Jogging à 5h30 pour Clinton, pralines pour Bush, parade pour Nixon : petites et grandes histoires des visites de présidents américains à Bruxelles

Joe Biden sera en Belgique à partir de ce dimanche 13 juin. Lundi et mardi, le président américain rencontrera le roi Philippe, les représentants européens et assistera au sommet de l’OTAN à Bruxelles comme plusieurs de ses prédécesseurs à la Maison blanche. Dans la capitale, observera-t-il un agenda strict, se laissera-t-il aller à quelques écarts par rapport à son programme et au protocole.

Avant lui, certains présidents américains n’ont pas hésité à se montrer moins rigides avec les consignes de sécurité ou tout simplement en voulant aller au plus près des curiosités et de la population bruxelloises. Retour en archives.

Jogging, déca et vieux jouets anciens pour Bill Clinton

Le 9 janvier 1994, Bill Clinton, 42e président des Etats-Unis débarque à Bruxelles. Il doit assister au sommet de l’OTAN, il est prévu qu’il reparte le 11 janvier. Un peu moins de trois jours au cours desquels le chef d’Etat qui a visité notre capitale lorsqu’il était étudiant compte bien en profiter.

Il séjourne à l’ancien hôtel Conrad, avenue Louise (où la délégation réserve 200 des 269 chambres). La localisation est idéale pour sortir, le 10 janvier, à 5h30 du matin, réaliser un petit jogging dans le bois de la Cambre au bout de l’artère, accompagné de ses gardes du corps.

L’image est saisissante et impensable aujourd’hui : Bill Clinton en survêtement de sport blanc, casquette sur le tête qui traverse l’espace vert bruxellois. "Un événement imprévu", comme le reconnaît à l’époque l’inspecteur principal Moens, de la police de Bruxelles. "On a été avisé par la gendarmerie. On a dû faire l’escorte de sa voiture jusqu’au bois de la Cambre." Le jogging dure une demi-heure avant un retour dans sa chambre.

Bill Clinton va plusieurs fois désarçonner le service d’ordre lors de cette visite. Le soir, il est reçu à l’hôtel de ville par le truculent bourgmestre Michel Demaret (qui qualifiera plus tard Clinton de "con") et le Premier ministre Jean-Luc Dehaene. Il donne un discours sur le thème de la paix et la jeunesse. Le président sort pour serrer des mains sur la Grand’Place avant de se rendre au Sablon boire un café, un déca, en toute décontraction, au "Vieux Saint-Martin", enseigne connue du quartier. "Il est très sympathique, il a un grand sens de la communication", raconte Philippe Niels, le patron.

Vous en voulez encore ? A 23 h, Bill Clinton se souvient que quand il était gouverneur de l’Arkansas, il s’était rendu dans un magasin de jouets anciens près de la Grand’Place, "La trottinette". Quelle chance : en 1994, la boutique, rue des Eperonniers, existe toujours. "Finalement, il a acheté une vieille voiture en fer", racontent les gérants dans Le Soir du 12 janvier 1994. "Son ami a emporté un masque en carton, datant des années vingt. Le président a tenu à me payer : mille francs pour la voiture et onze dollars américains pour le masque… Je lui ai fait cadeau d’une petite broche émaillée, aux couleurs belges, qui semblait l’intéresser. Il l’a immédiatement agrafée au revers de sa veste."

Rappelons que toujours au cours du même séjour, Bill Clinton amateur de saxophone, recevra un saxophone en hommage au Dinantais Adolphe Sax, dont on célèbre cette année-là le 100e anniversaire de la mort.

Bill Clinton reviendra deux autres fois en Belgique, en 1996 et 1999.

Les pralines de George Bush junior

Quelques années après le passage de Bill Clinton place à son successeur George Bush fils. Nous sommes les 13 et 14 juin 2001. Il assiste au conseil de l’OTAN, rencontre le roi Albert… Mais lui et son épouse trouveront le temps de s’arrêter chez Mary, chocolatier artisanal dont la boutique principale est située rue Royale.

Vers 18h15 le 14 juin, George Bush et son épouse Laura débarquent dans la boutique de Michel Boey, le patron, prévenu "deux ou trois heures à l’avance. C’est pas habituel. D’habitude, cela se planifie mieux."

Le couple présidentiel est souriant. Reçu par les gérants, il goûte les pralines disposées sur le comptoir. La presse est présente et filme la visite. "Il a mis directement de par son humour et sa simplicité tout le monde à l’aise, aussi bien les vendeuses, que mon épouse, que moi-même. Il a demandé des explications sur le chocolat." George Bush aurait même indiqué apprécier les commerces qui servent du fait maison et de l’artisanal, la spécialité de Mary.

George Bush est reparti avec ballotin de 66 pralines. La boutique aurait été conseillée à George Bush fils par George Bush père.

Lors de cette visite bruxelloise, George Bush sera reçu par le Premier ministre Guy Verhofstadt à qui il offrira un maillot US Postal dédicacé du coureur cycliste américain Lance Armstrong, qui a déjà gagné deux Tours de France.

George Bush revient à Bruxelles les 20 et 23 février 2005. Le contexte a changé : il y a eu les attentats du 11 septembre, la guerre en Afghanistan, en Irak, la menace terroriste… Fini les latitudes lors des déplacements. Même le dîner prévu par Laura Bush au restaurant "l’Ecailler du Palais royal", au Sablon, doit être annulé.

Toujours est-il que la police bruxelloise fera parfaitement son travail pour assurer la sécurité du couple. Les forces de l’ordre sont placées sous la direction du commissaire en chef de Polbru, Roland Van Reusel. Les Américains lui ont fait une confidence : la police de Bruxelles is "the best police of the world", la meilleure police du monde, comme le rapporte la DH du 24 février 2005.

Darwin Cadogan, responsable sécurité à l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles dit à la RTBF au terme de la visite : "Avec notre département d’État, nous avons dans le monde quantité d’ambassades et de consulats. J’ai donc eu l’occasion de travailler avec de nombreuses polices. Et sans le moindre doute, c’est une très bonne collaboration."

Nixon sur la tombe du Soldat Inconnu

Le président Nixon effectuera deux visites en Belgique, la première en février 1969, la deuxième en 1974. En 1969, le président (qui chutera après le scandale du Watergate) s'offrira une parade dans Bruxelles, dans les rues par des motards.

Il s’arrêtera devant la tombe du Soldat Inconnu. Après l’hymne américain, place à un moment de recueillement et au rallumage de la flamme. Richard Nixon s’offrira ensuite un bain de foule sur la place du Congrès.

Reçu par le roi Baudouin et la reine Fabiola, Richard Nixon qui logera à l’Hilton (devenu The Hotel) assistera également au conseil de l’OTAN.

Jimmy Carter et sa parade

Début janvier 1978, le président démocrate Jimmy Carter arrive à Bruxelles pour assister à une réunion de l’OTAN. Il en profite pour rencontrer le roi Baudouin, au palais de Bruxelles. A bord de sa limousine, précédé par l’escorte royale à cheval, le chef d’Etat parade avant d’arriver sur les lieux, à faible vitesse. Malgré le froid hivernal, des spectateurs sont présents derrière les barrières Nadar pour saluer le président.

Melania Trump à l’hôpital reine Fabiola

Les 25 et 26 mai 2017, Donald Trump est à Bruxelles pour assister au conseil de l’OTAN. Melania, la First Lady, est également présente en Belgique. Pour elle, ainsi que les épouses des autres chefs d’Etat et de gouvernement conviés à la réunion, ce sera visite au Musée Magritte.

Melania aura droit à une découverte complémentaire : celle de l’hôpital des enfants Reine Fabiola, à Laeken. Elle est reçue par la présidente du conseil d’administration Mounia Mejbar, rencontre des petits malades, réalise des bricolages (des fleurs en papier), signe le livre d’or… Elle accepte également de poser pour des selfies avec les enfants.

Obama : une visite éclair de 24 heures

Le 25 mars 2014, le président Obama est à Bruxelles. Au menu de cette journée marathon, un hommage au cimetière américain de Waregem, une réunion au Conseil européen et, enfin, un discours à Bozar. Ce discours est le clou de ce séjour express puisque des anonymes pourront assister à cet événement accessible à 2000 personnes.

Dès son arrivée sur la scène de la grande salle Henry Leboeuf, Barack Obama met tout de suite le public dans sa poche et lui adresse un "bonsoir" et un "goeienavond" en néerlandais. Devant le roi Philippe et la reine Mathilde, installés au balcon, il ajoute : "Je dois admettre que c’est difficile de ne pas aimer un pays connu pour ses chocolats et ses bières."

Le président US parlera de l’avenir de la jeunesse, anti-racisme et anti-discrimination ainsi que développement énergétique.

Wilson en 1919

Avant Carter et Nixon, il y a eu Woodrow Wilson, en 1919. C'est le premier président à venir en Belgique. Il est reçu le 19 juin par le roi Albert mais vient principalement pour parler paix avec d'autres dirigeants européens, au sortir de la Première guerre mondiale. Le traité de Versailles n'est pas encore signé lorsque le président américain est chez nous. Le président se rendra également dans des villes et villages détruits pendant le conflit.

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Le président Wilson reçu par le roi le 19 juin 1919. © The Woodrow Wilson Presidential Library & Museum

Eisenhower, avant d'être président, à Schaerbeek

Dwight Eisenhower sera président des Etats-Unis entre 1953 et 1961. Mais avant d'occuper la Maison Blanche, Eisenhower était général dans l'armée américaine et commandant des opérations militaires en Europe et en Afrique du Nord, lors de la Deuxième guerre mondiale. "Ike" (son surnom) est une figure de la libération de Bruxelles en septembre 1944.

En hommage, son nom est donné à une avenue de Schaerbeek, dans le quartier du parc Josaphat. Lors de l'inauguration, en novembre, il ne peut pas être présent. 

Mais il viendra en 1945 après la capitulation allemande, lors d'une tournée des capitales européennes. Le 6 septembre, Ike arrive gare du Midi, se rend en cortège et sous les "vivas" de la foule vers l'ambassade des Etats-Unis. Il est ensuite reçu par le Premier ministre Achille Van Acker avant de s'incliner devant la tombe du Soldat Inconnu.

Place ensuite à une cérémonie au palais royal, puis à l'hôtel de ville de Bruxelles. Direction, enfin, la cité des Anes. "À 16h30, Eisenhower arrive par la rue Royale et est reçu devant l’église Sainte-Marie par le bourgmestre de Schaerbeek, Arthur Dejase", raconte la commune de Schaerbeek sur son site Internet. Devant l'hôtel communal, l'hymne américain retentit. Des écoliers et troupes folkloriques locales défilent. La place Colignon est noire de monde.

"Le général et les invités entrent dans la salle des Mariages et du Conseil pour entendre les discours du bourgmestre Dejase et du général. Une épée et un diplôme de citoyen d’honneur de la commune sont remis à Eisenhower. La commune offre également au lieutenant-général Smith un livre d’eaux-fortes, des gravures réalisées par Maurice Blieck, représentant des vieux coins de Schaerbeek. Avant de partir, un vin d’honneur est offert et le général signe le livre d’or dans le cabinet du bourgmestre.

Schaerbeek précise que "l'histoire ne nous dit pas ce qu’est devenue cette épée depuis sa remise au général. La commune de Schaerbeek a cependant conservé un dessin en taille réelle de l’épée." Une plaque est également disposée au premier étage de l'hôtel communal.

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Eisenhower reçu en grande pompe à Schaerbeek en 1945, un an après la libération de Bruxelles. © Schaerbeek
Eisenhower reçu en grande pompe à Schaerbeek en 1945, un an après la libération de Bruxelles. © Schaerbeek
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