu'importe. Si l'Etat est faible ou absent dans certaines régions, il tient debout bon an, mal an.

Et le pouvoir, Joseph Kabila commence à y prendre goût. A tel point qu'il s'en approprie discrètement un peu plus que ce que lui autorise la Constitution. Il la fait même modifier pour ramener la présidentielle à un seul tour. Un vrai piège pour une opposition incapable de s'accorder sur le nom d'un seul candidat.

Le pouvoir, à tout prix

En décembre 2011, Joseph Kabila obtient sa réélection dans un climat de tension extrême. Pour une grande partie de la population, son maintien au pouvoir est le résultat d'une vaste fraude. "Nous ne voulons plus de lui parce que rien ne marche au Congo!" dénoncent des citoyens devenus opposants. A l'époque déjà, l'archevêque de Kinshasa affirme que les résultats ne sont conformes "ni à la vérité, ni à la justice".

Malgré tout, Joseph Kabila se maintient et fait tout pour garder la main en RDC. En 2013 et 2014, sa majorité propose une nouvelle révision de la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandants du Président de la République. Mais la rue s'y oppose férocement, au prix de dizaines de morts. En 2016, un arrêt de la Cour constitutionnelle, considérée comme proche du clan Kabila, l'autorise à rester au pouvoir au-delà de son mandat dans le cas où les élections ne seraient pas organisées dans les délais prévus. La Commission électorale, dont la direction est elle-même considérée comme proche du président, fait le reste : elle annonce que les élections seront reportées. Dans les rangs de l'opposition, de la puissante Eglise catholique tout comme dans une grand partie de la population, la coupe est pleine. Joseph Kabila ne désignera un dauphin qu'en août de cette année... avant d'affirmer qu'il songe à se représenter à la présidentielle de 2023.

L'homme le plus puissant du Congo

Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat désigné par Joseph Kabila pour lui succéder, a perdu les élections, dépassé par deux opposants du clan présidentiel, Felix Tshisekedi et Martin Fayulu. Difficile pourtant d'imaginer que Joseph Kabila, maintenant "sénateur à vie" comme le stipule la Constitution, fasse un pas de côté et laisse la main à son successeur. 

Car l'actuel président a, tout au long de ces 18 dernières années, tissé sa toile dans les arcanes du pouvoir. Ainsi reste-t-il l'autorité morale de son mouvement, le Front commun pour le Congo (FCC). Il garde aussi la main sur l'armée et l'appareil sécuritaire, pivots de l'état congolais, et protège ou promeut ceux qui ont pourtant été sanctionnés par l'Union européenne pour "violations des droits de l'homme". Une protection mutuelle.


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Joseph Kabila ne quitte donc pas la scène. Même dans l'ombre, qu'il préfère parfois à la lumière, il restera l'homme le plus puissant du Congo. D'autant que ce sont les alliés de Joseph Kabila qui ont remporté les élections législatives. Le voilà donc majoritaire au Parlement. Cela signifie que le Premier ministre de M. Tshisekedi devra être choisi parmi les forces fidèles à son prédécesseur. 

Ultime carte dans le jeu de Joseph Kabila: ses affaires. Sa famille détient une partie du paysage économique du pays, au moins 70 sociétés selon l'agence Bloomberg (2016). Cela représente des dizaines de contrats et des centaines de millions de revenus depuis son accession au pouvoir... de quoi envisager l'avenir d'autant plus sereinement.

Journal télévisé 11/01/2019

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