Jeunes Belges en Syrie: "On a agi trop tard en matière de prévention"

En majorité originaires de Flandre, mais aussi de Bruxelles, ces jeunes seraient plusieurs dizaines à combattre actuellement en Syrie.

Selon Joëlle Milquet, ministre de l'Intérieur, il y aurait autour de 80 ressortissants belges en Syrie, peut-être plus. On observe, dit-elle, que ce phénomène est identique pour d'autres pays européens. Au total, il y aurait ainsi un millier de jeunes Européens sur le territoire syrien.

Certains partent pour des raisons humanitaires ou idéalistes, explique la ministre: ils "vont soutenir leur pays quand ils sont d'origine syrienne, soutenir l'opposition classique ou les rangs des islamistes radicaux proches d'al-Qaïda sur place".

Un coup de pouce pour faire tomber Assad

Rik Colsaet, professeur de relations internationales à l'université de Gand, spécialiste du terrorisme et des mouvements radicaux, estime qu'il n'existe pas de profil spécifique pour ces jeunes partant combattre à l'étranger: "Ils sont d'origines différentes, d'obédiences différentes, de visions philosophiques différentes. Je crois que le point commun de ces profils différents, c'est qu'ils réagissent aux cruautés infligées par le régime et aussi qu'ils ont le sentiment que leur participation personnelle va aider à changer les choses en Syrie. Et donc un petit coup de pouce par leur présence physique pour exprimer notre solidarité et on va atteindre notre but commun: la fin de ce régime".

La Belgique doit agir en matière de prévention

Rik Colsaet explique qu'il y a peu de filière organisée, que les jeunes partent par leur propres moyens. Le professeur insiste sur la nécessité de prendre des mesures préventives en Belgique: "On a agi trop tard en matière de prévention en Belgique. Depuis l'adoption du plan radicalisme en 2006, il manque de la prévention de la radicalisation politique, on n'a pas assez travaillé sur l'intégration et la cohésion sociale. (...) On a un beau tableau, on a beaucoup d'informations sur la naissance de la radicalisation mais on ne lutte pas sur les causes".

La ministre de l'Intérieur évoque la coordination avec la Turquie et les autres pays européens. Selon Rik Colaset, la collaboration avec la Turquie est assez bonne: elle a déjà renvoyé des jeunes Belges ou européens chez eux avant qu'ils arrivent en Syrie. Ces jeunes sont destinés à être de la chair à canon, dit Rik Colsaet, ils seront les premières victimes de la guerre.

A leur retour en Belgique, ils pourraient être radicalisés, mais Rik Colsaet estime à 5 à 10% ceux qui pourraient être dangereux et doivent être tenus à l’œil, tous les autres sont "désabusés, sont désintéressés et sont perdus", dit-il.

RTBF

 

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